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Ivan Rioufol : « Après avoir imposé un confinement physique, le gouvernement cherche à imposer un confinement intellectuel »

février 16, 2024 23:12, Last Updated: avril 15, 2024 12:53
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ENTRETIEN — La liberté d’expression en France est mise à mal. Le 13 février, le Conseil d’État a accordé un délai de six mois à l’Arcom pour renforcer ses contrôles sur le respect du « pluralisme et de l’indépendance de l’information » par CNews, intervenant ainsi directement dans la politique éditoriale de la chaîne. Le jour suivant, l’Assemblée nationale a approuvé l’introduction d’un nouveau délit de « provocation à l’abandon de soins » dans le cadre du projet de loi de lutte contre les dérives sectaires, provoquant la colère des députés LR, RN et LFI, qui dénoncent une menace pour les libertés publiques et pour les lanceurs d’alerte critiquant l’industrie pharmaceutique. Ivan Rioufol, journaliste chez CNews, analyse l’impact de ces mesures. 

Epoch Times : Saisi en avril 2022 par Reporters sans frontières, le Conseil d’État a sommé le gendarme de l’audiovisuel et du numérique de renforcer son contrôle sur la chaîne CNews. Que vous inspire cette décision ?

Ivan Rioufol : Je suis profondément consterné par cette décision du Conseil d’État, qui témoigne de la manière dont nos libertés les plus précieuses, en particulier la liberté d’expression, sont aujourd’hui mises en péril par une coalition d’acteurs, parmi lesquels figurent non seulement la magistrature, incarnée ici par le Conseil d’État, mais également une frange de la presse, celle qui se veut progressiste, ainsi que certains cercles politiques.

Cette décision du Conseil d’État intervient à un moment crucial, alors même que nos représentants parlementaires ont récemment adopté une disposition législative qui restreindra sévèrement les critiques à l’égard des politiques sanitaires, ciblant directement des figures scientifiques telles que Didier Raoult, qui ont osé remettre en question les orientations du gouvernement en matière de santé publique durant la crise du Covid-19.

Il est manifeste que ce gouvernement, comme je le souligne depuis maintenant sept ans, semble incapable de s’adresser à la population autrement que par le biais de l’autorité législative et de la coercition policière. Cette fracture béante entre une partie de la population et nos dirigeants conduit aujourd’hui à une tentative d’imposer une pensée unique et un discours officiel.

Depuis le début, leur mantra semble être « Il n’y a pas d’autre alternative ». Et à les entendre, effectivement, il semblerait qu’il n’y en ait pas. Autrefois, je pensais qu’il ne s’agissait là que d’un simple slogan, mais je suis horrifié de constater qu’aujourd’hui, nous devons réellement défendre nos libertés individuelles les plus élémentaires.

En tant que journaliste, je constate également avec amertume le manque de soutien de la profession envers ceux d’entre nous qui sont victimes de répression.

Comme le soulignait Soljenitsyne : « Les dissidents sont à l’est et je vous préviens qu’ils vont venir à l’Ouest. » Aujourd’hui, les dissidents sont bel et bien à l’Ouest, et malgré moi, je me retrouve parmi eux, parmi ces parias. Cette dérive totalitaire est tout simplement insoutenable. Il est impératif que les journalistes se réveillent, mais au-delà, il est crucial que l’opinion publique se mobilise en soutien à ceux d’entre nous qui continuent de défendre une liberté d’expression authentique, loin des pressions d’un État en quête de docilité.

Comment interprétez-vous l’argument du Conseil d’État reprochant à CNews un manque de pluralisme, alors qu’il s’agit pourtant d’une critique adressée au service public de l’information sans qu’il ne soit toutefois inquiété par la juridiction ?

Faire taire. C’est l’obsession de tous les membres de cette coalition des censeurs, qui cherchent à réduire au silence toute voix dissidente. Le Conseil d’État, en l’occurrence, semble refléter cette obsession qui anime le gouvernement actuel. Déjà, l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak avait exprimé le souhait de voir CNews privée de son autorisation de diffusion dans les années à venir.

Ce qui est encore plus scandaleux, c’est que cette exigence a été soutenue par le directeur de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, qui, au nom de la défense de la démocratie journalistique, semble s’associer à la chasse aux sorcières perpétrée par un système composé de juges, de politiciens et de médias souhaitant museler un média privé. Pourtant, cette chaîne de télévision connaît un succès d’audience phénoménal simplement parce qu’elle applique le pluralisme que le service public revendique mais ne met pas en pratique.

En tant que journaliste avec plus de 40 ans de carrière, je n’ai jamais été invité sur France Inter, la radio du service public. J’ai peut-être reçu deux ou trois invitations sur France Culture au cours de ma carrière, mais jamais sur France Inter. Le grand paradoxe réside dans le fait que le service public audiovisuel, théoriquement censé être un modèle de pluralisme et d’ouverture d’esprit, s’est laissé capturer par la pensée de gauche. Cette exclusion systématique des voix conservatrices, allègrement qualifiées d’« extrême droite », reflète une intolérance croissante qui règne dans le paysage audiovisuel public.

Le comble de l’ironie est que CNews, une chaîne ouverte à tous, est attaquée par une gauche intolérante au prétexte que cette dernière ne s’y retrouve pas. Cette critique pour manque de pluralité est donc marquée par une certaine malhonnêteté intellectuelle. Je suis consterné par l’attitude du directeur de Reporters sans frontières, qui semble agir comme un apparatchik dévoué à la pensée officielle et au pouvoir en place.

Il est également inquiétant de constater que personne ne semble s’alarmer de ce coup d’État judiciaire du Conseil d’État, qui s’arroge des compétences dépassant son domaine d’action – il n’a pas la capacité de juger de la ligne éditoriale d’une chaîne privée – et qui décide de mettre CNews sous surveillance, en demandant à l’Arcom de mesurer les temps de parole de chacun, y compris des chroniqueurs, des invités et des animateurs.

Cette nouvelle jurisprudence imposée par le Conseil d’État nécessiterait une surveillance permanente des pensées et des arrières-pensées des journalistes, une intrusion que je considère folle et dangereuse, et qui est pourtant saluée par l’ensemble de la presse progressiste, dont Le Monde, Libération et Mediapart. Nous sommes plongés dans un univers orwellien, totalitaire, face auquel il est devenu urgent de se mobiliser, pour défendre la liberté d’expression en France.

Vous avez évoqué le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire. Une vidéo de lui refait surface sur les réseaux sociaux : il y a environ 20 ans, celui-ci dénonçait publiquement l’islamisation en France, allant même jusqu’à écrire un livre sur le sujet. Et aujourd’hui, il reproche à CNews de mettre en lumière le phénomène de l’islamisation progressive du pays. Quelle réflexion vous inspire un tel revirement de position ?

Bien du mépris. On peut clairement le voir comme un apparatchik dévoué au pouvoir en place. Cela est d’autant plus évident qu’il a été choisi par Emmanuel Macron pour présider les prochaines Assises de l’information. Il fait donc partie de cette coalition de la pensée unique, qui nécessite une convergence entre forces politiques, médiatiques et judiciaires.

C’est tout un système désuet qui ne produit plus rien d’innovant. Si ce n’est des interdictions. Ce système tente désespérément de conserver un pouvoir qui lui échappe de plus en plus. Toutefois, ce qui se déroule actuellement ne m’effraie pas outre mesure. C’est plutôt un hommage significatif rendu à CNews par ses adversaires, reconnaissant sa liberté de ton. Je suis convaincu, je parie même, que les audiences de CNews, déjà en hausse, vont continuer à augmenter, touchant ainsi une partie de la société française qui est délibérément exclue de l’espace public de débat. Cette France invisible représente un problème démocratique plus large : la marginalisation qu’elle a subie pendant des décennies est devenue insupportable.

Je me joins à cette France oubliée qui aspire à retrouver sa place centrale dans le débat public. Peu importe les lois, les intimidations ou les jurisprudences visant à museler les chaînes de télévision ou les journaux diffusant des discours dérangeants, cette parole alternative continuera à se faire entendre. Tout comme on ne peut pas retenir une mer montante avec ses mains, il est impossible de contenir ce besoin d’expression différente avec des interdictions. Je reste persuadé que ces juges, ces médias et ces députés sont en train de vivre leurs derniers instants de gloire et qu’ils ne répondent plus aux attentes des citoyens qui réclament une parole authentique, en phase avec la réalité de leur vie quotidienne.

Comme le soulignait votre collègue Mathieu Bock-Côté, il semble que l’Occident suive les traces de l’URSS. Vous avez justement évoqué Soljenitsyne. Pensez-vous qu’aujourd’hui, nous puissions voir cette tentative de censure comme une résurgence du soviétisme en France ?

Je n’ai pas vécu cette période, mais comme le suggérait Soljenitsyne, il semble que les dissidents deviennent aujourd’hui ceux qui ne sont plus tolérés par le système occidental en place. Il est indéniable que nous assistons à une tendance autoritaire, voire liberticide, et par conséquent, totalitaire. Aucun pays démocratique ne semble avoir atteint ce niveau d’intolérance envers les discours dissidents, cherchant à les réduire au silence ou à les discréditer en les associant à des théories complotistes ou à des orientations politiques extrêmes, comme c’est le cas avec la tentative de fermeture de CNews qui, en s’attachant à la réalité, donne la voix à ceux qui sont souvent marginalisés.

L’Union européenne, avec son modèle technocratique qui semble ignorer les aspirations fondamentales des peuples des nations qui la composent, ressemble à bien des égards à une version moderne de l’Union soviétique. Les pays de l’Est eux-mêmes, par exemple la Pologne et la Bulgarie, ont témoigné de cette similitude en dénonçant les réminiscences d’un appareil technocratique brutal qui cherche à imposer des vérités officielles sans légitimité démocratique, puisque ses commissaires ne sont pas élus par le peuple.

Nous traversons une période troublante où s’instaure un discours contre-nature, où ceux qui prétendent défendre la démocratie et s’opposer aux extrêmes adoptent des comportements extrêmes qui mettent en péril la démocratie elle-même, dans un paradoxe digne de l’univers orwellien.

Selon vous, quels sont les risques posés par le fameux article 4 du projet de loi contre les dérives sectaires adopté après des manœuvres politiques douteuses à l’Assemblée nationale ?

L’article 4 s’inscrit dans la lutte contre les dérives sectaires, un objectif que je soutiens naturellement. Toutefois, la disposition en question prétend s’attaquer aux gourous incitant à abandonner des traitements médicaux au profit de remèdes farfelus. C’est du moins le prétexte avancé pour le justifier.

Pourtant, si l’on examine de près, comme l’a fait le Sénat en le rejetant, de même que le Conseil d’État, on constate qu’il vise en réalité à interdire toute contestation d’un traitement médical au nom d’une certaine orthodoxie scientifique et de la vérité officielle promue par l’État, notamment en ce qui concerne certains médicaments.

Olivier Véran s’est servi de cet article 4 comme d’un moyen pour régler ses différends avec le Pr Didier Raoult, qui a critiqué la politique sanitaire excessive du gouvernement, recommandé l’utilisation de l’hydroxychloroquine, et remis en question l’efficacité des vaccins. À raison : le slogan gouvernemental « tous vaccinés, tous protégés » s’est révélé être une fake news. Voyant sa vérité officielle mise à mal, le gouvernement a donc décidé de mettre fin à ces discours dissidents.

Ainsi, cet article vise à interdire le débat contradictoire et à imposer une vérité d’État, criminalisant quiconque oserait contredire le gouvernement ou contester une science érigée en dogme d’État. Cette approche est profondément erronée, car la science n’est pas une religion, mais un processus en constante évolution. La science peut se tromper, comme cela a été le cas avec les politiques de confinement et l’efficacité des vaccins.

Il est scandaleux que ces informations, diffusées dans la presse à l’étranger, soient étouffées en France, et il est d’autant plus révoltant que le professeur Raoult soit aujourd’hui accusé de tous les maux alors qu’il devrait être entendu. Bien sûr, ce dernier n’est pas exempt de critiques, mais cette dérive totalitaire est inacceptable.

Je suis consterné de voir que la presse a applaudi devant l’adoption de cet article sans faire preuve du moindre esprit critique, qui est pourtant la responsabilité fondamentale d’un contre-pouvoir. Malheureusement, les contre-pouvoirs semblent avoir disparu, et nous ne sommes plus qu’une poignée à dénoncer la nudité du roi.

Confinement, vaccination… Les dommages de la politique sanitaire mise en œuvre par les gouvernements, que ce soit en France ou à l’étranger, commencent à se manifester. Voyez-vous dans l’adoption de cet article 4 une tentative du gouvernement français de faire taire toute opposition avant que les conséquences des mesures sanitaires ne deviennent indéniables, comme l’a notamment dénoncé Nicolas Dupont-Aignan ?

Je ne dispose pas d’éléments suffisants pour répondre à cette question. De manière générale, je pense que ces mesures liberticides témoignent de la panique du gouvernement face à une réalité qui lui échappe. Dans cette tentative de reprendre le contrôle, après avoir imposé un confinement physique, il cherche à imposer un confinement intellectuel.

Nous sommes actuellement sur une pente glissante vers un risque totalitaire. Bien malheureusement, je ne vois pas pour le moment une forte opposition politique à cette tendance préoccupante. 

Un retournement de veste remarqué : en 2020, Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d’État à la Citoyenneté, louait publiquement le traitement médical reçu du professeur Didier Raoult, allant jusqu’à en faire part à Brigitte Macron. Aujourd’hui, elle porte ce texte législatif, qualifié de « loi anti-Raoult ». Que cela vous inspire-t-il ? 

Il est largement reconnu que le monde politique est devenu perméable à nombre d’influences. Je ne dispose pas toutefois d’éléments permettant de déterminer si des groupes pharmaceutiques ou des intérêts financiers ont pu exercer une influence sur Madame Roubache.

Celle qui a pris le rôle de procureur du scientifique dont elle s’était fait publiquement le soutien, affiche néanmoins un indéniable manque de sincérité, qui, toutefois, ne lui est pas propre, car il contamine une grande partie du monde politique. Rares sont les hommes politiques sincères aujourd’hui.

Je ressens un profond désespoir face à la disparition des contre-pouvoirs et au manque de réaction, notamment de la droite politique, qui aurait dû protester vigoureusement contre ces attaques contre la liberté d’expression. Les atteintes à la démocratie deviennent de plus en plus préoccupantes, et il est regrettable de constater qu’il n’y a pas, pour l’instant du moins, de mobilisation significative de la part d’un parti installé contre ces abus et ces attaques contre nos valeurs démocratiques.

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