Chine-Europe : le stratagème diplomatique de la Chine face à son ralentissement économique et aux défis géopolitiques

Par Vue Pinnacle
17 mai 2024 18:40 Mis à jour: 18 mai 2024 13:18

Le 9 mai, le dirigeant chinois Xi Jinping a achevé sa visite très médiatisée en Europe. Le chef du Parti communiste chinois (PCC) s’est rendu en France, en Serbie et en Hongrie. Compte tenu du ralentissement de son économie et des défis géopolitiques, l’État-parti chinois est en quête de percées diplomatiques qui lui permettraient de surmonter ces obstacles. Le 11 mai, les experts sur la Chine invités à l’émission Pinnacle View de la chaîne NTD ont analysé le but et les objectifs de la visite de Xi Jinping en Europe.

Une Europe unie

Selon Du Wen, expert en droit chinois basé en Belgique, la stratégie de la Chine à l’égard de l’Union européenne (UE) consiste à contourner Bruxelles et à établir des liens politiques et économiques plus étroits avec ses principaux États membres. L’objectif est de sortir de l’impasse actuelle dans les relations entre la Chine et l’UE. Si Xi Jinping pouvait faire des concessions politiques importantes en France, cela l’aiderait à atteindre son objectif de diviser l’UE et de poursuivre la réalisation de son concept géopolitique du monde multipolaire – le concept qui vise la marginalisation de l’Occident et l’influence croissante du « modèle chinois ».

« Cependant, la France ne s’est pas laissé séduire par cette stratégie », a noté Du Wen. « Le président Emmanuel Macron a invité la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à rencontrer Xi Jinping avant leur rencontre bilatérale, transformant la victoire diplomatique de la France en une victoire à l’échelle de l’UE. Macron a clairement indiqué que la France ne contournerait pas l’UE pour conclure des accords diplomatiques majeurs avec la Chine, refusant de sacrifier l’unité de l’UE. »

Guo Jun, rédactrice en chef de l’édition hongkongaise d’Epoch Times, estime que depuis l’époque de l’ancien chef du PCC Jiang Zemin, l’État-parti chinois a désigné comme principal ennemi l’Amérique en tant que première puissance occidentale. L’objectif du PCC a été de s’aligner sur la Russie, de courtiser le Japon, le Canada et l’Australie et de diviser l’Europe pour contrer les États-Unis. Si la Chine est parvenue à établir un « partenariat sans limites » avec la Russie, ses tentatives de courtiser le Japon, le Canada et le Royaume-Uni ont échoué. La seule option qui lui reste est de diviser l’Union européenne.

Selon Mme Guo, la stratégie de Pékin à l’égard de l’UE vise trois objectifs. Premièrement, le PCC souhaite mettre fin aux relations existant entre l’UE et les États-Unis et obtenir un soutien mondial de la Chine, ce qui a peu de chances de se matérialiser. Deuxièmement, il cherche à ce que l’UE reste neutre, ne soutenant ni l’Amérique ni la Chine, ce qui est également improbable. Troisièmement, le Parti cherche à diviser l’Europe et à exploiter les différences entre les États membres de l’UE. Si la Chine peut obtenir le soutien de certains pays, elle pourrait entraver la prise de décisions stratégiques au sein de l’UE. Compte tenu du principe d’unanimité au sein de l’UE, un seul État dissident peut bloquer la prise de décisions sur les sujets jugés sensibles, tels que la politique étrangère.

Choisir entre la Russie et le marché de l’UE

Du Wen estime que le soutien de la Chine à la Russie et le déversement des produits des capacités excédentaires chinoises sur le marché de l’UE sont des éléments essentiels de la tactique économique de Pékin. Toutefois Emmanuel Macron, représentant l’UE, a insisté sur les demandes fermes et claires de l’UE de s’aligner sur les principes des avantages économiques, du respect des valeurs établies et de l’assurance de la sécurité. Cela est en contradiction avec le soutien de la Chine à la Russie et les pratiques commerciales chinoises déloyales et contraires à l’éthique.

M. Du a indiqué que, lors de la visite de Xi Jinping, la partie française a laissé entendre qu’il aurait promis de s’abstenir d’armer la Russie et de soutenir directement son industrie militaire, bien que cette promesse ne soit pas nouvelle et que les États-Unis aient récemment révélé que Pékin fournit à Poutine des composants sensibles et le matériel à double usage permettant à son armée de poursuivre la guerre en Ukraine.

En même temps, Xi Jinping est resté silencieux sur la question du dumping de marchandises chinoises subventionnées par l’État, en particulier ses voitures électriques. La principale raison de sa position relativement « conciliante » sur la question du soutien à la Russie s’explique par l’importance pour la Chine de maintenir les exportations des produits de ses capacités excédentaires vers l’Occident. Cette stratégie commerciale permet de soutenir l’économie chinoise et d’affaiblir fondamentalement l’Occident. Du Wen pense que Xi Jinping comprend que soutenir davantage la Russie dans la guerre est probablement une cause perdue et, bien que cette guerre serve ses intérêts, il se préoccupe plutôt de la préservation de la position de Chine sur le marché européen.

« Le conflit le plus important entre la Chine et l’UE réside dans les différences de valeurs, en particulier en ce qui concerne les droits de l’homme », a-t-il poursuivi.

« Les différences portent sur la vision des principes démocratiques opposés à l’autoritarisme et aux violations des droits de l’homme telles que la persécution des dissidents, la répression de la liberté religieuse et les mauvais traitements infligés aux minorités comme les Ouïghours, les Tibétains et les Mongols. L’UE plaide pour que la Chine respecte les traités et les obligations internationaux et met l’accent sur la coopération économique tout en respectant les valeurs établies. Cependant, la Chine insiste sur le fait que les droits de l’homme et les affaires intérieures ne sont pas liés aux questions économiques. En conséquence, l’UE fait face à une pression importante par rapport à sa coopération économique avec la Chine, ce qui a conduit au rejet de l’accord d’investissement UE-Chine par le Parlement européen. »

Du Wen a critiqué l’attitude de Xi Jinping, soulignant son insistance sur la « sagesse et la grandeur absolues » de la Chine. Selon lui, le chef du PCC se perçoit comme le dirigeant du monde entier et n’a absolument pas la capacité de s’intégrer dans le contexte diplomatique mondial.

M. Du a également indiqué que la tactique actuelle de Pékin consiste à blâmer les États-Unis pour différents méfaits et à promouvoir l’idée de « l’impérialisme occidental ». Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, mène une diplomatie avec les pays occidentaux sans tenir compte de leurs valeurs, faisant apparaître comme trompeur tout dialogue avec la Chine.

« La Chine a désormais recours à une combinaison d’affirmations publiques, de compromis privés, de rhétorique active, d’actions lentes et même d’incohérence en soutenant la Russie et en affrontant l’Occident. Le Parti communiste chinois considère cette approche comme de la sagesse. Par conséquent, une compréhension et une coopération véritables entre la Chine et la France, ou l’UE en général, semblent peu probables. »

Le dilemme stratégique de la Chine

Guo Jun a souligné la forte promotion par les médias d’État chinois de la soi-disant « autonomie stratégique » de l’Europe lors de la visite de Xi Jinping dans les trois pays européens. Cela fait partie de la stratégie de la Chine à l’égard de l’Europe.

L’autonomie stratégique représentait depuis longtemps un rêve pour les hommes politiques européens. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe s’est efforcée de parvenir à une autonomie. La France, en particulier, s’est montrée inflexible dans cette quête. Après son retour en France en 1944, Charles de Gaulle a pris ses distances avec les États-Unis et le Royaume-Uni en vue de parvenir à l’autonomie stratégique.

Mme Guo a noté le rôle unique joué par la France au sein de l’OTAN. Bien qu’elle ait rejoint l’OTAN à deux reprises, la France maintient une présence militaire indépendante à l’étranger et n’accepte pas de commandement militaire direct de l’OTAN. Cela montre que l’idée de l’autonomie stratégique de l’Europe a perduré au fil des ans.

Les États-Unis assurent la sécurité de l’Europe à leurs dépens, car de nombreux pays européens attribuent toujours à la défense moins de 2 % de leur PIB. Si l’Europe veut une autonomie stratégique, elle doit d’abord atteindre l’autonomie en matière de défense – un objectif qui semble lointain. Si les discussions sur l’autonomie stratégique étaient raisonnables il y a cinq ans, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a modifié les priorités. Cette nouvelle situation explique la position ferme de la France à l’égard de la Russie et sa volonté de résoudre rapidement le conflit russo-ukrainien.

Mme Guo a également mis en évidence un paradoxe intéressant. Le soutien continu de la Russie par la Chine prolonge la guerre russo-ukrainienne, empêchant l’UE de parvenir à une autonomie stratégique. En même temps, cela empêche la réalisation des tactiques chinoises visant à opposer individuellement les États membres de l’UE aux États-Unis.

En revanche, si la Chine abandonne son soutien à la Russie, l’Europe pourrait progresser sur le chemin de l’autonomie stratégique et prendre ses distances avec l’Amérique. Pourtant, cela pourrait affecter négativement le « partenariat sans limites » et l’accès très avantageux pour la Chine aux ressources et au marché de la Russie. Tout cela complique fortement l’accomplissement de la « grande stratégie » de Pékin.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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