La Chine contrôle désormais l’Afrique

Par John Mac Ghlionn
27 décembre 2021 17:47 Mis à jour: 27 décembre 2021 17:47

Lorsque nous pensons au sujet du colonialisme, nous avons tendance à penser à des hommes comme Christophe Colomb et Charles de Gaulle et à des pays comme le Royaume-Uni, la France, le Portugal et l’Espagne. En d’autres termes, nous avons tendance à considérer le colonialisme comme une chose du passé, comme quelque chose qui s’est produit il y a bien longtemps.

Cependant, aujourd’hui, des millions de personnes à travers le monde vivent encore sous le joug colonial. Certains se gratteront la tête et demanderont comment est-ce possible. Il est important de noter que le colonialisme a aujourd’hui une apparence un peu différente. Il est moins explicite, moins violent et moins évident.

En Afrique, on pourrait l’appeler le « colonialisme aux caractéristiques chinoises ».

Le Parti communiste chinois (PCC) est occupé à construire des ports, des ponts, des routes et d’autres infrastructures en Afrique. Ces projets ont un prix important – il porte le nom de liberté.

Sur les 54 pays d’Afrique, 45 ont déjà adhéré au titanesque programme chinois « Belt and Road Initiative – BRI », qui est souvent qualifié de « nouvelle route de la soie » et qui vise à accroître l’influence de la Chine et à installer sa domination globale. Cette année, le Congo est devenu le 45e membre africain de ce programme. Peu de temps après, ce plus grand pays d’Afrique subsaharienne a conclu avec Pékin un accord minier considéré comme « déraisonnable ». Le Congo est l’un des plus grands producteurs mondiaux de minéraux tels que le cobalt, le cuivre, l’étain et autres. Le régime chinois contrôle désormais son industrie minière.

La BRI impose à ses pays membres des niveaux d’endettement insoutenables. Comme a rapporté récemment la journaliste Mercy Kuo dans The Diplomat, depuis le lancement de la BRI en 2013, « la Chine a dépensé plus de deux fois plus que les États-Unis » en aide étrangère. Cependant, l’État-parti « l’a fait en forme de dette plutôt qu’en forme de dons, en maintenant un ratio de 31 pour 1 entre les prêts et les dons ». De plus, « les gouvernements [bénéficiaires] sous-déclarent aujourd’hui leurs obligations de remboursement actuelles et potentielles envers la Chine d’un montant équivalent en moyenne à 5,8 % de leur PIB ».

Il n’est donc pas étonnant qu’un certain nombre de pays participant à la BRI éprouvent des « remords d’acheteur ». Pourquoi n’en éprouveraient-ils pas ? Plus d’un tiers des projets d’infrastructure de la BRI ont « rencontré des problèmes majeurs de mise en œuvre, tels que des scandales de corruption, des violations du droit du travail, des risques environnementaux et des protestations publiques ». En même temps, « les suspensions et les annulations de projets augmentent ».

La situation décrite par Mercy Kuo se base sur une récente étude de AidData, un laboratoire de recherche du Global Research Institute du College of William and Mary. Selon Bradley Parks, directeur général d’AidData et co-auteur du rapport, les dettes non déclarées représentent à elles seules « environ 385 milliards de dollars ». Le problème de la dette cachée, a-t-il mis en garde, risque de s’aggraver considérablement.

Que signifie tout cela pour l’Afrique ? En bref, rien de bon.

Prenons, par exemple, la Guinée équatoriale – un pays lourdement endetté auprès de Pékin. Selon les informations, l’État-parti chinois envisage d’y construire sa première base militaire permanente en Afrique occidentale, ce qui lui permettra d’établir sa présence militaire navale dans l’Atlantique. De plus, la Guinée, ce petit pays qui ne compte que 1,4 million d’habitants, dispose d’abondantes réserves pétrolières offshore, ce qui n’a pas échappé au PCC.

Même les pays qui ne participent pas à la BRI ne peuvent éviter la présence inquiétante du régime chinois. La Chine a investi dans 52 des 54 pays africains ; 49 de ces 54 pays (plus de 90 %) ont signé des mémorandums d’entente (MoU) avec Pékin. Ces mémorandums sont l’équivalent d’un marché faustien. En acceptant d’importantes sommes d’argent de Pékin, les pays africains ont permis au PCC d’accéder à leur arrière-cour et d’exploiter leurs ressources.

Xi Jinping inspecte la garde d’honneur lors de sa visite officielle à l’Union Building de Pretoria, en Afrique du Sud, le 24 juillet 2018. (Phill Magakoe/AFP/Getty Images)

Qui contrôle l’argent contrôle l’avenir

Les investissements de la Chine en Afrique ont des buts stratégiques. À l’avenir, pour faire des affaires avec Pékin, on n’aura guère d’autre choix que d’utiliser l’e-CNY, la nouvelle monnaie numérique chinoise.

L’année dernière, Huawei a présenté le Mate 40, un smartphone avec un porte-monnaie électronique préinstallé qui utilise la monnaie numérique chinoise. Peu après sa présentation, le PCC a commencé à mettre ce smartphone dans les mains de millions d’Africains.

Comme l’ont noté les chercheurs de l’Institut Lowy, il semble que « le second objectif de la Chine [après sa propre population] pourrait bien être l’Afrique, dans le but de perturber le système financier mondial ».

Le PCC utilise-t-il l’Afrique – le continent qui connaît la croissance la plus rapide au monde – pour réaliser ses plans de domination mondiale ? La réponse semble être oui. Non seulement l’Afrique est le continent qui connaît la croissance la plus rapide au monde, mais il est aussi le plus jeune : 60 % de la population africaine a moins de 25 ans.

Ces dernières années, la capitale Lagos du Nigeria – le pays dont l’économie à la croissance la plus rapide d’Afrique – a vu affluer les investissements chinois. Les deux pays entretiennent un lien apparemment indéfectible (bien que le Nigeria soit lourdement endetté envers Pékin), et la Chine cherche désormais à établir des banques à Lagos. Ce qui se passe au Nigeria doit être considéré comme une tentative chinoise de contrôler l’ensemble des échanges financiers du continent africain.

Le PCC ne se contente pas de remodeler la sphère financière, il remodèle également la sphère militaire. Selon le récent rapport China’s military education and Commonwealth countries, plusieurs pays africains, dont le Ghana et la Tanzanie, ont ouvert des « écoles politico-militaires » parrainées par le régime chinois. Ces établissements, selon les analystes Radomir Tylecote et Henri Rossano, doivent être compris dans le contexte des efforts de Pékin qui vise à obtenir des niveaux de contrôle encore plus élevés sur les pays en développement. Il n’est pas étonnant, comme le montre le rapport, qu’un grand nombre de pays participant à ces programmes soient également membres de la BRI.

Un continent conquis

En moins d’une décennie, la Chine a essentiellement conquis un continent de 1,2 milliard d’habitants – un continent qui regorge de ressources naturelles, notamment de diamants, de sucre, de sel, d’or, de fer, de cobalt, d’uranium, de cuivre, de bauxite, d’argent, de pétrole et de fèves de cacao.

Alors que la colonisation d’un continent entier était en cours, les États-Unis et l’Union européenne sont restés les bras croisés. On ne peut s’empêcher de penser que leurs derniers projets – les initiatives « Build Back Better World » et « Global Gateway » – sont voués à l’échec. Le PCC a huit ans d’avance sur Washington et Bruxelles, et la majorité des pays africains sont lourdement endettés envers Pékin.

La triste réalité devient évidente : même si les pays africains veulent quitter la BRI, beaucoup d’entre eux ne le peuvent pas.

En cas de doute, on peut prendre l’exemple de l’Ouganda, un pays dont la dette s’élève à 18 milliards de dollars, soit près de 50 % de son PIB. Le pays doit la majeure partie de cette dette à la Chine. Le président ougandais Yoweri Museveni a récemment envoyé une délégation à Pékin pour renégocier l’encours de la dette. Toutefois, comme le rapporte le journal nigérian Punch, « la demande a été rejetée » – le PCC a refusé « d’autoriser toute modification des conditions initiales de l’accord de prêt ». Qu’est-ce que cela signifie pour cette nation d’Afrique de l’Est ? Il est bien probable que le gouvernement ougandais doive « renoncer [en faveur de la Chine] à l’aéroport international d’Entebbe », le seul aéroport du pays.

« L’aide financière » de la Chine n’est guère plus que des prêts prédateurs, avec de nombreuses formes de caution en cas de défaut de paiement, y compris les aéroports et les ports internationaux. Nous assistons à la mort à petit feu – un continent entier est avalé par le régime du PCC. Si l’on considère que Xi Jinping a récemment promis d’investir 10 milliards de dollars supplémentaires en Afrique au cours des trois prochaines années, on peut s’attendre à ce que l’invasion chinoise se poursuive.

John Mac Ghlionn est un chercheur et un essayiste. Ses écrits ont été publiés dans des journaux comme le New York Post, Sydney Morning Herald, Newsweek, National Review, The Spectator US et d’autres médias respectables. Il est également un spécialiste des questions psychosociales, ayant un intérêt particulier dans les domaines des dysfonctionnements sociaux et la manipulation des médias.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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