SOCIéTé CHINE

Des vidéos filmées en secret montrent l’exploitation de détenus et les effets de la torture dans un camp de travaux forcés en Chine

juin 13, 2019 9:20, Last Updated: juillet 13, 2019 12:28
By

Dans des vidéos secrètement filmées dans le célèbre camp de travaux forcés de Masanjia, en Chine, des prisonniers sont penchés sur des tables de travail, avec des piles de diodes (un composant électronique) de chaque côté d’un tapis en caoutchouc.

Travaillant silencieusement, de façon rapide et assidue, ils prennent les diodes de la pile de gauche, les frottent sur le tapis, les redressent, puis les placent dans la pile de droite.

Ils font ce travail 15 heures par jour, tout en étant nourris de repas de subsistance et en recevant un salaire dérisoire, voire pas de salaire du tout. Une vidéo montre un bol de soupe aqueuse contenant seulement quelques feuilles de chou, un plat quotidien que les détenus surnomment « le chou qui flotte », en raison de l’abondance de liquide.

Certains détenus, épuisés, peuvent être vus allongés pour dormir sous leur table de travail.

Ceux qui protestent contre leurs mauvais traitements sont sévèrement battus. Une vidéo montre un détenu, blessé par un tel passage à tabac, menotté à son lit.

Ces images choquantes ont pu secrètement sortir hors du camp de travaux forcés de Masanjia à l’époque des Jeux olympiques de Pékin de 2008, lors d’une tentative d’évasion préparée par Yu Ming, un entrepreneur à succès. À cause de son implication dans cette affaire, M. Yu a été presque torturé à mort, mais ses vidéos n’ont pas été saisies.

Les vidéos montrent des méthodes abusives que l’on trouve toujours Chine : l’utilisation d’une main-d’œuvre esclave pour fabriquer des diodes pour les produits électroniques vendus dans le monde entier. L’utilisation d’une telle main-d’œuvre pour fabriquer ces petits composants est une affaire cruelle et très lucrative.

Vidéo filmée en secret dans le camp de travaux forcés de Masanjia, en Chine, montrant des détenus fabriquant des diodes pendant les Jeux olympiques de Pékin en 2008 :

Persécution

M. Yu, comme beaucoup de personnes apparaissant sur ces vidéos, avait été emprisonné pour avoir pratiqué la discipline spirituelle du Falun Gong, aussi connu sous le nom de Falun Dafa.

La pratique du Falun Gong comprend des exercices, dont une méditation et un travail sur soi basé sur les principes d’authenticité, de bienveillance et de tolérance. Elle est devenue très populaire en Chine dans les années 1990 et était encouragée par les autorités pour ses bienfaits sur la santé : au début de 1999, les sources officielles estimaient à environ 70 millions le nombre de Chinois qui la pratiquaient. Craignant la popularité grandissante de cette pratique en Chine ainsi que son indépendance vis-à-vis de l’État-Parti, l’ancien chef du Parti Jiang Zemin a lancé en juillet 1999 une répression du Falun Gong à l’échelle nationale, accompagnée d’une immense campagne de propagande diffamatoire.

On estime que le nombre de pratiquants de Falun Gong détenus à tout moment en Chine varie entre plusieurs centaines de milliers et un million.

L’entreprise Goodwork

M. Yu affirme que tous les détenus du camp de travaux forcés de Masanjia savent qu’ils fabriquent des diodes pour la société Goodwork, basée à Taiwan.

Le personnel de Goodwork se rendait souvent au camp pour apprendre aux détenus comment fabriquer les diodes, comment traiter les déchets, etc. Ils s’y rendaient aussi fréquemment pour livrer les matières premières et emporter les produits finis.

M. Yu a pu faire sortir du camp des images de formulaires intitulés « GW Production Process Card ». L’un des formulaires porte l’inscription « Brigade no 1, Masanjia » avec « Unité No 1 » écrit à la main, ce qui indique que la production avait été effectuée par l’Unité No 1 de la Brigade No 1 du camp de Masanjia.

Un formulaire pour le suivi de la fabrication des diodes dans le camp de Masanjia. (Photo de Yu Ming)

La succursale de Goodwork, Shenyang Goodwork Electronics Co. Ltd. est à 40 minutes en voiture de Masanjia.

Des accusations contre Shenyang Goodwork pour l’utilisation de main-d’œuvre esclave à Masanjia ont été publiées depuis 2007 sur le site Minghui.org.

Ce site a été créé environ un mois avant le début de la persécution du Falun Gong en 1999. Depuis lors, c’est la principale plateforme pour les pratiquants de Falun Gong de Chine continentale pour soumettre des témoignages et des informations de première main sur la persécution dans ce pays (tout en risquant leur vie pour le faire).

Un article publié sur Minghui.org le 24 janvier 2008 rapportait que « Shenyang Goodwork Electronics est de connivence avec les camps de travaux forcés du Parti communiste chinois (PCC) pour utiliser les détenus comme main-d’œuvre esclave ».

Le courrier indiquait que Shenyang Goodwork Electronics avait envoyé des diodes au Premier camp de travail de Masanjia et à la Deuxième prison de  Shenyang pour qu’elles y soient redressées et traitées.

Un autre post publié le 11 janvier 2008 a rapporté que « Shenyang Goodwork Electronics viole le droit commercial international et la législation contre la concurrence déloyale en envoyant de grandes quantités de diodes GW au Premier camp de travaux forcés de Masanjia et à la Deuxième prison de Shenyang pour y être traitées ».

Un troisième post, daté du 29 décembre 2007, est intitulé : « Dénoncer Shenyang Goodwork Electronics ».

Il disait : « Cette société a envoyé une grande quantité de diodes au camp de travail pour femmes de Masanjia dans la province du Liaoning et à la prison de Dabei pour être traitées. Après avoir été traités, ces produits ont été vendus sur les marchés internationaux. Cela viole le droit commercial international, ainsi que la loi sur la rééducation par le travail [du régime chinois]. Nous appelons la communauté internationale à y prêter attention. »

Vidéo filmée en secret dans le camp de travaux forcés de Masanjia, en Chine, montrant des détenus fabriquant des diodes pendant les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Certains étaient si épuisés qu’ils s’allongeaient sous leur table de travail pour faire une pause :

Produits vendus aux pays occidentaux

Dans sa section « Profil d’entreprise », Goodwork Semiconductor Co. Ltd. à Taiwan cite Shenyang Goodwork comme étant son « usine » ayant une « capitalisation totale » de plus de 6 millions d’euros et une « capacité de production » d’environ 320 millions d’unités par mois.

Sur le site Internet de SP International, un « distributeur mondial de composants électroniques », il y a une page web décrivant l’entreprise Goodwork Semiconductor Co. Ltd :

« Goodwork Semiconductor Co., Ltd. (GW), fondée en juillet 1989, est spécialisée dans la fabrication et l’exportation de diodes de redressement. Avec une superficie d’environ 156 m2, l’usine Goodwork à Shenyang, en Chine, traite chaque mois 360 millions de diodes de redressement, ce qui fait de Goodwork un des principaux fabricants de diodes de redressement. »

Un site Web de Goodwork en chinois affirme : « Nos produits sont principalement vendus en Europe, au Japon, aux États-Unis, en Corée, en Asie du Sud-Est, à Hong Kong, à Taiwan, etc. Nous sommes le fournisseur de diodes pour des sociétés internationales telles que Panasonic, Matsushita, Sanyo, Hitachi, Kaga, Diamond, Nidec, Pantene, Compel, Dongyang, MicroStar, Jean, Three Sona, Linear, Nokia, etc ».

Un membre du service client de SP International a confirmé que les produits de Goodwork Semiconductor étaient expédiés dans les pays occidentaux depuis de nombreuses années et pouvaient être expédiés n’importe où sur demande des clients.

L’entreprise Goodwork à Taiwan n’a pas pu être jointe pour faire part de ses commentaires.

Vidéo filmée clandestinement dans le camp de travaux forcés de Masanjia en Chine montrant le dortoir des détenus.

Production massive de diodes par de la main-d’œuvre esclave

Une recherche du terme « diode » en chinois sur Minghui.org a donné les liens de 84 articles.

Selon des rapports publiés sur Minghui.org, des détenus d’au moins 13 camps de travaux forcés, centres de détention et prisons ont été forcés de fabriquer des diodes.

Le premier rapport, daté du 1er septembre 2001, indiquait que 13 pratiquants de Falun Gong avaient été détenus dans la « Brigade strictement contrôlée ». Ils étaient obligés de travailler tous les jours de 6 h à 20 h pour redresser les diodes.

Le dernier rapport, daté du 11 mai 2016, indiquait que les pratiquants de Falun Gong détenus dans le camp de travaux forcés de Weining dans la ville de Benxi, province du Liaoning, ont été contraints de faire des travaux préjudiciables à leur santé, notamment la fabrication de fleurs artificielles et le redressement de diodes.

Vidéo filmée en secret dans le camp de travaux forcés de Masanjia montrant un pratiquant de Falun Gong après avoir été battu pour avoir protesté contre la persécution du Falun Gong.

Les violences

Dans un article publié le 22 octobre 2014, Guo Jufeng, un ingénieur électricien vivant actuellement en Allemagne, a décrit ce qui lui était arrivé en Chine :

« J’ai été arrêté quatre fois et envoyé dans trois camps de travail en Chine. Au total, j’ai été incarcéré pendant 454 jours. J’ai subi plus de 20 formes de torture. (…) J’ai été forcé de traiter les diodes. (…) Chaque jour, nous travaillions plus de 16 heures. »

Dans un autre article publié le 18 septembre 2015, Guo Jufeng se rappelait : « L’un des mouvements que nous devions répéter plus de 10 000 fois était de prendre une poignée de diodes de la boîte avec notre main gauche et de les jeter sur le morceau de caoutchouc sur la table.

« Puis nous devions frotter les diodes courbées avec notre main droite, jusqu’à ce qu’elles soient redressées. Puis nous les mettions dans la boîte de droite. (…) On nous accordait des repas ponctuels et six heures de sommeil, seulement pour que nous puissions continuer à travailler. À part le temps consacré aux repas et au sommeil, nous devions travailler, sans être payés un seul centime.

« Si nous ne pouvions pas faire notre travail dans les temps, ou si nous refusions de travailler, nous étions soumis aux violences du détenu qui nous supervisait et à la torture par les policiers qui devenaient hystériques. »

Vidéo clandestine du camp de travaux forcés de Masanjia montrant un pratiquant de Falun Gong menotté à un lit après avoir été torturé pour avoir protesté contre la persécution du Falun Gong.

Un rapport publié le 3 mai 2014 a pour titre « Le concours de redressement de diodes au centre de détention de Changzhou dans la province du Jiangsu ».

Le rapport indiquait : « Les détenues commencent généralement leur journée à 6 h 10 et travaillent jusqu’à 21 h ou 23 h. On ne leur accorde que cinq minutes pour le petit déjeuner et le déjeuner. Elles n’ont pas le temps d’aller aux toilettes ni de boire de l’eau.

« Le centre de détention de Changzhou est en contrat tout au long de l’année [avec une entreprise d’électronique] pour la production d’un certain type de diodes. Si la qualité des diodes est mauvaise et qu’elles sont retournées, les gardiens punissent les prisonnières qui les ont faites. Elles sont obligées de s’asseoir sur une planche de 7 h à 21 h 30 pour une période allant d’une semaine à un mois. Après avoir été assises si longtemps, elles ne peuvent plus marcher normalement. Elles n’ont pas le droit de prendre de douche et sont torturées jusqu’au seuil de la mort.

« Chaque détenue doit polir 10 kg [22 livres] de diodes par jour, même si cela fait saigner ses doigts, gonfler ses articulations, tomber ses ongles et effriter sa peau.

« Le centre de détention organise tous les jours un ‘concours’ de polissage de diodes. Les deux détenues qui fabriquent le moins de diodes ce jour-là doivent travailler durant deux services supplémentaires. Elles doivent se tenir debout lorsqu’elles travaillent et ne peuvent dormir que trois ou quatre heures. Chaque détenue travaille de toutes ses forces pour éviter d’être l’une des deux plus lentes. Le fait est que, même si tout le monde travaille dur, il y en a toujours deux qui seront les plus lentes. »

Vidéo filmée en secret dans le camp de travaux forcés de Masanjia montrant la cantine et la nourriture des détenus.

Prix de détail par rapport au « coût » de la main-d’œuvre

Selon un rapport publié sur Minghui.org, de nombreux camps de travaux forcés et prisons ne paient pas du tout les détenus, alors que les détenus de Masanjia recevaient 10 Yuan (1,28 €) par mois, soit environ 0,040 € par jour.

Pour les diodes Goodwork portant la référence « SR560 », le prix de SP International est de 109,25 € pour 1 000 pièces, soit 0,10925 € l’unité.

Si chaque jour, un détenu était forcé de traiter 10 kg de diodes (sachant que 1 200 pièces pèsent environ 0,59 kg et que ces diodes étaient vendues à 0,10925 € la pièce), les diodes fabriquées par un détenu chaque jour pourraient être vendues pour environ 2 218 € sur le marché international, selon l’offre de SP International.

Vidéo filmée clandestinement dans le camp de travaux forcés de Masanjia montrant la cantine et la nourriture des détenus.

En d’autres termes, pour 2 218 € de diodes fabriquées dans les camps et les prisons, le coût de la main-d’œuvre n’est que de 0,040 €, ou même nul.

Selon les chiffres donnés par U.S. International Trade Commission (USITC), la valeur totale des diodes importées de Taiwan entre 2010 et 2018 varie de 295 630 000 € (en 2017) à 877 290 000 € (en 2014).

Les travaux forcés dans le cadre des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine

Depuis le début de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, des appels ont été lancés pour « lier » les droits de l’homme au commerce. Jusqu’à présent, cela ne s’est pas produit. L’absence de considération des questions des droits de l’homme met en doute la possibilité de conclure des accords dans les domaines du vol de propriété intellectuelle, du transfert forcé de technologie et des subventions gouvernementales.

Vidéo filmée en secret dans le camp de Masanjia montrant un pratiquant de Falun Gong allongé sur son lit après avoir été torturé pour avoir protesté contre la persécution du Falun Gong.

Olivia Enos, analyste politique au Centre d’études asiatiques de Heritage Foundation, a déclaré à Epoch Times que plusieurs moyens pourraient être utilisés pour faire face au problème des travaux d’esclaves en Chine.

« Le premier serait d’utiliser la loi Magnitsky », a déclaré Mme Enos. « Le deuxième moyen dont disposent les États-Unis ne se limite pas seulement aux pouvoirs d’enquête que le Service des douanes, la protection des frontières et le Département du Commerce possèdent pour déterminer si des marchandises produites par le travail forcé sont acheminées vers le marché américain. Ils ont en fait la capacité d’empêcher ces importations par le biais de la loi appelée ‘Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act’. »

Mme Enos a expliqué que cette loi est très importante, car elle a la capacité de stopper les importations en provenance des entreprises, voire même des pays entiers, qui utilisent le travail forcé.

Elle a également ajouté que les États-Unis peuvent également utiliser les voies diplomatiques pour décourager d’autres pays de coopérer avec les pays qui ont recours au travail forcé.

Vidéo filmée secrètement par Yu Ming fin 2018, avant son exil aux États-Unis en janvier 2019, montrant l’ancien camp de travaux forcés de Masanjia vu de l’extérieur. Yu Ming y a été détenu entre 2007 et 2009. Après l’abolition officielle du système des camps de travaux forcés (laogai) fin 2013, cet établissement a changé de nom pour « centre de désintoxication ».

 

Soutenez Epoch Times à partir de 1€

Comment pouvez-vous nous aider à vous tenir informés ?

Epoch Times est un média libre et indépendant, ne recevant aucune aide publique et n’appartenant à aucun parti politique ou groupe financier. Depuis notre création, nous faisons face à des attaques déloyales pour faire taire nos informations portant notamment sur les questions de droits de l'homme en Chine. C'est pourquoi, nous comptons sur votre soutien pour défendre notre journalisme indépendant et pour continuer, grâce à vous, à faire connaître la vérité.

Voir sur epochtimes.fr
PARTAGER