OPINION

Le mot « Justice » a été déclaré le mot de l’année ; le terme « justice sociale » en est l’opposé orwellien

janvier 10, 2019 18:07, Last Updated: juin 24, 2020 14:01
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Le terme « justice » a été déclaré mot de l’année 2018 par le Merriam-Webster Dictionary, à la suite d’une augmentation de 74 % de recherches pour sa définition depuis l’année précédente. Le mot de l’année désigne un mot à la mode qui caractérise un événement ou une discussion typique d’une année dans un pays. D’autres pays, d’autres mots ont été en lice tels la bienveillance, la communauté, etc. Le Petit Robert a choisi le mot « bienveillance » comme chef de file.

Mais revenons à nos moutons ! « Traiter les autres équitablement » est le sens le plus simple de la justice qui soit. Cette signification est employée au quotidien et elle est la meilleure dans le langage courant. Sur le plan politique, cela signifie que les lois doivent être rédigées et administrées de manière à ce que les droits légaux de chacun soient respectés de manière impartiale.

Peut-être que la raison pour laquelle tant de gens recherchent la définition de « justice » est due à la confusion causée par les activistes politiques qui en tordent le sens pour faire avancer leurs agendas idéologiques. Les Américains ont toujours chéri l’idéal de la justice, et ceux qui voudraient réformer l’Amérique cherchent donc à légitimer leurs objectifs politiques en les ensevelissant sous le manteau de la justice.

La plus grande partie de la confusion provient de l’utilisation de l’expression « justice sociale ». Il s’agit d’une expression qui pose problème sur le plan linguistique – un solécisme. C’est un pléonasme – une redondance. La justice, sans l’adjectif  « social » pour la modifier, est intrinsèquement un idéal social. Il s’agit de la façon dont nous nous traitons les uns les autres. Vous pouvez dire qu’une personne n’est pas juste envers elle-même, mais qu’il s’agit d’une affaire privée qui ne concerne aucunement le gouvernement. Ce n’est que dans le domaine social des interactions interpersonnelles que la justice devient une question de politique publique.

Vertus sociales

Le concept de justice adopté par nos pères fondateurs avait été clairement articulé en 1759 par le philosophe écossais Adam Smith dans La Théorie des sentiments moraux (The Theory of Moral Sentiments). A. Smith a cité trois vertus sociales cardinales : la prudence, la justice et la bienfaisance.

Par PRUDENCE, A. Smith voulait dire que la première obligation sociale de toute personne compétente est de subvenir à ses propres besoins et désirs afin de ne pas accabler les autres.

Adam Smith considérait la deuxième vertu sociale, la JUSTICE, comme la plus importante. C’est « le pilier majeur qui soutient tout l’édifice » de la société, la pierre angulaire. La justice en soi, selon A. Smith, « ne fait pas vraiment de bien positif » et n’est « qu’une vertu négative » qui « nous empêche seulement de faire du mal à notre prochain ». Écrivant 90 ans après A. Smith, l’économiste et homme politique français Frédéric Bastiat, dans son essai La Loi (The Law), fait écho à A. Smith en définissant la justice comme l’absence d’injustice, c’est-à-dire une société dans laquelle les droits de personne ne sont violés.

M. Smith écrit que la troisième vertu sociale, la BIENFAISANCE (c.-à-d., faire du bien aux autres), mérite les plus grands éloges et est le joyau de la couronne d’une bonne société. Mais la bienfaisance n’est jamais un devoir : « La bienfaisance est toujours gratuite, elle ne peut être extorquée par la force. »

Si certains citoyens prenaient la richesse d’un autre citoyen et la donnaient à quelqu’un dans le besoin, il s’agirait d’une « bienfaisance » ersatz et d’un acte d’agression antisocial contre le droit fondamental de propriété, violant ainsi la justice. (J’en écris plus sur la différence entre la charité authentique et la charité contrefaite dans mon article sur La loi du bon samaritain ( Good Samaritan).

L’idéal de la justice partagé par Adam Smith et les fondateurs signifiait que tous les citoyens devaient être égaux devant la loi, chacun ayant les mêmes droits et responsabilités. (Évidemment, en raison de l’abomination de l’esclavage et des attitudes non éclairées du XVIIIe siècle à l’égard des droits des femmes, la génération fondatrice n’a pas obtenu une justice complète.)

Chaque citoyen homme blanc, qu’il soit riche ou pauvre, avait droit à une justice impartiale, c’est-à-dire à la même protection gouvernementale de ses droits fondamentaux à la vie, à la liberté et à la propriété, comme stipulé dans la Déclaration des droits. Et chacun partageait les mêmes responsabilités inhérentes à ce système fondé sur les droits : 1) ne pas porter atteinte aux droits de ses concitoyens ; 2) subvenir à ses propres besoins et à ceux des personnes à sa charge (vertu de « prudence » de A. Smith) puisque personne n’avait droit à la propriété d’autrui ; 3) produire quelque chose de valeur pour autrui dans la division sociale du travail comme moyen de subsistance autonome.

Dans un tel système de liberté ordonnée, chacun récolte ce qu’il sème. Cependant, de par l’influence de leurs idées égalitaires – l’idée que, même si les gens diffèrent naturellement par leurs aptitudes, leurs efforts et leur productivité économique, il devrait y avoir parité économique entre les citoyens – les défenseurs de la « justice sociale » rejettent la justice traditionnelle.

Tyrannie émergente

Les progressistes et les socialistes veulent redistribuer la richesse en remplaçant l’égalité de traitement devant la loi (c’est-à-dire la justice) par un régime de droits et de responsabilités inégaux conçu par le gouvernement. La « justice sociale » signifie que ceux qui s’acquittent avec diligence de leur responsabilité sociale de produire de la richesse pour les autres devraient également assumer la responsabilité supplémentaire de soutenir financièrement ceux qui ne s’acquittent pas de leur propre responsabilité de produire la richesse.

En outre, ceux qui ne s’acquittent pas de leur responsabilité sociale de subvenir à leurs besoins se voient accorder un « droit » à une part des biens de ceux qui subviennent à leurs besoins. En d’autres termes, selon la théorie de la « justice sociale », les droits des non-productifs sont supérieurs aux droits des productifs.

Ainsi, sous « justice sociale », la justice traditionnelle est inversée et pervertie. De plus, la coopération sociale pacifique est supplantée par une escarmouche politique socialement perturbatrice au cours de laquelle les citoyens se servent du gouvernement pour s’approprier les biens des autres citoyens. Bref, « justice sociale » est un terme déguisé pour « injustice antisociale » – une tromperie linguistique qui est assurément orwellienne.

La « justice sociale » est orwellienne (sans parler d’anti-américaine) dans un autre sens, aussi : elle cherche à renverser le concept américain de gouvernement exprimé dans la Déclaration d’indépendance et codifié dans la Constitution qui fait du gouvernement le protecteur des droits sacrés de la vie, de la liberté et de la propriété plutôt que l’instrument de violation de ces droits.

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Comme John Adams l’a prévenu : « Dès que l’idée est admise dans la société, que la propriété n’est pas aussi sacrée que les lois de Dieu, et qu’il n’y a ni une force de la loi ni de justice publique pour la protéger, l’anarchie et la tyrannie commencent. »

Aujourd’hui, nous voyons des signes de déclin social anarchique et d’émergence de la tyrannie autour de nous. Dans le cadre de la « justice sociale », ceux qui détiennent les rênes du pouvoir politique cherchent à dicter ce que le citoyen A doit faire pour le citoyen B. Les guerriers de la « justice sociale » sont des principaux planificateurs descendants – aspirants à la tyrannie – qui estiment qu’ils ont le droit de remodeler la société selon leur vision. Dans leurs plans, ils méprisent leur prochain.

Adam Smith a écrit que ces planificateurs (il les appelait « les hommes du système ») considèrent leurs concitoyens comme des hommes sur un échiquier à déplacer et à contrôler par le planificateur. F. Bastiat a utilisé les métaphores d’un potier et de son argile, d’un tailleur et de ses arbres, pour décrire le pouvoir que les planificateurs veulent sur leur prochain. Cela évoque l’évaluation cynique mais précise d’Orwell sur le socialisme dans la pratique : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »

La foule de la « justice sociale » devrait se souvenir de la réponse de Jésus de Nazareth quand un homme lui a demandé de dire à son frère de partager son héritage avec lui. Jésus répondit : « O homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ? » Les défenseurs de la « justice sociale » se croient plus qualifiés que l’homme le plus juste ayant jamais parcouru la Terre pour imposer une certaine répartition de la richesse à la société. Pas étonnant que même le doux A. Smith ait cité leur « arrogance ».

Alors, quel est l’antidote à « l’injustice sociale » avec son injustice antisociale menant à la tyrannie socialiste ? Il s’agit simplement de réaffirmer la justice. Espérons que ceux qui sont actuellement en état d’ébriété par l’herbe à chat orwellienne de la « justice sociale » s’éveillent à une reconnaissance honnête de ce que la justice signifie vraiment.

Mark Hendrickson est professeur auxiliaire d’économie et de sociologie au Grove City College. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont The Big Picture : The Science, Politics, and Economics of Climate Change.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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