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Les règles du civisme : quelques conseils du passé et du présent

mars 16, 2022 17:59, Last Updated: mars 16, 2022 17:59
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Le civisme

Nous n’entendons pas souvent ce mot de nos jours. Mon dictionnaire en ligne le définit comme étant « la politesse et la courtoisie formelles dans le comportement ou le discours ». À bien y penser, non seulement nous n’entendons pas beaucoup parler de civisme, mais nous ne voyons pas non plus beaucoup de courtoisie formelle de la part de la plupart de nos personnalités publiques ou même de certaines des personnes que nous côtoyons dans la vie quotidienne.

Au lieu de cela, « Fais ce que tu veux » et « Sois toi-même » semblent être les mots d’ordre de notre époque.

Prenez, par exemple, l’usage désinvolte que nous faisons du langage. Dans certains milieux professionnels, on s’adresse d’emblée à nous par notre prénom. Pour le médecin ou le dentiste que nous consultons, nous sommes « Bob » ou « Sally », bien que la plupart d’entre nous leur accordent l’honorifique titre de « docteur », ce qui, involontairement ou non, nous place dans une position de soumission.

La grossièreté de nos paroles est encore pire. Les jurons d’aujourd’hui lâchés impudiquement dans les conversations courantes, les déclarations publiques, les livres et la musique rap auraient choqué ma mère et ses amies. Ou mon père et ses amis, d’ailleurs. Dans mon enfance et même plus tard au lycée, je ne me souviens pas avoir entendu une seule fois quelqu’un utiliser de tels mots.

D’autres exemples d’incivilité abondent. Nous ne pensons peut-être pas que la tenue vestimentaire est une question de civisme, et pourtant beaucoup de gens se présentent en public d’une manière qui, il y a 60 ans, aurait également provoqué chez ma mère et ses amies une crise de nerfs majeure. La profusion des tatouages, les cheveux violets, les pantalons qui tombent du postérieur, les pyjamas portés lors des courses à l’épicerie et les T-shirts obscènes que certains portent sont autant de messages qui montrent que nous sommes une culture qui aime faire ce qu’elle veut. Le civisme ne fait pas partie de cette équation.

En tout cas, « la politesse formelle et la courtoisie dans le comportement ou le discours » semblent parfois manquer à l’appel. Pourtant, je m’interroge : en abandonnant la formalité et la politesse, sommes-nous en train d’abolir un élément vital pour notre moi intérieur, voire pour la civilisation elle-même ?

Les bonnes manières

Lorsque nous entendons les mots « étiquette » ou « bonnes manières », la plupart d’entre nous pensent probablement aux règles enseignées dans l’enfance : ne pas mâcher sa nourriture la bouche ouverte, mettre sa serviette sur ses genoux, dire « s’il vous plaît » et « merci », et ne pas interrompre une conversation. Ces préceptes, lorsqu’ils sont mis en pratique, constituent un minimum de comportement civilisé, signes d’une bonne éducation.

Bien que cette perception des bonnes manières soit très bien, elle ne représente que la surface de la notion de civisme et, par conséquent, de dignité personnelle. Nous pouvons savoir quelle fourchette utiliser pour manger une salade ou la manière correcte de présenter un ami à notre grand-père, tout en traitant les autres avec impolitesse ou mépris. En d’autres termes, nous pouvons connaître et mettre en pratique les règles de l’étiquette, mais ne pas avoir les bases du civisme.

La dignité

Dans son introduction à Rules of Civility : 110 Precepts That Guided Our First President in War and Peace, Richard Brookhiser explique comment George Washington, alors qu’il était enfant, avait élaboré une liste de règles – dont certaines avaient été acquises auprès d’autres auteurs – qui allaient lui servir de guide tout au long de sa vie, du moins en ce qui concerne son comportement. Nombre de ces directives, comme « Ne pas rire trop fort ou trop longtemps à un spectacle public », sont très spécifiques et visent davantage la conduite extérieure que les principes moraux.

Pourtant, comme M. Brookhiser décrit judicieusement ces règles, « elles cherchent à former l’homme (ou le garçon) intérieur en façonnant l’extérieur. […] L’effet de toutes les règles rassemblées est de nous rappeler que nous ne devons pas simplement faire ce qui nous semble bien, ou la première chose qui nous passe par la tête ; nous devons plutôt toujours être attentifs aux autres, et nous rappeler qu’ils ont des sensibilités et un sentiment de respect de soi qui méritent votre respect. »

Cette évolution du comportement extérieur vers l’intérieur a marqué Georges Washington pour le reste de sa vie. Bien qu’il ait parfois fait preuve d’un tempérament fougueux, la plupart des contemporains de Washington ont remarqué son sang-froid et son grand sens de la dignité. M. Brookhiser nous donne cet exemple de l’effet qu’il avait sur les gens : « Lorsque Georges Washington était président depuis sept ans, l’épouse d’un diplomate étranger avait observé qu’il avait ‘une bonne éducation parfaite et une connaissance correcte de l’étiquette même de celle d’une cour’, mais comment il l’avait acquise, ‘seul le ciel le sait’. »

Georges Washington avait cette personnalité parce qu’il avait cherché toute sa vie à donner cette impression de bonne éducation et d’étiquette. Étant donné l’impression qu’il a exercée sur les autres Pères fondateurs, il est même probable qu’il soit devenu le premier président des États-Unis, en partie grâce à son allure et à sa dignité taciturne.

Le civisme

La première règle de Georges Washington introduit ce principe de comportement correct : « Tout ce qui est fait en public doit être fait avec un certain respect pour les personnes présentes. » Sa dernière règle, la 110e, se lit comme suit : « Efforcez-vous de maintenir vivante dans votre cœur cette petite étincelle de feu céleste appelée conscience. »

Ces deux règles nous mènent vers le civisme, la philosophie qui sous-tend l’étiquette.

Dans Choosing Civility: The Twenty-Five Rules of Considerate Conduct, M. Forni, professeur à l’université Johns Hopkins, cite comme première règle : « Soyez attentif. »

Je pense qu’ici, M. Forni n’a pas seulement mis le doigt sur le problème, il l’a même poussé jusqu’au bout. Dans le monde tourbillonnant dans lequel nous vivons tous, être attentifs aux autres semble une vertu perdue. Nous passons nos journées en nous laissant guider par la routine et le pilotage automatique, sans parfois voir les employés des magasins, nos collègues et même les membres de notre famille, concentrés que nous sommes sur les gros titres de l’internet, les problèmes au travail ou notre compte en banque en baisse. Voici un rappel de M. Forni sur la façon dont nous pourrions porter une plus grande attention à ceux qui nous entourent :

« Je ne parle pas simplement avec un collègue, mais avec ce collègue, qui m’a dit il y a plusieurs semaines qu’il était préoccupé de la santé de son enfant et que j’ai vu devenir de plus en plus préoccupé ces derniers jours. Je vais garder cela à l’esprit lorsque nous planifierons notre travail d’équipe du mois prochain. »

Être attentif aux autres de différentes façons – parler avec eux, rire ensemble, les écouter vraiment – est sûrement le fondement du civisme.

Un petit exemple

Il y a quelques années, un homme que je connais m’a raconté sa rencontre avec un autre conducteur sur une bretelle d’entrée d’une autoroute. Il s’était engagé sur la bretelle et s’était retrouvé derrière un conducteur qui refusait d’accélérer à plus de 70 km à l’heure. Il n’a pas été assez impoli pour klaxonner, mais il a lâché une série d’injures, et lorsqu’ils ont atteint l’autoroute, il a appuyé sur l’accélérateur et a dépassé l’autre voiture. Ce faisant, il a jeté un coup d’œil et a vu dans cette voiture une femme âgée qui ressemblait beaucoup à sa mère. Là, il s’est arrêté dans son histoire.

« Et ? » lui ai-je demandé.

« Et je me suis senti vraiment idiot », a-t-il répondu, honteux.

Ce qui nous ramène à la dernière règle de Georges Washington sur ce feu céleste appelé conscience.

La joie du civisme

À la toute fin de Choosing Civility, M. Forni écrit : « Qu’est-ce que le civisme, sinon une conscience constante qu’aucune rencontre humaine n’est sans conséquence ? Qu’est-ce que c’est si ce n’est de partager avec intention le meilleur de ce qui est en nous ? Le partager encore et encore, en ajoutant de la joie à la journée. »

Dieu sait que nous avons besoin de cette joie aujourd’hui.

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