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L’émergence en France d’« une génération de startups pionnières »

octobre 14, 2015 14:27, Last Updated: octobre 26, 2015 15:29
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C’est un changement des codes du monde de l’entreprise qui est en marche. Inexorablement, le modèle traditionnel se met en branle pour essayer de suivre l’accélération des jeunes startups françaises. L’époque est à la création de sens et de nouveaux services via les nouvelles technologies. Un élan d’innovation encadré par l’État et les investisseurs privés qui dépasse même les frontières nationales. Après la French Touch voici la French Tech, en passe de devenir la nouvelle Silicon Valley à la française.

La semaine dernière, le patron de Cisco, John Chambers ne tarissait pas d’éloges sur la pépinière d’innovations technologiques qu’est devenue la France en l’espace de 2 ans. En cause, un changement de mentalité chez les jeunes diplômés et une incitation du gouvernement à plus d’innovation et à plus de libéralisation de l’économie. La méthode : des « business angel » encadrant financièrement et administrativement les jeunes diplômés tentant l’aventure, afin de libérer le potentiel d’idées de leurs jeunes années. Avoir comme résultat, un profond changement des codes entrepreneuriaux jusqu’à bousculer les frontières administratives et fiscales du pays.

Une déclaration d’amour d’un patron américain à la France

Lors de son passage en France pour inaugurer un nouveau centre de recherche à Issy-les-Moulineaux, John Chambers, président éxecutif de Cisco n’a pas tari d’éloges sur le potentiel d’innovation français.

« La France est sur le point de se transformer en profondeur. Nous comprenons les tendances de marchés. On nous a suivis lorsque nous sommes allés en Inde ou en Chine. Et je pense que la France, c’est l’avenir. J’ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs. J’ai l’impression de voir la Silicon Valley » a-t-il déclaré sur Europe 1 le 8 octobre. Selon ses termes, on voit émerger en France « une génération de start-up pionnières ».

J’ai l’impression de voir la Silicon Valley – John Chambers, PDG de Cisco

Cisco est un groupe américain n°1 mondial des réseaux internet. Il développe les interfaces matérielles et techniques hébergeant la communication par Internet à travers le monde.

John Chambers, lors de sa venue en France n’a pas fait que des dithyrambes, il est aussi passer aux actes en annonçant le doublement de ses investissements dans les startups françaises. Il va ainsi les porter à 200 millions, loin cependant encore du milliard d’euros accordé aux startups du Royaume-Uni.

Il justifie néanmoins cette levée de fond : « Il y a une nouvelle génération de startups françaises qui vont profondément transformer nos modes de vie (…) les décideurs en France comprennent mieux que tout autre ce que la révolution numérique peut apporter à chacun ». N’oubliant pas de souligner l’incitation de l’État : « Le gouvernement français a compris ce qu’il se passait il y a un an. Les décideurs politiques de la France ont compris mieux que tout autre la révolution numérique qui est en marche ».

De la French Touch à la French Tech

On connaissait déjà la French Touch comme l’excellence à la française, reconnue dans le monde entier pour son art de vivre et la haute qualité de ses produits. Depuis sa création en janvier 2014 par le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Affaires numériques, Emmanuel Macron et la Secrétaire d’État chargée du numérique, Axelle Lemaire, la French Tech se veut l’équivalent de la French Touch dans le monde numérique. Un concept d’ailleurs adopté unanimement par les régions et les grandes villes de France voulant mettre en relation les différents acteurs de l’écosystème High Tech français, avec les bonnes structures et les bons investisseurs.

David Monteau, Directeur de la Mission French Tech expliquait fin de 2014 Les cafés économiques de Bercy le rôle et le périmètre de la French Tech.

Le but de la French Tech ? Montrer la spécificité française dans la création de valeur ajoutée dans le numérique et défendre une capacité culturelle d’innovation et de savoir-faire propre à son environnement de hautes technologies. La France est en effet un des pays au monde les mieux dotés – avec des prix parmi les plus accessibles – en internet fixe et mobile, faisant par là même sa population plus technophile que la moyenne.

Le potentiel en R&D de la France

Comme chaque pays par ailleurs, la France possède un bagage culturel, technique et scientifique unique au monde. Selon le Financial Times la France est devenue en quelques années n°2 derrière les États-Unis dans le marché de l’innovation numérique et devrait s’affirmer comme un « pays clé dans les développements technologiques » d’ici à 2020.


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La France possède en effet un terreau de grandes écoles et d’universités formant parmi les meilleurs mathématiciens, ingénieurs et chercheurs au monde. Plusieurs économistes français tels que Jean Tirole, prix Nobel d’Économie en 2014, ou Thomas Piketty sont des superstars mondiales et écoutés pour leur analyse sur les modèles économiques.

Le point central de l’innovation a toujours été dans une entreprise son bureau de Recherche et Développement (R & D). Dans ce domaine, les profils français sont particulièrement adaptés – le rapport « qualité-prix » des ingénieurs français étant l’un des meilleurs au monde. Une réalité confirmée par Mohammed Boumediane, fondateur d’HTTPCS, un des leaders mondiaux de la cybersécurité : « même si le marché américain représente 80% de nos ventes, notre R & D restera toujours en France » peut-on lire dans une enquête détaillée de Capital sur la création des start-up en France.

Ce qui confirme la tendance du moment de mettre des ingénieurs français à la tête des bureaux de R & D de grands groupes américains en informatique (un exemple récent a été la création en juin 2015 d’un laboratoire d’intelligence artificielle à Paris par Facebook dirigé par le chercheur français Yann LeCun spécialisé en deep learning) et de libérer en même temps leurs potentiels d’innovation en France.

Les startups de plus en plus soutenues par l’État et les investissements privés

Les Halles Freyssinet dans le 13e arrondissement de Paris devraient accueillir en 2016 le plus grand incubateur de startups au monde (Capture d’écran Youtube 1000 STARTS-UPS)

Xavier Niel, patron du groupe Illiad, est à l’origine de la réhabilitation des Halles Freyssinet, futur 1er incubateur mondial de startups. Il l’a lui aussi bien compris, les innovations demandent beaucoup de R&D et pour cela « la France est devenue un paradis fiscal ».

En cause, le coup de pouce donné par l’État pour libéraliser au fur à mesure la création et la croissance des jeunes entreprises. La création du statut d’entrepreneur a en effet été largement simplifié depuis 2008. Le crédit d’impôt recherche et les aides de la Banque publique d’investissement (Bpifrance) permettent également de créer les conditions aux jeunes entreprises innovantes pour se lancer. La Bpifrance a injecté en tant qu’actionnaire 645 millions d’euros dans 150 entreprises innovantes en 2014 et va voir encore son budget augmenté en 2015.

La Banque publique d’investissement a injecté en tant qu’actionnaire 645 millions d’euros dans 150 entreprises innovantes en 2014

À côté de ces aides de l’État, l’investissement privé continuent de se développer. Des incubateurs, des pépinières, des « business angel » sont mis en place pour donner aux startups les moyens financiers, matériels et administratifs de concrétiser leurs idées innovantes (en échange d’une participation au capital de l’entreprise). Et ils sont en croissance continue depuis 2013, avec 100% de « business angels » (i.e. des investisseurs et conseillers privés de startups) en plus entre 2013 et 2014, soit 4 442 qui ont investi dans 305 entreprises. En tout, ce sont plus 300 incubateurs qui sont répartis sur les différents territoires de France pour aider les jeunes pousses à grandir et développer leurs produits et services.

Les grandes entreprises sont également en train de suivre cette vague de l’innovation numérique pour l’intégrer à leur développement. Des groupes comme Renault, la SNCF, Axa, Sodexo ou JCDecaux ont créé leur propre incubateur, cherchant à recruter les futurs pépites du web parmi les nouveaux diplômés.

Pour les plus petits business plans (inférieurs à 100 000 euros) les jeunes entrepreneurs peuvent encore se tourner vers le crowdfunding né en même temps qu’eux avec l’économie collaborative et dont ils sont les héritiers.

Des mentalités de jeunes diplômés qui évoluent

Au pays des 35 heures et du sacro-saint code du travail, la réussite de ces startups fait partie d’un certain « french paradox ». Cela tient à une nouvelle génération entrepreneuriale arrivée pendant l’ère du web 2.0 et voulant casser les codes bloquant les énergies en France à vouloir investir et entreprendre.

Avec cette idée de l’économie collaborative par le web, née dans la tête des jeunes diplômés, ce sont les mentalités qui sont en train d’évoluer. « Une carrière dans un grand groupe ne les fait plus rêver, ils veulent tous lancer leur boîte », constate Marc Fournier, professeur à l’ESCP.

52% des Français à penser que les startups peuvent « sauver notre économie » – Sondage de l’institut Think

Car innover et entreprendre sont les clés de ces héritiers du web 2.0 pour faire bouger les lignes et trouver les nouveaux îlots de croissance. Ces derniers ont vu dans la généralisation de l’accès au numérique en France, la possibilité de lancer leur propre start-up et de développer les nouveaux services répondant à ces nouveaux codes.

« La jeune génération veut avant tout changer le monde, bousculer les usages, casser les rentes des acteurs historiques », analyse Oussama Ammar, associé de l’incubateur The Family. Sans épargner aucun secteur, qu’il s’agisse de la banque, du transport, du voyage, de l’hôtellerie, de la gastronomie, etc.

Un potentiel d’innovation bien compris par la plupart des Français. Ils sont en effet 52% à penser que les startups françaises peuvent « sauver notre économie » d’après un sondage mené par l’Institut Think pour Les Échos. Ils placent cependant la capacité d’innovation comme le principal atout d’une start-up (56%), devant le fort dynamisme entrepreneurial (46%), le recours important aux nouvelles technologies-numérique-digital (44%), ou la création de nouveaux emplois à 33%.

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