Le déclin de l’économie et la montée de Donald Trump

28 novembre 2016 18:56 Mis à jour: 28 novembre 2016 18:56


L’économiste chinois Ma Guangyuan a récemment évoqué le message envoyé par les résultats des élections américaines au sujet de l’absence d’éthique dans l’économie moderne, en particulier par rapport à la Chine.

Le choc de la victoire de Donald Trump se répand dans le monde entier. Les médias en Europe et aux États-Unis considèrent les raisons pour lesquelles les résultats des sondages et des élections américaines ont été si différents. Mais ils n’abordent pas la question fondamentale.

La société évolue. L’économie se développe très rapidement. Cependant, à chaque grande crise économique, les économistes n’ont pas pu prévoir son arrivée, proposer des mesures efficaces pour la gérer ou prévenir la fracture sociale provenant de cette crise.

Depuis la crise financière de 2008, l’assouplissement monétaire et la relance budgétaire n’ont pas pu remédier les dommages économiques, mais ont amené à des écarts encore plus importants entre les classes sociales. La raison fondamentale est le fait que l’économie continue de progresser sur le plan technique, tandis que la base de l’économie et de la société stagne.

Économie éthique

L’essentiel des sciences économiques après leur naissance consistait à étudier la mission ultime de l’État et de l’individu. Adam Smith, le fondateur des sciences économiques, était professeur de philosophie et d’éthique. Smith n’a jamais de sa vie donné de cours d’économie. Lorsqu’il a proposé le concept de la « main invisible », il accordait beaucoup d’attention aux facteurs moraux derrière le marché. Il croyait que le marché a les critères moraux à sa base, car tout le monde, en poursuivant ses propres intérêts, favorise en même temps le progrès et le développement des intérêts sociaux.

John Maynard Keynes, fondateur de la macroéconomie, affirmait que les sciences économiques doivent traiter tout d’abord le sujet de l’éthique, une science de la moralité. Les anciens économistes célèbres mettaient tous l’accent sur le développement humain, le progrès moral et le sort des personnes vulnérables dans la société. Plus tard, les méthodes de recherche économique sont devenues de plus en plus impressionnantes, leur portée de plus en plus étendue, les modèles économiques sont devenus de plus en plus complexes mais, en même temps, de plus en plus éloignés de la moralité et de l’éthique. La recherche de la « maximisation » en tant qu’approche principal a conduit à la dégénération des sciences économiques et leur transformation en recherche de l’efficacité, semblable à celle d’un robot.

Les sciences économiques ne sont devenues qu’une simple analyse d’efficacité. Elles ne mettent plus l’accent sur la pensée humaniste. Avec l’efficacité comme objectif ultime, il est impossible pour ces sciences de prendre en considération les besoins des groupes vulnérables ou les questions d’équité et de justice.

Politique monétaire

Au cours de la dernière crise financière, l’aggravation de la situation avec la répartition de la richesse a été la plus importante conséquence négative de la politique de l’assouplissement monétaire. Dans le cadre du rééquilibrage économique global, une grande quantité d’argent a été versée sur les marchés de capitaux, de l’immobilier et dans d’autres marchés, créant une bulle des prix des actifs.

Les classes aisées ont résolu la crise de la réduction de la richesse à travers d’une bulle monétaire. Ainsi, les riches étaient non seulement indemnes, mais sont devenus même encore plus riches grâce à la hausse des prix des actifs. Cependant, les groupes à revenu moyen et faible ont dû payer pour l’argent libéré par les banques centrales. Ils l’ont payé par une réduction de l’économie réelle. Leur revenu a diminué.

Un tel phénomène s’est produit dans le monde entier, y compris en Chine. Depuis 2008, la Chine a lancé une large gamme de mesures de relance économique, ce qui a amené à des bulles dans les prix des actifs, en particulier à la bulle immobilière. Avec la stagnation de l’économie réelle et du secteur industriel, le secteur immobilier a connu de grandes poussées des prix, stimulées par l’État, en devenant le meilleur choix d’investissement pour les riches. Dans certaines villes, la propriété immobilière n’est plus seulement considérée comme un lieu d’habitat, mais commeun symbole de richesse et de statut social.

Dans les grandes villes chinoises deux classes opposées sont en train de se former : la classe qui a des biens immobiliers et la classe qui n’en a pas. La classe des propriétaires profite de la bulle immobilière, tandis que la classe opposée ne peut que soupirer. Le logement est devenu un obstacle à l’égalité et à la vitalité sociale en Chine. Dans le cadre des mesures lancées pour confronter la crise de 2008, l’immobilier est également devenu une source d’enrichissement des gouvernements locaux. Tout cela a affecté le moral de la société.

Dans son livre « Capital au XXIe siècle », l’économiste français Thomas Piketty s’est concentré sur le fondement économique de l’inégalité humaine. Ce livre a provoqué une énorme réaction dans le monde entier. L’analyse de Thomas Piketty suggère que les gains en capital qui dépassent le revenu provenant du travail constituent la principale raison de l’écart entre les riches et les pauvres.

Nous pouvons en trouver beaucoup de preuves en Chine. Entre 1997 et 2007, la proportion de la rémunération du travail par rapport au PIB chinois a baissé de 53,4% à 39,74%. Toutefois, la part des revenus du capital a continué d’augmenter, et la proportion de l’excédent d’exploitation des entreprises par rapport au PIB est passée de 21,23% à 31,29%. La distribution des revenus en Chine est l’une des plus injustes au monde.

La politique économique et sociale en Chine ne devrait pas se concentrer seulement sur la croissance et l’efficacité, mais aussi sur l’équité et la répartition de la richesse. J’ai toujours senti que la Chine perdait du temps en essayant de changer la situation dans la redistributiondes revenus par moyen de reformes. Nous devons être conscients que la raison pour laquelle la transformation économique est si difficile en Chine réside dans ce déséquilibre. Les réformes profitent à un nombre de plus en plus restreint de personnes qui s’enrichissent par des moyens anormaux en réduisant le pouvoir d’achat de la vaste majorité de la population. Cela entraîne une stagnation économique et une perte d’équité et d’efficacité.

La victoire de Trump nous montre qu’une société avec un énorme écart dans la richesse s’accompagne d’une grave incertitude. La science économique doit de nouveau prendre en considération les critères de l’éthique et de l’équité, sinon le triomphe « accidentel » de Trump deviendra une certitude bien prévisible.

Cet article est une traduction abrégée de l’article de Ma Guangyuan posté en langue chinoise sur son compte public de WeChat. Ma Guangyuan est un économiste indépendant bien connu en Chine. Il apparaît comme commentateur financier sur la chaine de télévision officielle chinoise CCTV et ses articles ont été publiés dans le Financial Times Chinese, le Southern Weekly et dans d’autres médias.

Version anglaise : The Decline of Economics and the Rise of Donald Trump

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