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Cinq ans après les attentats de Bruxelles, la « reconstruction » d’un survivant

mars 20, 2021 14:00, Last Updated: avril 11, 2021 2:59
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Quatre mois d’hôpital, treize opérations, une jambe complètement insensible mais la chance d’être encore en vie. Sébastien Bellin, grièvement blessé en mars 2016 dans les attentats jihadistes à Bruxelles, poursuit cinq ans plus tard sa « reconstruction ».

« Je serai handicapé à vie, ce n’est pas facile mais je l’ai accepté. C’est un cadeau d’avoir une deuxième chance dans la vie », affirme avec philosophie ce Belge de 42 ans, ex-basketteur professionnel, lors d’une rencontre avec l’AFP à son domicile de Tervuren, près de Bruxelles.

32 morts et plus de 340 blessés le 22 mars 2016

Ces attentats-suicides, dont la Belgique se souvient lundi lors d’un hommage officiel, ont fait 32 morts et plus de 340 blessés le 22 mars 2016, à l’aéroport et dans une station de métro de la capitale belge.

Perpétrés par la cellule jihadiste franco-belge ayant déjà frappé à Paris le 13 novembre 2015 (130 morts), ils ont été revendiqués par l’organisation Etat islamique (EI).

-Un kinésithérapeute soigne la jambe de l’ancien basketteur brésilien-belge Sébastien Bellin le 15 mars 2021 à Tervuren. Photo par John Thys/ AFP via Getty Images.

Ce matin-là, Sébastien Bellin, sportif reconverti dans la création d’applications numériques, doit prendre un avion à destination de New York pour un rendez-vous avec les investisseurs américains qui viennent de racheter sa PME.

Ceux-ci se sont montrés impatients de le rencontrer, dit-il, et il a avancé son voyage de 24 heures, du mercredi au mardi.

Au sol, les jambes en sang

A l’aéroport de Zaventem, dans le hall d’enregistrement grouillant de monde, un premier kamikaze déclenche sa charge explosive à 07H58, puis un deuxième une dizaine de secondes plus tard. Seize personnes sont tuées (il y aura seize autres morts peu après au métro Maelbeek).

Bellin a été grièvement blessé à l’aéroport de Zaventem lors des attentats de Bruxelles en 2016. Photo par John Thys/ AFP via Getty Images.

Sébastien Bellin se retrouve au sol, les jambes en sang, au milieu des débris tranchants et de la poussière. Il a gardé en tête l’image d’une dame morte à côté de lui. « Je vois encore ses bagues, et très clairement son visage, la couverture dont elle était recouverte », raconte-t-il.

Dès ce moment-là, l’ancien-basketteur, ex-capitaine de l’équipe nationale belge (2003-2008), mesure sa « chance d’être encore en vie ». Et « de façon surprenante » ressent « une forme de tranquillité dans les minutes qui ont suivi la deuxième explosion ».

Ne sent plus du tout sa jambe gauche

« Bien sûr mes deux filles me sont venues à l’esprit, je n’avais pas envie que ma vie se termine », poursuit-il, mais « je suis resté calme, au lieu de paniquer et de perdre l’énergie dont j’avais besoin pour survivre ».

Il attendra une heure et demie avant d’être emmené en ambulance. Il reste muet sur ses souffrances.

Entretemps ce grand gabarit de 2m05 est parvenu, en portant à deux mains ses jambes blessées, à se hisser sur un chariot. Et à comprimer autant que possible les hémorragies avec des garrots de fortune.

Bilan: la perte du fémur droit et du tibia gauche, remplacés par des broches métalliques. Il ne sent plus du tout sa jambe gauche, et dans l’effort doit compenser avec la droite, dont les muscles souffrent.

Indemnisation des préjudices

Cinq ans après les attentats, la vie de Sébastien Bellin est toujours rythmée par les séances de kinésithérapie, avec l’incertitude qui plane sur le remboursement des frais engagés pour une partie des soins (chez des soignants non conventionnés).

« L’Etat aurait pu faire un bien plus grand effort, après cinq ans on n’a toujours pas une solution concrète », déplore-t-il.

Dans le dossier judiciaire, qui devrait aboutir à un procès d’assises pour une dizaine d’inculpés, peut-être fin 2022, plus de 700 parties civiles ont déjà été recensées, et beaucoup se plaignent du ping-pong entre l’Etat belge et les assureurs privés pour l’indemnisation des préjudices.

Participer à l’édition 2021 du triathlon « IronMan » de Hawaï

Pour l’instant celui qui fut sportif professionnel pendant quinze ans passe beaucoup de temps à « courir pour se reconstruire ».

Dans la forêt de Tervuren, il s’entraîne intensément au footing pour préparer le prochain « challenge » à son agenda: participer à l’édition 2021 du triathlon « IronMan » de Hawaï, un des plus réputés au monde, prévu en octobre.

« Etre handicapé n’est pas une finalité, un handicap on peut l’améliorer, c’est comme au golf! », plaisante-t-il. « Le handicap ne gagnera pas contre moi, c’est moi qui vais gagner ».

 

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