INTERNATIONAL

La communauté internationale a permis au régime chinois d’étendre la suppression de la liberté religieuse, selon un rapport

ANALYSE
juin 23, 2023 15:07, Last Updated: juin 23, 2023 15:08
By Ella Kietlinska et Jan Jekielek

Les intérêts commerciaux l’emportent sur les droits de l’homme, a déclaré Nury Turkel.

La stratégie occidentale consistant à dissocier les négociations commerciales des violations des droits de l’homme a permis au régime communiste chinois d’intensifier ses politiques répressives à l’encontre des religions et des croyants, a déclaré un responsable américain de la liberté religieuse, qualifiant cette politique de « bévue stratégique ».

Nury Turkel, président de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), a déclaré que le rapport annuel 2023 de la commission sur la liberté religieuse internationale (pdf) mettait une fois de plus la Chine en exergue pour ses violations de la liberté religieuse et ses persécutions religieuses.

Depuis 1999, l’USCIRF recommande au département d’État de désigner la Chine comme « pays particulièrement préoccupant » (CPC) en raison de la détérioration de son bilan en matière de liberté religieuse, a déclaré M. Turkel lors d’une interview accordée à l’émission « American Thought Leaders » d’EpochTV.

Ce statut de CPC est attribué par le département d’État aux pays qui « commettent des violations systématiques, continues et flagrantes de la liberté religieuse », selon le site Internet de la commission. Le département d’État peut imposer des sanctions ou prendre d’autres mesures à l’encontre d’un pays désigné.

Erreur stratégique

Une Chinoise passe devant un panneau louant/se vantant de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). (Goh Chai Hin/AFP/Getty Images)

M. Turkel estime que l’un des facteurs essentiels ayant contribué à l’escalade des répressions religieuses en Chine a été la dissociation des droits de l’homme des négociations commerciales des années 1990, qui ont facilité l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

« Il s’agit d’une erreur stratégique à bien des égards », a déclaré le président.

Certains membres du gouvernement, depuis la présidence de George H. W. Bush, avaient de bonnes intentions, pensant que l’admission de la Chine à l’OMC aiderait le peuple chinois et la Chine à devenir économiquement prospère et à améliorer la technologie et l’éducation en Chine, a affirmé M. Turkel.

« Les décideurs politiques pensaient que la Chine deviendrait l’une des nôtres ou un membre du monde libre, mais c’est le contraire qui s’est produit.

« Au lieu que ce soit nous qui les changions, c’est eux qui nous changent », a ajouté M. Turkel.

En conséquence, les intérêts commerciaux et les intérêts mondiaux des États-Unis ont joué un rôle beaucoup plus important que les droits des personnes, a déclaré M. Turkel.

« Cela a rendu encore plus difficile la défense de la liberté religieuse pour les groupes religieux réprimés [et] opprimés, comme les pratiquants du Falun Gong ou les bouddhistes tibétains, les catholiques chinois et les musulmans ouïghours. »

Pour le Parti communiste chinois (PCC), deux choses sont très importantes : le développement économique et la perception du régime par l’opinion publique, a déclaré M. Turkel.

En dissociant les droits de l’homme des négociations commerciales, ce facteur important – les droits de l’homme – a été retiré de la table, a-t-il ajouté. Par conséquent, le régime poursuit ses abus et ses persécutions en toute impunité, a-t-il ajouté.

La communauté internationale porte une part de responsabilité dans l’aide apportée au régime chinois pour qu’il passe du statut de persécuteur religieux et d’agresseur des droits de l’homme à celui de « régime génocidaire », a déclaré M. Turkel.

La guerre contre la foi

L’une des raisons de la guerre menée par le PCC contre les croyants est que « les dirigeants communistes chinois considèrent les croyants comme une menace potentielle de bouleversement politique », a déclaré M. Turkel.

La deuxième raison est que le PCC perçoit les pratiquants religieux comme un groupe de personnes « montrant des signes de déloyauté envers le parti », ce qui fait croire aux dirigeants du PCC qu’ils finiront par saper le pouvoir du parti communiste, même si cela n’est pas dit publiquement, a expliqué M. Turkel.

Le régime chinois brosse un tableau idyllique de la façon dont il traite les croyants, a poursuivi M. Turkel.

« Ils ont une constitution bien écrite. Ils ont des règlements sur les affaires religieuses, mais tout cela n’existe que sur le papier.

Le dirigeant chinois Xi Jinping assiste à l’ouverture de la première session du 14e Congrès national du peuple à Pékin, le 5 mars 2023. (Lintao Zhang/Getty Images)

Depuis son accession au pouvoir en 2012, le dirigeant chinois Xi Jinping a lancé l’idée d’un « encerclement étranger », qu’il considère comme une menace pour le pays, a expliqué M. Turkel.

M. Xi considère les sanctions imposées par le gouvernement des États-Unis, notamment la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours, comme une forme d’encerclement étranger, a ajouté M. Turkel.

La loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours est une loi promulguée en 2021 qui interdit l’importation aux États-Unis de biens produits en recourant au travail forcé des Ouïghours ou d’autres groupes persécutés au Xinjiang.

Le régime chinois définit l’encerclement étranger comme une influence étrangère et considère les concepts suivants comme des formes d’influence étrangère : la liberté religieuse, la liberté de réunion, la liberté de culte et l’enseignement de la foi à la génération suivante, a déclaré M. Turkel, ajoutant que ces libertés sont également considérées comme une « menace pour la sécurité nationale » par les dirigeants chinois.

La stratégie de sécurité nationale de la Chine communiste prévoit spécifiquement des actions préventives, avec ou sans justification, et si nécessaire, avec une méthode brutale, a expliqué M. Turkel.

Le PCC traite les croyants comme s’ils souffraient d’une maladie mentale ou étaient porteurs d’une maladie infectieuse, a-t-il ajouté, estimant que « cette maladie doit être soignée afin d’éviter qu’elle ne se propage ou ne forme des métastases au sein de la population ».

C’est pourquoi les pratiquants du Falun Gong en Chine sont souvent envoyés dans des hôpitaux psychiatriques, et des millions d’Ouïghours et de Tibétains sont soumis à l’endoctrinement ou à ce que l’on appelle la « rééducation », a souligné M. Turkel. « La rééducation est un mot codé pour désigner la réingénierie humaine. Et c’est ainsi qu’ils ont mis en place cette méthode de traitement préventif ».

Nécessité d’un changement de stratégie

Lorsqu’un pays respecte le droit des personnes à pratiquer leur religion ou à adhérer à leurs croyances spirituelles, il parvient naturellement à la stabilité sociale, à l’harmonie et à la paix, a déclaré M. Turkel.

Lorsqu’un pays supprime la liberté religieuse, il doit dépenser de l’argent pour la sécurité intérieure et les forces de police, a ajouté M. Turkel. La Chine consacre plus d’argent à la sécurité intérieure qu’à la défense nationale, a-t-il ajouté.

« Rassembler des pratiquants religieux, les envoyer dans des hôpitaux psychiatriques ou procéder à des prélèvements d’organes n’est pas une façon de traiter sa propre population », a-t-il déclaré.

M. Turkel a recommandé aux États-Unis, au Japon, à la Corée du Sud, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande et à l’Union européenne de revoir leurs politiques à l’égard de la Chine et d’élaborer des politiques stratégiques cohérentes pour mettre fin à ces violations flagrantes des droits de l’homme en Chine.

À partir de l’administration Trump, les gens ont compris la nécessité de changer la façon de traiter avec la Chine communiste, a noté M. Turkel, mais cela ne fait que reconnaître les symptômes.

« Il n’y a pas eu de prescription pour guérir le problème », a-t-il déclaré.

Méthodes de persécution

Installation considérée comme un camp de rééducation où sont détenues des minorités ethniques majoritairement musulmanes, à Artux, au nord de Kashgar, dans le Xinjiang, le 2 juin 2019. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

Parmi les groupes spécifiquement visés par le régime chinois, M. Turkel a cité les musulmans ouïghours, dont le génocide est toujours en cours. Environ 3 millions d’Ouïghours, dont des chefs religieux, ont été détenus dans des camps de concentration, où ils subissent un endoctrinement politique « jour après jour » et sont contraints de dénoncer leur Dieu, a déclaré le président.

Un autre groupe religieux persécuté, les bouddhistes tibétains, est également contraint de subir des séances de lavage de cerveau, a déclaré M. Turkel. Leur Panchen Lama, le deuxième plus haut chef spirituel, a disparu après avoir été enlevé par les autorités chinoises en 1995, alors qu’il était enfant.

Les pratiquants du Falun Gong sont une cible spécifique de la persécution qui ne s’est jamais relâchée, a déclaré le président.

Le rapport 2023 de l’USCIRF indique qu’en 2022, parmi les adeptes du Falun Gong, il y a eu 172 décès documentés dus à la persécution, 7 331 cas de harcèlement et d’arrestation, et 633 peines de prison.

Le Falun Gong, également connu sous le nom de Falun Dafa, est une pratique spirituelle impliquant des exercices méditatifs et des enseignements moraux enracinés dans les croyances traditionnelles chinoises sur l’amélioration du corps et de l’esprit. Il a été présenté au public par son fondateur, Li Hongzhi, en 1992 et est aujourd’hui pratiqué dans plus de 100 pays.

Le Falun Gong est violemment persécuté depuis 1999, date à laquelle le régime communiste chinois a lancé une campagne sanglante visant à éradiquer la foi.

L’attaque ciblée du régime chinois contre la communauté catholique est tout aussi importante, a déclaré M. Turkel.

« L’Église catholique dans le monde, y compris le Vatican, n’a pas montré sa volonté d’améliorer la situation des catholiques en Chine.

Les évêques chinois ne sont pas des évêques catholiques, et ils n’ont pas été approuvés ou soutenus par le Vatican en dépit d’un accord entre la Chine et le Vatican, a déclaré M. Turkel.

L’accord Chine-Vatican, conclu initialement en 2018 et renouvelé deux fois en 2020 et 2022, reste secret et controversé.

« Nous ne connaissons qu’une seule disposition, à savoir que la Chine est d’accord avec l’implication du Vatican dans la nomination des évêques », a déclaré M. Turkel. « Au lieu de cela, elle oblige les évêques chinois à signer un serment d’allégeance à l’Association patriotique catholique.

L’Association catholique patriotique en Chine est une église catholique séparée du Vatican et contrôlée par le régime.

Sanctionné pour avoir défendu la liberté

M. Turkel a déclaré qu’il avait été sanctionné par le régime chinois pour les services rendus au peuple américain en tant que président de l’USCIRF. En raison de ces sanctions, M. Turkel s’est vu interdire de se rendre en Chine, ce qui l’a empêché de rendre visite à ses parents vivant en Chine et de rendre hommage à son père décédé.

Le régime a imposé des sanctions contre lui et trois autres commissaires de l’USCIRF en représailles à la sanction de fonctionnaires chinois par le gouvernement des États-Unis en vertu de la loi Magnitsky (pdf), une loi qui impose des sanctions aux étrangers pour des violations des droits de l’homme, a expliqué M. Turkel.

En outre, le régime chinois, dans le but de le réduire au silence, ne permet pas à la mère de M. Turkel de quitter la Chine et de rejoindre sa famille américaine, a déclaré le président. Malgré ces difficultés, les parents de M. Turkel n’ont jamais exprimé d’inquiétude ou de regret concernant le travail de défense des droits de l’homme de leur fils.

M. Turkel a déclaré que le régime ne pouvait pas le réduire au silence.

« J’ai une tâche historique qui m’a été confiée », a-t-il déclaré. « Je continuerai à m’exprimer à travers mes larmes.

Eva Fu et Terri Wu ont contribué à cet article.

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