ASIE / PACIFIQUE

La toute première condamnation au Japon pour trafic illégal d’organes met en lumière le prélèvement forcé d’organes

Un dirigeant d'une organisation à but non lucratif est condamné pour avoir organisé des transplantations d'organes à l'étranger : le procès attire l'attention sur le prélèvement illégal et forcé d'organes.
décembre 18, 2023 14:03, Last Updated: décembre 18, 2023 14:03
By Bin Zhao & Sean Tseng

Dans un jugement historique, un tribunal japonais a condamné un dirigeant d’association à but non lucratif pour avoir facilité des transplantations illégales d’organes à l’étranger pour des citoyens japonais.

Le 28 novembre, le tribunal de district de Tokyo a condamné Hiromichi Kikuchi, 63 ans, président de l’Association for Patients of Intractable Diseases, une organisation à but non lucratif. M. Kikuchi a été condamné à huit mois de prison et à une amende d’un million de yens (environ 6800 dollars) pour avoir organisé des transplantations d’organes à l’étranger pour deux citoyens japonais sans l’approbation du gouvernement. Son organisation, qui travaille avec des patients transplantés depuis plus de quinze ans, est aujourd’hui sous surveillance.

Cette affaire, la première du genre au Japon, a fait l’objet d’une large couverture médiatique et a renforcé les inquiétudes concernant les transplantations illégales d’organes.

La condamnation de M. Kikuchi témoigne des efforts déployés par le Japon pour lutter contre le trafic et le prélèvement forcé d’organes. Les transplantations qui ont conduit à son arrestation ont eu lieu au Belarus en 2022. Toutefois, cette affaire a attiré l’attention sur la triste réalité du prélèvement forcé d’organes en Chine. En effet, M. Kikuchi a admis que la grande majorité des greffes qu’il a orchestrées depuis 2007 portaient sur des organes provenant de Chine.

Ce verdict a suscité un débat public intense au Japon, où le prélèvement d’organes est déjà un sujet très controversé en raison des réserves éthiques largement répandues quant à la source des organes à transplanter.

Prélèvement forcé d’organes

Depuis des années, des enquêtes et des rapports mettent en lumière la pratique du prélèvement forcé d’organes dans les grands hôpitaux chinois, avec des preuves substantielles à l’appui.

Le 25 juin 2022, l’édition japonaise d’Epoch Times a publié une interview exclusive d’Ushio Sugawara, ancien membre du plus grand syndicat du crime « Yakuza » du Japon, le Yamaguchi-gumi.

M. Sugawara, qui a quitté la pègre en 2015 pour devenir commentateur économique, s’est souvenu d’un incident survenu en 2007. À l’époque, il a participé à une greffe de foie pour le frère d’un ami, organisée par un intermédiaire et coûtant environ 220.000 dollars. La greffe de foie a eu lieu à l’hôpital général de la police armée de Pékin.

Après son arrivée en Chine, M. Sugawara a rendu visite au frère de son ami à l’hôpital la veille de l’intervention chirurgicale prévue.

Il a raconté avoir vu le donneur, un pratiquant de Falun Gong de 21 ans qualifié de « terroriste » et condamné à mort, inconscient et sous médicaments, avec des bandages aux mains et aux pieds. Le personnel de l’hôpital a expliqué que couper les tendons des mains et des pieds du donneur avait pour but d’empêcher toute fuite et de garantir la qualité des organes.

La greffe a finalement échoué, entraînant la mort du receveur et du donneur.

Après le reportage publié par Epoch Times Japan sur les pratiques de prélèvement forcé d’organes, plusieurs médias japonais de premier plan, dont le Yomiuri Shimbun, le plus grand journal du Japon, ont lancé des enquêtes sur les intermédiaires japonais dans les transplantations d’organes à l’étranger et ont trouvé des preuves contre l’Association for Patients of Intractable Diseases et contre M. Kikuchi.

Selon son site web, l’organisation à but non lucratif met en relation depuis 2003 des patients japonais avec des hôpitaux étrangers, principalement en Chine, pour des transplantations d’organes.

Ce calendrier coïncide avec le moment où les hôpitaux chinois ont commencé à commercialiser agressivement des greffes d’organes à des ressortissants étrangers.

David Matas, avocat canadien spécialisé dans les droits de l’homme, et feu David Kilgour, ancien secrétaire d’État canadien, enquêtent depuis longtemps sur les pratiques du Parti communiste chinois (PCC) en matière de transplantation d’organes. Leur rapport publié en 2006, qui a fait l’objet d’un livre intitulé Bloody Harvest (ndt. Prélèvements meurtriers) a fait naître des soupçons selon lesquels le PCC prélevait des organes de manière illicite et ciblait en particulier les pratiquants du Falun Gong.

En 2016, M. Matas, en collaboration avec M. Kilgour et le journaliste d’investigation Ethan Gutmann, établi à Londres, a publié Bloody Harvest/The Slaughter: An Update. Ce rapport de 680 pages estimait que la Chine effectuait entre 60.000 et 100.000 opérations de transplantation par an.

Extraction d’organes à des fins lucratives

Le 10 octobre, le tribunal de district de Tokyo a tenu sa première audience dans l’affaire Kikuchi, qui a fait couler beaucoup d’encre. Le prévenu était accusé d’avoir négocié des opérations de transplantation d’organes sans l’autorisation du gouvernement pour deux patients, en violation de la loi japonaise sur la transplantation d’organes.

Le président du tribunal, Baba Yoshiro, a déclaré que M. Kikuchi avait recruté des patients pour des transplantations d’organes à l’étranger et avait accéléré les opérations de transplantation d’organes en l’espace de quelques mois. La loi japonaise sur la transplantation d’organes interdit la vente d’organes humains et le profit par des intermédiaires.

M. Kikuchi a révélé qu’au cours des deux dernières décennies, son organisation avait facilité environ 170 transplantations, 90% des patients ayant été greffés dans des hôpitaux chinois. Il a souligné le rapport coût-efficacité des opérations, notant que les prix en Chine étaient nettement inférieurs à ceux pratiqués aux États-Unis. À la suite de la pandémie de Covid-19 et des restrictions de voyage qui en ont découlé, M. Kikuchi s’est tourné vers l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

M. Kikuchi a également indiqué les coûts impliqués : 20 millions de yens (environ 128.000 euros) pour un rein, 30 millions de yens (environ 193.000 euros) pour un foie, 30 à 40 millions de yens (193.000 à 257.000 euros) pour un cœur et 40 à 50 millions de yens (257.000 à 320.000 euros) pour des poumons. Ces chiffres incluent les frais d’opération, de déplacement et d’intermédiaire.

Le 28 novembre, le tribunal a rendu son verdict final : M. Kikuchi a été condamné à huit mois de prison et à une amende de 1 million de yens (environ 6400 euros).

La décision a été largement commentée en ligne, certains citoyens japonais exprimant leur indignation : « Les actes inhumains de ce groupe, qui prélève de force des organes sur de jeunes individus en Chine, sont tout à fait déplorables », peut-on lire dans un message.

Un autre message critiquait la clémence de la peine : « Kikuchi est par essence un complice de meurtre ; cette peine est insuffisante ».

Dans un premier temps, M. Kikuchi avait clamé son innocence, affirmant que ses actions avaient « sauvé des centaines de vies ». Cependant, Hiroaki Maruyama, représentant du réseau Stop Medical Genocide (SMG), a contesté avec véhémence ce point de vue.

Dans une interview accordée à Epoch Times, M. Maruyama a déclaré que « les prélèvements d’organes effectués par les hôpitaux chinois sur des personnes vivantes à des fins lucratives » étaient contraires aux principes de l’éthique médicale. M. Kikuchi, en s’engageant dans ces activités, les a non seulement encouragées, mais a également impliqué de nombreux patients japonais ignorant la vérité.

M. Maruyama a souligné que l’arrestation et la condamnation de M. Kikuchi, ainsi que la couverture médiatique qui l’a entourée, ont mis en lumière un réseau d’intermédiaires illégaux impliqués dans le marché noir mondial des organes, et en particulier dans le prélèvement forcé d’organes à grande échelle pratiqué par le PCC.

Ces révélations ne représentent que la surface d’une réalité bien plus sombre, a-t-il souligné. Il a appelé à l’adoption d’une législation empêchant les citoyens japonais de chercher à se faire greffer des organes dans des pays comme la Chine, connus pour leurs violations des droits de l’homme.

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