Des fables vraiment indémodables

juillet 12, 2017 22:26, Last Updated: juillet 15, 2017 15:26
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En collaboration avec le Muséum d’histoire naturelle de Genève, Fiami, l’auteur de BD et d’émissions éducatives, a décortiqué les fables de La Fontaine avec différentes classes. Résultat: « Récite-moi La Fontaine », une série de dix vidéos ludiques et didactiques, à découvrir sur Youtube.

Domaine public.

Fiami réinvente le métier de conteur avec sa méthode ludique de transmettre les fables de La Fontaine aux enfants.

Corbeau, renard, cigale, fourmi ou encore grenouille et bœuf : grâce à La Fontaine, ces animaux sont devenus des familiers des petits comme des grands. Mais le texte beaucoup moins… « Il a bientôt quatre siècles et les mots, les expressions ont changé. Les fables sont aussi parfois liées à de l’apprentissage sans plaisir, ou alors n’ont carrément jamais été apprises. Pourtant la sagesse et la beauté des textes de La Fontaine sont toujours actuels, et je trouvais intéressant de réfléchir à la manière de les transmettre aux jeunes d’aujourd’hui sur leur média de prédilection : Youtube », remarque Fiami. Lui qui reste habité par le « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » du Loup et l’Agneau appris à 8 ans, a donc décidé de remettre en lumière différentes fables en compagnie d’enfants de 7 à 12 ans. « L’idée est de proposer une explication joyeuse à travers un dialogue avec les enfants afin de rendre les fables accessibles, explique le pédagogue, puis de les réciter pour dévoiler leur incroyable musicalité, leur humour et leur suspense. »

Dix fables sous la loupe

Séduit par son projet de mise en valeur de la nature à travers la poésie, le Muséum d’histoire naturelle de Genève accepte de collaborer. Fiami se rend ainsi avec une équipe de tournage dans différentes classes, avec les fables sous le bras, afin de discuter avec les enfants des personnages et des messages transmis. « Quand on lit par exemple Le Corbeau et le Renard, on réalise que La Fontaine ne les a pas appelés tous deux « Maître » par hasard. Un maître, c’est aussi quelqu’un qui donne une leçon, et le face-à-face de ces deux maîtres aboutit forcément à une leçon qui a son prix… en l’occurrence, le fromage ! » Dessinateur de BD, Fiami a néanmoins décidé de ne pas accompagner ses présentations d’illustrations, afin de laisser toute leur puissance aux mots de La Fontaine et « pour que chacun puisse avoir son propre imaginaire ». Au final, dix fables sont choisies parmi la bonne centaine qui mettent en scène des animaux. Après avoir été filmés en classe, les enfants et Fiami terminent les épisodes au Muséum de Genève, avec la découverte des animaux des fables.

Farfelu ou pas?

Domaine public.

Pour sa part, Laurent Vallotton, adjoint scientifique au Muséum, rédige en parallèle une série de passionnants textes explicatifs sur les différents animaux, et s’amuse à trier ce qui est farfelu de ce qui ne l’est pas. Car les fables de La Fontaine sont loin d’être naturalistes – ce n’est d’ailleurs pas leur but –, et transposer le comportement humain aux animaux n’est pas toujours compatible avec la réalité. Ainsi, explique Laurent Vallotton, « dans Le Lion et le Rat, on observe de l’altruisme, une notion qui semble absente dans la nature. On ne trouve pas d’animaux qui vont sauver un individu d’une autre espèce pour la beauté du geste ! » Par ailleurs, la cigale ne se nourrit ni de grain ni de vermisseau et meurt bien avant l’hiver. Et le corbeau est en réalité aussi malin, si ce n’est plus, que le renard. Le spécialiste a néanmoins découvert un élément véridique : effectivement, le crapaud commun se gonfle, mais c’est pour faire peur à ses ennemis…

Accessibles à tous

Dix épisodes de Récite-moi La Fontaine et autant de fables sont donc désormais accessibles gratuitement et en tout temps sur Youtube et le site du Muséum. « La Fontaine a écrit: “ Il faut instruire et plaire, et conter pour conter me semble peu d’affaire ” », souligne Fiami. L’idée était de partager en se faisant du bien, et de mettre à disposition des enseignants un outil pédagogique utile. On peut ensuite tout faire, avec La Fontaine : des bricolages, du théâtre…» Ainsi que le remarque le dessinateur, Récite-moi La Fontaine est « fait pour durer ». Des développements sont en effet prévus au Muséum et dans les écoles, où Fiami intervient dorénavant sur demande pour présenter les fables. Par ailleurs, celles-ci ayant « des vertus qui se libèrent quand on les récite », il propose aux internautes de collaborer, en envoyant leur propre déclamation. Certaines seront sélectionnées et viendront enrichir les liens, de manière à créer un patchwork plaisant et éducatif dont La Fontaine lui-même aurait pu être fier.

La Colombe et la Fourmi, Muséum de Genève

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

L’altruisme dans deux fables

Les fables de Jean de La Fontaine sont loin d’être naturalistes et transposent le comportement humain aux animaux. Exemples.

Le Lion et le Rat

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde :

On a souvent besoin d’un plus petit que soi.

De cette vérité deux Fables feront foi,

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d’un Lion

Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.

Le Roi des animaux, en cette occasion,

Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.

Ce bienfait ne fut pas perdu.

Quelqu’un aurait-il jamais cru

Qu’un Lion d’un Rat eût affaire ?

Cependant il advint qu’au sortir des forêts

Ce Lion fut pris dans des rets,

Dont ses rugissements ne le purent défaire.

Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents

Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.

Patience et longueur de temps

Font plus que force ni que rage.

La Colombe et la Fourmi

Le long d’un clair ruisseau buvait une Colombe,

Quand sur l’eau se penchant une Fourmi y tombe.

Et dans cet océan l’on eût vu la Fourmi

S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.

La Colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté,

Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.

Elle se sauve ; et là-dessus

Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.

Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.

Dès qu’il voit l’Oiseau de Vénus

Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.

Tandis qu’à le tuer mon Villageois s’apprête,

La Fourmi le pique au talon.

Le Vilain retourne la tête :

La Colombe l’entend, part, et tire de long.

Le soupé du Croquant avec elle s’envole :

Point de Pigeon pour une obole.

Article republié avec l’aimable autorisation de Migrosmagazine. Semaine du 26 octobre 2015

Version originale: Des fables vraiment indémodables

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