La liberté d’expression sur Internet recule en France et dans le monde

Une étude de l’ONG Freedom House publiée le 28 octobre montre que pour la 5e année consécutive la liberté d’expression sur Internet a décliné dans le monde. En cause, davantage de gouvernements qui censurent l’information, une expansion généralisée des programmes de surveillance et une censure des outils de confidentialité. Dans ce rapport la France y est explicitement mentionnée notamment avec le vote de la loi sur le renseignement en juin.

L’étude comparative Freedom on the net 2015 effectuée sur 65 pays montre un déclin durable de la liberté d’expression sur le web. Les restrictions portent essentiellement sur les questions politiques, religieuses ou sociales. Dans certains pays, il est en effet interdit de parler librement sur Internet sur les questions de corruption, de politique, sur les causes humanitaires ou sur les minorités ethniques ou religieuses, etc. La liberté d’expression sur Internet a ainsi reculé dans 32 pays depuis juin 2014 avec des arrestations et des intimidations en hausse dans 40 pays contre 38 en 2014.

Les bons et les mauvais élèves
L’ensemble du panel des pays étudiés représente 88% des utilisateurs d’Internet au niveau mondial, ce qui correspond à plus de 3 milliards d’individus. Sans surprise la Chine est dernière du classement, l’Iran et la Syrie avant-derniers ex-æquo – la Corée du Nord étant hors concours, l’Internet y étant trop peu présent.

En Chine, l’appareil de censure du régime est omniprésent que ce soit au niveau des recherches sur internet ou avec la « police du web », véritable armée contrôlant des contenus publiés et les commentaires sur les forums et les blogs. Tout ce que la Chine juge « moralement et politique nuisible » – c’est à dire l’expression des minorités religieuses, des sympathisants pro-démocrates, des droits de l’homme, les actualités comme les avortements forcés, le massacre de la place Tiananmen, le Falun Gong ou le tremblement de terre du Sichuan, etc. – est automatiquement supprimé ou redirigé vers d’autres sites. Leurs auteurs sont aussi souvent victimes d’emprisonnements ou d’intimidations de la part des autorités.

Selon Freedom House, ces efforts chinois viennent « tous en complément de plusieurs types de manigances et de censures typiques à la Chine, que toute personne ayant passé du temps dans le pays a pu expérimenter – incapacité à accéder à Facebook et Twitter, des applications messages qui n’envoient pas de messages sur des sujets politiquement sensibles, des vidéos virales qui disparaissent soudainement ; et le fait que pour l’essentiel, rien de tout ce qui est associé à Google (des outils de cartes des rues aux outils de traduction) ne fonctionne ».

En comparaison, les cinq pays les mieux classés sont l’Islande, l’Estonie, le Canada, l’Allemagne et les États-Unis. Selon l’étude l’Islande « continue d’avoir l’un des taux d’accès à Internet les plus élevés au monde (98% de la population) et a présenté ces derniers mois des projets de loi en faveur des internautes ». Parmi les pays considérés comme non libres, on retrouve également la Russie, l’Éthiopie, Cuba, l’Ouzbékistan et le Vietnam. La France se situant à la 12e place des pays considérés comme libres.

La France pointée du doigt
Dans ce rapport, la France a perdu deux points par rapport à l’an passé, notamment à cause l’adoption de la loi sur le renseignement adoptée par le Parlement français en juin : « La position de la France a baissé principalement à cause de politiques problématiques adoptées après les attaques terroristes de Charlie Hebdo […] alors que la France a traditionnellement maintenu l’ouverture et l’accessibilité à la toile ».

En France, l’internet est présent sur 84% du territoire (88% pour l’Islande mais pour une population 20 fois inférieure) et l’Hexagone a été l’un des pionniers de l’accès à l’information via le Web avec la généralisation du Minitel en 1982– ancêtre de l’Internet moderne.

S’il faut certes suivre tout risque d’utilisation abusive de la loi sur le renseignement, on peut cependant être étonné de son interprétation par l’ONG, lorsque l’on sait la nécessité pour les pays jugés libres de se défendre contre les réseaux de propagande et de recrutement terroristes très présents sur le web.

 
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