CHINE

L’avance de la Chine dans le domaine de la 5G suscite de graves inquiétudes en Occident en matière de sécurité nationale

septembre 11, 2019 17:22, Last Updated: octobre 20, 2019 2:02
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La Chine est très en avance sur les États-Unis et les autres pays occidentaux en ce qui concerne le développement de la technologie de communication numérique de cinquième génération (5G). D’ici 2025, elle pourrait disposer d’un puissant moyen de renseignement sur toutes sortes d’informations et de données dont dépend dans la vie quotidienne la majorité de la population mondiale.

C’est de cela qu’avertit, dans sa note du 5 septembre, William Schneider, économiste, expert de la défense et chercheur principal de l’Institut Hudson, un groupe d’experts basé à Washington.

« La technologie 5G permettra une transition mondiale vers les télécommunications mobiles avec un transfert quasi instantané des données », a-t-il écrit. « Les prévisions montrent que d’ici 2025, les trois quarts de la population mondiale (6 milliards de personnes) interagiront avec les données numériques en moyenne une fois toutes les 18 secondes.

« Ces interactions se feront par le biais de capacités 5G omniprésentes, intégrées dans les appareils de tous les jours via l’Internet des objets (IdO), ainsi que par les données commerciales que les gouvernements fournissent et contrôlent souvent. »

L’IdO est le monde numérique qui se forme actuellement, un monde dans lequel des millions d’appareils – allant des smartphones et fours à micro-ondes aux ordinateurs automobiles et « villes intelligentes » – sont interconnectés pour échanger et traiter des milliers de milliards d’octets de données en quelques microsecondes.

De telles capacités font de la 5G bien plus qu’une simple avancée – dans les télécommunications numériques pour les systèmes Wi-Fi – qu’on a vue avec le passage de la 3G à la 4G, explique William Schneider. C’est le lien essentiel pour créer l’infrastructure numérique mondiale nécessaire à l’IdO.

Il estime que les secteurs commerciaux et industriels de l’économie mondiale disposeront à eux seuls, d’ici 2030, de 125 milliards d’appareils qui sont essentiels à la vie quotidienne et qui accumuleront et distribueront des données sur leurs utilisateurs.

Ainsi, la 5G est « la porte menant au contrôle de l’infrastructure mondiale de l’information », précise M. Schneider. « Du point de vue de la sécurité nationale, la valeur de l’information à laquelle on accède exclusivement par la 5G – un système de communication moderne dominé par la Chine – est immense et cela représente une énorme menace. »

Selon des experts, la Chine déploiera environ 4,9 millions de stations de base 5G d’ici 2030 et investira 150 milliards de dollars supplémentaires dans cette technologie d’ici 2025.

Depuis plus d’une décennie, Pékin investit énormément dans la recherche et le développement de la 5G – cela se manifeste dans le fait que « l’infosphère dominée par la Chine constitue la composante de la ‘route numérique’ de son programme d’infrastructure Belt and Road Initiative – BRI (initiative ceinture et route) », souligne William Schneider.

Ce titanesque programme d’investissement chinois, souvent qualifié de « nouvelle route de la soie », prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications, et couvre plus de 150 pays et organisations internationales qui s’y sont associés et deux tiers de la population mondiale.

Le programme BRI constitue la pierre angulaire de la politique étrangère du dirigeant chinois Xi Jinping visant à accroître l’influence de la Chine et installer sa domination globale.

Faire de Pékin, par le biais de BRI,  une source majeure de prêts pour différents pays du monde, et surtout pour les pays en développement, est un élément clé de ce programme. La Chine possède déjà la plus grande infrastructure de services financiers numériques au monde, desservant 800 millions de personnes.

En outre, « la Chine est bien placée pour supplanter les États-Unis en tant que premier marché mondial de l’assurance – une forme de service financier qui se propage facilement grâce à la technologie moderne des télécommunications, en particulier la 5G », ajoute M. Schneider.

« Dans le même temps, la large disponibilité des services financiers dans les pays en développement [dans le cadre de BRI] signifierait un changement important » dans le rapport de forces entre la Chine et l’Occident.

Grâce aux capacités de la 5G dans le cadre de BRI, la Chine pourrait suivre et analyser en continu et simultanément des milliards de transactions financières individuelles.

Google, ce géant américain de la technologie, travaille déjà avec des universités et des sociétés chinoises ayant des liens étroits avec les milieux militaires et du renseignement de Pékin.

Les applications d’intelligence artificielle (IA) qui résultent de cette collaboration pourraient également renforcer la capacité du régime chinois à analyser de grandes quantités de transactions financières dans le cadre du système de « crédit social » qu’il est en train d’installer en Chine.

Selon le magazine économique Forbes, le système de « crédit social » a été lancé en 2014 et devrait être achevé dans sa première version l’année prochaine. Il vise à surveiller constamment le comportement de chaque individu et entreprise en Chine par voie électronique, par des caméras de surveillance et des techniques de reconnaissance faciale. Les courriels, les transactions en ligne, les tweets et les posts de chacun, ses allées et venues, ses choix de lecture et ses amis, tout cela entre dans une base de données centralisée où un algorithme informatique lui attribue une « note de crédit social » qui est continuellement mise à jour.

Cette note représente le degré de fiabilité politique – elle montre dans quelle mesure chaque individu ou société se conforme ou non aux mandats et interdictions comportementaux, politiques et économiques du Parti communiste chinois.

Ceux qui obtiennent de bonnes notes bénéficient d’un traitement préférentiel de la part de l’État, tandis que ceux qui manifestent un comportement « indigne de confiance » se font déduire des points et se heurtent à des restrictions même dans leur vie quotidienne.

« Par exemple, explique M. Schneider, dans les régions où vivent des minorités chinoises non-Han (Tibet et régions ouïghoures de l’ouest de la Chine), une note de crédit social insuffisante empêche même des millions de personnes d’acheter des billets pour les transports publics. »

La Chine pourrait étendre l’application d’un tel système bien au-delà de ses frontières. William Schneider avertit que « si la Chine parvient à dominer la prochaine génération de services de télécommunications grâce à la propagation de la 5G, cela servira à son objectif de devenir, par le biais du BRI, la première puissance économique et militaire mondiale d’ici 2049, année du 100e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine.

« Les efforts de la Chine pour prendre le contrôle de l’infosphère mondiale en la reliant à un réseau mondial chinois de la 5G vont probablement se poursuivre », souligne-t-il, ajoutant que les récentes initiatives législatives occidentales visant à « développer des offres concurrentielles aux efforts de la Chine dans le domaine de l’infrastructure, y compris la 5G, sont encore embryonnaires et n’ont pas encore été testées ». Les pays occidentaux, y compris les États-Unis « sont bien en retard et le temps qui reste pour le rattrapage est bien court ».

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