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Mediator en appel: «je défendais le produit», s’empêtre la communiquante de Servier

mars 21, 2023 10:10, Last Updated: mars 21, 2023 10:12
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« Je défendais comme je pouvais la maison et le produit », a résumé lundi l’ex-directrice de la communication de Servier au procès en appel du Mediator, dans un témoignage ponctué de nombreux trous de mémoire, provoquant la « sidération » côté parties civiles.

Lucy Vincent, au fort accent britannique, semble mal à l’aise devant la cour d’appel de Paris. C’est la première fois qu’elle évoque devant la justice son rôle dans ce dossier, auquel elle n’a plus « du tout réfléchi » depuis son départ de Servier, en 2014. À la barre, cette grande femme mince de 65 ans s’excuse pour sa « très mauvaise mémoire » : « je fais partie de ces gens qui peuvent voir trois fois un film en pensant que c’est la première fois ».

La cour d’appel rejuge depuis le 9 janvier le deuxième groupe pharmaceutique français et son ancien numéro deux, accusés notamment d’avoir dissimulé la dangerosité du Mediator. Le médicament, commercialisé comme antidiabétique en 1976 mais aussi indûment prescrit comme coupe-faim jusqu’à son interdiction fin 2009, a entraîné de graves effets cardiovasculaires chez des milliers de patients.

« Désarroi »

Embauchée en 2006, Lucy Vincent reconnaît que « pendant quatre ans, mon job était une réelle sinécure : je parlais des produits en développement, des usines qu’on ouvrait dans le monde », pour « 12.000 par mois ».

Le poste change du tout au tout en 2010, quelques mois après le retrait du Mediator, quand l’ampleur du scandale sanitaire éclate médiatiquement. Elle devient alors le visage des laboratoires, multipliant interviews dans la presse et plateaux de télévision. « On travaillait très dur, de très tôt le matin à très tard le soir ».

Elle évoque aussi son « désarroi » devant les sorties inopinées du « patron », le tout-puissant Jacques Servier, qui décédera en 2014 à 92 ans. Recevant un journaliste du Monde en novembre 2010, il crie ainsi au complot et balaie les conseils de la spécialiste de la communication de crise Anne Méaux, qui jette l’éponge.

Avec qui échangeait-elle dans le groupe ? « Il me semble avoir eu des conversations téléphoniques avec M. Wagniart », le responsable de la pharmacovigilance de Servier, répond la témoin. « À quel sujet ? », insiste le président de la cour, Olivier Géron. « Je ne m’en rappelle pas », assure Lucy Vincent, comme à plusieurs reprises au cours de sa déposition.

« Quand, le 22 novembre 2010, vous allez dans l’émission ‘Le Magazine de la santé’, qui vous donne des éléments de langage ? », tente-t-il encore. « Quand l’entreprise a été attaquée, le département recherche et développement a produit un document comprenant toutes les informations sur le Mediator dont on avait besoin pour répondre aux questions », affirme la pharmacienne de formation, titulaire de doctorats en neurosciences et en pharmacologie.

« Une toxicité du Mediator plutôt faible, mais quand même significative sur la durée »

Dans cette émission, elle reconnaît que Mediator et Isoméride, un coupe-faim de Servier retiré du marché en 1997, se transformaient dans l’organisme en la même molécule, un dérivé des amphétamines délétère pour les poumons et les valves cardiaques. Mais il est présent « à 2% dans le Mediator et 40% dans l’Isoméride », ajoute-t-elle, sans préciser qu’il s’agit des concentrations dans les urines et que les concentrations dans le sang, qui déterminent la toxicité, sont elles identiques.

« Aujourd’hui, en 2023, est-ce que vous considérez que cette information des 2% est pertinente ? », l’interroge Charles Joseph-Oudin, avocat de parties civiles. « Je n’ai pas du tout réfléchi à ces chiffres depuis le moment où j’ai quitté les laboratoires Servier ». Réinterrogée sur ses convictions actuelles, elle lâche : « je pense qu’effectivement il doit y avoir une toxicité du Mediator plutôt faible, mais quand même significative sur la durée. (…) Je pense que c’est pour ça que c’est passé inaperçu pendant si longtemps ». « Il y a une certaine sidération à vous écouter », observe Martine Verdier, également avocate de parties civiles.

Sur les bancs de la défense, Me François De Castro vole à son secours, évoquant une interview au Journal du dimanche en janvier 2011, où elle qualifie de « très probable » le lien entre Mediator et atteinte de valves cardiaques et souligne que même s’il n’y avait eu que trois décès, « c’est déjà trop ». « Vous n’étiez pas du tout dans un déni, la communication officielle était bien celle-là ». « Exactement, je vous remercie », répond-elle.

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