ÉDITORIAUX

L’avortement est-il une « liberté » fondamentale ?

février 5, 2023 19:28, Last Updated: février 12, 2023 18:44
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Le Sénat, contre toute attente, a voté le 1er février une version modifiée de la proposition de loi de la représentante de La France Insoumise, Mathilde Panot, qui doit inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement. Celle-ci, en présentant son texte à l’Assemblée nationale le 24 novembre 2022, affirmait : « S’il est un invariant de la condition humaine, c’est la volonté de domination des hommes sur les femmes et les velléités de contrôle sur leur corps…. Réduisant les femmes à un sort misérable[…]. »

L’interruption de grossesse permettrait donc aux femmes de se libérer de la prison de la famille et de ne pas subir la domination d’un compagnon, compagnon dont l’unique but est toujours de réduire la femme à l’esclavage par le biais de la maternité.

Précisant que l’opinion populaire pourrait changer, conduire à des représentations nationales qui réinterrogeraient la valeur de la famille, les conditions justifiant de priver un être à venir du droit à la vie, la députée et son groupe expliquent ainsi la volonté d’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution : « Notre objectif est simple : nous ne voulons laisser aucune chance aux personnes hostiles à l’interruption volontaire de grossesse. » Entendez-donc : même si nous ne faisons que passer, même si nous ne représentons que notre propre vision du monde basée sur la théorie de lutte, nous entendons empêcher durablement toute autre vision de s’exprimer et d’être débattue. Nous abriterons donc la nôtre pour qu’elle ne puisse plus être remise en cause.

La Constitution française commence pourtant avec une alerte à toutes les générations : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs » 

Le Sénat, par une malheureuse tentative de diplomatie parlementaire, a accepté de laisser passer un texte modifié parlant de « liberté » plutôt que de « droit », une nuance que seuls les juristes des deux Assemblées saisiront. Le sujet n’est pourtant moins juridique que symbolique : dans un début d’année où l’on s’épuise à débattre de l’âge de la retraite, des « points », de la pénibilité de certains métiers, l’opinion comme la sphère médiatique oublient peut-être que, de quelque façon qu’on la reçoive, une réforme des retraites n’est qu’une action technique pour équilibrer les comptes publics. Elle ne touche pas au « pacte national », à cette Constitution qui est la chair de la nation, par laquelle le peuple est rassemblé, accepte d’être gouverné, de subir la loi, la police et l’impôt. Inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution modifie la nature même de la nation française, ce que l’extrême-gauche sait parfaitement car c’est ce qu’elle recherche. Elle sait aussi que la loi défend déjà le droit à l’avortement et que toutes les femmes peuvent y avoir recours et être accompagnées dans leur démarche. Ce droit, initialement prévu comme un remède aux situations de plus extrême détresse des femmes, est d’ailleurs progressivement devenu un confort permettant d’agir pour convenance personnelle, à des stades toujours plus avancés de la grossesse — bien après le début des battements du cœur, et parfois même bien après le début de l’organisation du cerveau du futur enfant. Tout cela est fait  dans l’ignorance absolue de ce qui définit la vie et son commencement, en acceptant le risque – ou plutôt en le dissimulant et en l’oubliant  – qu’il ne s’agisse pas seulement d’évacuer quelques cellules rassemblées dans un utérus mais bien de tuer un être vivant. Un être qui aurait dû être libre et égal en droits à tous ses congénères.

La Constitution française rappelle que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. » Deux choses essentielles au moins ont donc été oubliées dans les débats sur les interruptions volontaires de grossesse. La première est que l’IVG n’est pas un droit des femmes à disposer de leur propre corps mais un droit qui leur est donné de disposer du corps d’autrui : l’embryon est génétiquement et fonctionnellement un être à part, temporairement accueilli dans le corps de sa mère. Ceci appelle à la responsabilité que doit avoir un hôte vis-à-vis du voyageur qu’il accueille. La seconde est que la lecture moderne de la Constitution et du passage sur « les droits naturels, inaliénables et sacrés » se fait malheureusement aujourd’hui en oubliant le sens du dernier mot : sacré.

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