La destruction de Rome : l’Empire est mort, vive l’Empire

Par Paul Prezzia
10 juin 2024 17:07 Mis à jour: 10 juin 2024 17:07

Au mois de juin de l’an 455, la tribu germanique connue aujourd’hui sous le nom de Vandales a mis à sac la grande ville de Rome. Bien que la moitié orientale de l’Empire, connue sous le nom d’Empire byzantin, soit restée une force politique puissante pendant plus de 1000 ans, cet événement marque bien la chute de l’Empire romain occidental.

C’est aussi un parfait exemple de la résilience du patrimoine romain. La littérature, la langue, les lois et l’éthique républicaine de Rome ont non seulement survécu au pillage de Rome, mais ont également façonné l’événement lui-même. L’héritage de Rome a atténué les pertes en vies humaines et a même survécu au milieu des ruines de l’Empire romain.

L’une des principales raisons de l’essor de Rome et de sa domination sur une grande partie de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient est que ses citoyens étaient aussi ses soldats. Depuis ses origines jusqu’au premier siècle de notre ère, l’armée romaine était principalement composée de citoyens romains.

Ces hommes pensaient que donner la priorité au bien commun assurait la protection de la propriété personnelle. La langue romaine elle-même révèle cette conviction : le mot anglais « republic » est issu de la combinaison de deux mots latins : « res », qui signifie « entité » ou « chose », et « publica », qui signifie « public » ou « du peuple ». Ensemble, la « res publica » est la « chose » publique, la « chose » commune qui appartient à tous les hommes. Défendre Rome et défendre sa famille, ses biens et ses droits, c’est la même chose.

La fin de l’Empire romain

En 455, soit 1208 ans après la date traditionnelle de la fondation de Rome, l’armée n’est plus composée de citoyens romains désireux de se protéger et de protéger leur famille en protégeant la république. Elle est composée d’hommes enrôlés, dont la plupart étaient des non-citoyens.

Une pièce d’or du Ve siècle de l’empereur Petronius Maximus (Domaine public)

La société romaine n’est plus dirigée par des représentants élus, mais par un empereur autocrate. L’empereur de l’époque était Petronius Maximus, qui a probablement tué l’empereur précédent, Valentinien III, et épousé Eudoxie, la veuve de Valentinien III, dans le but de consolider le pouvoir. Son fils a épousé Eudocia, la fille d’Eudoxie.

C’est le mariage de son fils avec Eudocia qui a été la cause immédiate de l’attaque des Vandales. Gaiséric, le roi vandale, avait conclu une alliance avec Valentinien, et le fils de Gaiséric était censé épouser Eudocia. Furieux de la rupture de l’accord et de connivence avec Eudoxie outragée, Gaiséric traversa la mer depuis l’Afrique du Nord pour se rendre à Ostie, le port de Rome.

Un concept illustré des Vandales du VIe siècle qui ont saccagé Rome, 1575, par Lucas d’Heere. Université de Gand (Domaine public)

Maximus a appris l’invasion trop tard. Abandonné par de simples soldats qui n’avaient aucun intérêt à se battre pour lui, il a été tué en tentant de s’enfuir. Rome a perdu son gouvernement et s’est retrouvée sans défense par une armée composée de trop peu de Romains.

Néanmoins, Rome a été épargnée de la destruction totale. Sans chef et sans défense, son identité culturelle s’est levée pour la défendre. Les chrétiens, bien que persécutés par l’Empire romain pendant des siècles, s’étaient développés dans le contexte culturel et social de Rome. Entre-temps, les Vandales avaient vaincu l’Empire romain en Afrique du Nord, mais avaient accepté le christianisme, une religion qui utilisait la philosophie, la langue et les attitudes grecques et romaines pour se définir et se défendre.

De plus, comme Rome n’avait pas de souverain, le pape Léon Ier se chargea de négocier avec Gaiséric. Le seul objectif de Léon était d’éviter une effusion de sang, et il y est parvenu. Gaiséric, lui-même chrétien, accepte qu’il n’y ait pas de massacre si Rome se rend. Immédiatement, les portes de Rome se sont ouvertes aux envahisseurs et un étrange concours de circonstances a vu le jour : alors que les trésors de Rome ont été pillés pendant deux semaines à une échelle jamais vue auparavant, les vies romaines ont été épargnées, pour la plupart.

Le pape Léon le Grand persuade Gaiséric, prince des Vandales, de s’abstenir de mettre Rome à sac. Une enluminure de Maître François dans La Cité de Dieu d’Augustin (Vol. I) (Domaine public)

Les valeurs chrétiennes – éviter l’effusion de sang parce que la vie humaine est plus précieuse que les biens matériels – ont clairement joué un rôle dans cet événement. Bien que d’autres facteurs aient probablement joué un rôle dans la décision de Gaiséric, les meilleurs idéaux romains ont également joué un rôle. Le grand poète païen romain Virgile avait décrit la mission romaine comme consistant à « épargner les vaincus, [et] abattre les orgueilleux ». Ce point de vue romain était unique dans le monde antique. Depuis les origines de Rome, que ce soit dans la légende ou dans l’histoire, les Romains cherchaient généralement à faire de leurs ennemis des alliés plutôt que de les détruire. Gaiséric a saccagé Rome, mais il ne l’a pas complètement détruite.

Un début

La destruction de Rome par les Vandales indique clairement que l’Empire romain, en tant que gouvernement unifié sous l’égide des empereurs, n’existe plus. Malgré la destruction, de nombreuses institutions et idéaux romains ont survécu. Comme un oiseau qui mue, l’idée de la « chose publique » a subsisté sous la gouvernance en ruine. Les monastères bénédictins, par exemple, sont apparus peu après cet événement.

Saint Benoît (480-547) a fondé 12 communautés de moines à Subiaco, en Italie (dans l’actuel Latium, à 64 km de Rome), avant de s’installer au sud-est, à Monte Cassino, dans les montagnes du centre de l’Italie. Saint Benoît et sainte Scholastique et deux compagnons dans un paysage, entre 1651 et 1681, par Jean-Baptiste de Champaigne. Huile sur toile. National Trust, Abbaye de Calke, Angleterre. (Domaine public)

Les monastères ont contribué à préserver le patrimoine philosophique et littéraire de Rome. Alors que le gouvernement de Rome avait dissocié le bien-être de l’individu de celui de l’empire, les monastères bénédictins étaient des communautés où les individus s’associaient de leur plein gré et où tous les biens étaient détenus en commun. Le bien de l’ensemble est prioritaire, mais le bien de chaque individu est garanti par le bien commun.

De plus, l’esprit du système juridique romain a survécu à la disparition du Sénat et de l’empereur de deux manières : sous la forme d’une tradition dans les villages et les domaines, et sous la forme de documents écrits dans les monastères. Enfin, Rome a survécu grâce à sa langue, qui s’est transformée du latin classique aux langues romanes européennes.

D’une certaine manière, l’histoire de la chute de Rome est une histoire d’espoir. La destruction, voire l’autodestruction, d’une société n’est pas synonyme d’extinction totale. La catastrophe peut même être l’occasion de se débarrasser du mal et de permettre au bien de briller plus intensément qu’auparavant.

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