PARENTALITé

Des spécialistes canadiens favorables au lait maternel produit par les personnes transgenres; une pédiatre répond

La pédiatre dénonce les risques pour les nourrissons et pointe du doigt le manque de recherche
mars 10, 2024 1:49, Last Updated: mars 10, 2024 1:49
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Les hommes biologiques peuvent prendre des médicaments qui les amènent à produire du lait maternel, et certains spécialistes canadiens de l’allaitement soutiennent l’idée qu’il est possible de nourrir les bébés avec ce lait. Le Dr Michelle Cretella, pédiatre, estime que de grandes questions subsistent en termes de sécurité.

Selon Mme Cretella, qui s’est entretenue avec Epoch Times, il existe très peu d’études sur le sujet. La littérature scientifique ne comprend que quatre rapports de cas, et seulement deux d’entre eux examinent la composition du lait – mais pas de manière suffisamment approfondie.

Elle précise que les nourrissons ingèrent certains des médicaments pris par les hommes biologiques pour devenir femme et qui les aident à produire du lait, mais que les risques associés à ces pratiques sont largement inconnus.

« Le plus grand problème de ce soi-disant ‘allaitement à la poitrine’ [par opposition à l’allaitement au sein que procure une femme biologique] n’est pas d’ordre scientifique, il est éthique », a déclaré Michelle Cretella, qui travaille avec l’American College of Pediatricians, une organisation en désaccord avec les politiques relatives à « l’identité du genre », qu’elle juge nuisible à la santé des enfants.

Certains rapports de cas citent les avantages de la pratique en termes « d’affirmation du genre », mais les bébés deviennent un « accessoire » dans cette « affirmation du genre », a déclaré Dr Cretella.

Certains spécialistes canadiens de la lactation soutiennent l’allaitement masculin

Une personne transgenre séropositive de Montréal, Margaret Pearson, a publié sur Reddit des articles sur ses tentatives d’allaitement avec l’aide d’experts en lactation de la clinique d’allaitement Herzl-Goldfarb au sein de l’Hôpital juif de la ville.

« L’aspect le plus important pour moi est d’atteindre la lactation pour une connexion émotionnelle avec mon bébé », a déclaré Margaret Pearson dans un message du 15 février.

La clinique a déclaré à Epoch Times qu’elle ne pouvait pas faire de commentaires en raison de la confidentialité des patients. Le Dr Marina Klein, de l’Université McGill, a confirmé par courriel qu’elle travaillait avec Margaret Pearson en tant que patiente séropositive. Mme Klein est directrice de recherche au Service des maladies virales chroniques de l’Université McGill.

Mme Klein a déclaré être au courant du désir de Margaret d’allaiter, bien qu’elle ne soit pas personnellement impliquée dans cet aspect de l’affaire. Selon elle, le risque de transmission du VIH à un bébé par l’allaitement est faible s’il est surveillé. Les pédiatres suggèrent généralement que le bébé prenne des médicaments préventifs.

« Le lait issu de la poitrine reste du lait », a déclaré par courriel à Epoch Times le Dr Jack Newman, pédiatre et président de la Fondation canadienne pour l’allaitement maternel. Selon lui, il est comparable au lait maternel des femmes biologiques.

« Chaque personne, y compris dans la situation habituelle, produit du lait qui lui est propre », a déclaré le Dr Newman. « Si une femme transgenre produit du lait, c’est du lait maternel. »

Lorsqu’on lui a demandé s’il connait des études sur la différence entre le lait maternel d’une femme biologique et celui d’une personne transgenre, il a répondu : « Je doute qu’il y ait des études ».

L’Association canadienne des consultants en lactation a indiqué par courriel à Epoch Times qu’elle ne publiait pas de prises de position et qu’elle ne se prononcerait donc pas directement sur la question de savoir si les hommes biologiques devraient allaiter. Mais elle a cité une étude montrant que le lait produit par une personne transgenre était similaire en macronutriments au lait maternel normal.

Nutrition, médicaments dans le lait

Cette étude a été réalisée par la Dr Amy Weimer, pédiatre au sein du programme de santé sexuelle de l’université de Californie-Los Angeles (UCLA). Elle a examiné la teneur en protéines, en matières grasses, en lactose et en calories du lait.

Une autre étude, co-écrite par Dr Daniela Delgado, de la David Geffen School of Medicine de l’UCLA, a également constaté que la teneur en protéines, en lactose, en matières grasses et en calories était similaire à celle du lait maternel.

Mais Dr Cretella pointe du doigt les limites reconnues dans ces études.

« Les pourcentages de macronutriments obtenus peuvent être inexacts », a déclaré Mme Cretella. « On ne sait pas si les sécrétions des glandes mammaires mâles induites par des médicaments offrent aux nourrissons la même protection immunitaire et du microbiome intestinal que le lait maternel. »

Les médicaments que les hommes doivent consommer pour féminiser leur corps et produire du lait inquiètent également Mme Cretella. Les quatre médicaments en question sont la progestérone, les œstrogènes, la spironolactone et la dompéridone. La concentration de ces médicaments à laquelle les nourrissons sont exposés par le biais du lait n’est pas encore connue.

La spironolactone est prise par les personnes transgenres pour bloquer le récepteur de l’hormone mâle. Elle est parfois également utilisée pour traiter l’hypertension artérielle et, dans ce cas, on considère qu’il est sans danger pour une femme de la prendre pendant l’allaitement. Mais les hommes qui l’utilisent comme bloqueur d’hormones peuvent avoir besoin d’une dose deux à quatre fois supérieure à celle que prend une femme, a déclaré Mme Cretella, et on ne sait pas comment ce dosage plus élevé peut affecter le lait et le nourrisson.

Le premier rapport de cas, publié dans la revue Transgender Health en 2018, note qu’un métabolite de la spironalactone est connu pour causer des tumeurs chez les rats. Il indique que la dose quotidienne qu’un bébé reçoit du lait maternel traditionnel est considérée comme « cliniquement insignifiante ».

Mais le rapport Delgado indique que « les données sont rares » sur cette question. Il indique qu’une seule étude de cas a montré une dose « cliniquement insignifiante » dans le lait maternel d’une femme.

Le second rapport, publié dans le Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism en 2021, note, comme Dr Cretella, que la plupart des études portant sur la spironolactone et l’allaitement « ont porté sur des doses beaucoup plus faibles ».

Les risques liés à la dompéridone pendant l’allaitement sont suffisamment élevés pour que la Food and Drug Administration américaine interdise son utilisation pendant l’allaitement. Au Canada, les femmes se voient parfois prescrire ce médicament pour favoriser la lactation si leur production de lait est faible.

Ce médicament n’est pas homologué, c’est-à-dire qu’il n’est pas approuvé par Santé Canada pour le soutien à la lactation. La dompéridone est approuvée pour le traitement des troubles gastro-intestinaux.

M. Newman, de la Fondation canadienne pour l’allaitement maternel, a déclaré qu’il n’était pas préoccupé par les risques de la dompéridone pour le bébé. Selon lui, « une très petite quantité passe dans le lait » et il ne pense pas qu’il y ait d’effet sur le cœur du bébé, comme certains l’ont affirmé.

Dr Cretella soutient que le médicament « peut provoquer un rythme cardiaque mortel et est connu pour être excrété dans le lait maternel », notant que la FDA a recommandé de ne pas l’utiliser depuis 2004.

« Étant donné que les hommes ont besoin d’une dose de dompéridone trois fois supérieure à celle administrée aux femmes, le risque potentiel pour le nourrisson ne peut être ignoré », a-t-elle déclaré.

Cinq marques différentes de dompéridone sont autorisées sur le marché canadien pour traiter les troubles gastro-intestinaux, et les monographies de chacune d’entre elles mettent en garde contre l’utilisation de ce médicament pendant l’allaitement.

« La dompéridone est excrétée dans le lait maternel en très faibles concentrations », peut-on lire dans la monographie de l’une de ces marques, BIO-Domperidone, produite par Biomed Pharma. « Par conséquent, l’allaitement n’est pas recommandé pour les mères prenant de la BIO-Domperidone, à moins que les bénéfices attendus ne l’emportent sur les risques potentiels. »

Le fascicule d’information du Motilium, une autre marque de dompéridone, indique que « le Motilium peut provoquer des effets secondaires indésirables affectant le cœur d’un bébé allaité. Le Motilium ne doit être utilisé pendant l’allaitement que si votre médecin le juge clairement nécessaire. »

Dans les rapports de cas d’hommes biologiques allaitant, y compris celui de Weimer, la dompéridone a été obtenue au Canada.

Le Journal of Human Lactation (JHL), qui a publié le rapport de Weimer, a ajouté une note de l’éditeur concernant la dompéridone. Il précise que l’utilisation de ce médicament n’est pas approuvée aux États-Unis, où l’étude a eu lieu, sauf dans les cas où les médecins bénéficient d’un accès spécial pour traiter des problèmes gastro-intestinaux.

«  Le Journal of Human Lactation ne préconise ni n’approuve l’utilisation des médicaments contenus dans cet article ou de tout autre médicament inclus dans cette publication », précise la note.

Mme Cretella est sceptique quant à la composition totale du lait provenant des glandes mammaires mâles, et elle a cité un de ses collègues, le Dr Richard Sandler, qui a les mêmes préoccupations.

Dr Sandler, gastro-entérologue pédiatrique à l’hôpital pour enfants Nemours de Floride, a commenté l’affaire par courrier électronique.

« Il est peu probable que la composition en macro-composants (glucides, protéines et graisses) et en microcomposants (y compris, mais sans s’y limiter, les vitamines, les minéraux, les enzymes, les micro-ARN et le système immunitaire) des sécrétions mammaires masculines soit optimale pour les nourrissons », a-t-il déclaré.

« Les tissus des glandes mammaires masculines et féminines sont très différents au niveau génétique et nous ne pouvons donc pas supposer que leurs produits seront équivalents », a ajouté Dr Cretella.

Une pratique « affirmant le genre »

Dans les rapports de cas, l’un des thèmes abordés est la façon dont l’allaitement maternel est une pratique qui « affirme le genre ».

L’étude de Weimer porte sur une personne transgenre de 46 ans qui prend des traitements hormonaux féminisants depuis l’âge de 27 ans.

« Contribuer à l’allaitement a été une expérience significative et valorisante pour ce parent non gestationnel, ce qui suggère que le soutien aux parents TGD [transgenres et diversifiés sur le plan du genre] dans leurs objectifs d’allaiter leurs enfants au sein ou sur la poitrine devrait être reconnu et pris en compte dans le cadre de soins respectueux du genre », a écrit Mme Weimer.

Dans la plupart des cas, la patiente complétait l’alimentation du nourrisson et ne lui fournissait pas de nutriments issus d’un allaitement exclusif. Mais dans le rapport de 2018, une personne transgenre de 30 ans a allaité exclusivement un bébé adopté pendant six semaines. Des préparations pour nourrissons ont ensuite été utilisées pour compléter l’alimentation.

Le rapport Delgado indique que « l’allaitement peut être une pratique d’affirmation du genre pour les femmes transgenres » et que « l’expérience peut être gratifiante pour les deux parents ».

Mme Cretella affirme que les impacts potentiels sur le bébé, plutôt que sur les adultes, devraient toujours être la première préoccupation.

Matthew Horwood a contribué à cet article.

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