Les nouvelles règles de gouvernance d’entreprises du PCC vont à l’encontre des objectifs économiques, d’après des spécialistes sur la Chine

Les nouvelles directives du régime chinois sont une forme de tromperie, utilisée pour apaiser les factions du PCC, selon Tang Jingyuan, expert en affaires chinoises

Par Sophia Lam
21 juin 2024 21:59 Mis à jour: 10 juillet 2024 00:57

Le régime communiste chinois a récemment publié des directives visant à stimuler la production nationale et à attirer les technologies et les investissements étrangers, dans un contexte de stagnation de l’économie. Toutefois, selon les observateurs de la Chine, ces directives semblent contradictoires et renforcent le contrôle du PCC sur les entreprises.

Lors d’une réunion de la Commission centrale du Parti communiste chinois (PCC) pour l’approfondissement des réformes, le 11 juin, le dirigeant chinois, Xi Jinping, a souligné l’importance de « renforcer le leadership » du PCC sur les entreprises d’État et le secteur privé, selon l’agence de presse Xinhua, porte-parole de l’État chinois.

Cependant, le leadership du PCC est fondamentalement en contradiction avec l’objectif de stimuler la vitalité économique, selon Yu Ping, expert juridique et commentateur résidant actuellement aux États-Unis.

« L’implication profonde du régime chinois dans la gestion des entreprises enfreint considérablement les principes de l’économie de marché », affirme Yu Ping dans une récente interview accordée à l’édition en langue chinoise d’Epoch Times.

Tang Jingyuan, un commentateur de l’actualité chinoise résidant aux États-Unis, estime que les remarques apparemment contradictoires du dirigeant chinois sont une forme de tromperie utilisée pour apaiser les factions du PCC qui soutiennent les politiques de réforme économique et d’ouverture de l’ancien dirigeant Deng Xiaoping. « En fait, l’administration communiste actuelle est revenue sur l’ancienne voie [de l’économie planifiée du PCC] », constate Tang Jingyuan dans une récente interview accordée à Epoch Times.

Yu Ping estime que le récent discours de M. Xi donne probablement le ton pour la troisième session plénière du 20e congrès national du PCC, en particulier en ce qui concerne le remplacement des fonctions gouvernementales dans le secteur des entreprises par celles du PCC. La session devrait se tenir à Pékin en juillet.

Tout en parlant du renforcement du leadership du PCC dans les entreprises, le dirigeant chinois a également déclaré que les fonctions de régulation du régime devraient être séparées de la gouvernance d’entreprise.

Son discours fait suite aux mauvaises performances des entreprises d’État et aux mesures draconiennes de confinement du Covid-19 pendant la pandémie, qui ont toutes deux contribué à accentuer le déclin de l’économie chinoise.

Un simple déguisement

Faisant écho à Yu Ping, Wang Juntao, spécialiste de la politique et président du Parti démocratique de Chine basé à New York, fait observer que la séparation entre le gouvernement et les entreprises n’est qu’un déguisement utilisé par le régime pour resserrer l’emprise du PCC sur les entreprises chinoises, en particulier sur le secteur privé.

La saisie des entreprises privées par le PCC a commencé à grande échelle au début des années 1950, lorsque le régime a mis en œuvre une campagne nationale de « transformation socialiste », dépossédant les propriétaires d’entreprises privées de leurs richesses et de leurs biens dans le cadre de l’initiative dite de « partenariat public-privé ». Du 25 janvier au 1er avril 1952, 876 entrepreneurs se seraient suicidés à Shanghai pendant la campagne.

Dans le cadre d’un retour au contrôle strict exercé à l’origine par le PCC sur les entreprises en Chine, les liens des autorités locales avec les entreprises ont été rompus, lesquelles n’ont plus la capacité de contester l’autorité primordiale de Xi Jinping en tant que premier dirigeant du PCC, selon Wang Juntao dans une récente interview accordée à Epoch Times.

« Pour paraphraser les propos de Xi sur le renforcement du leadership du PCC, on peut dire que le PCC prend le contrôle des finances des entreprises aux autorités locales et le place sous le contrôle du PCC », explique M. Wang dans l’interview.

L’une des méthodes utilisées par le PCC pour contrôler les finances des grandes entreprises technologiques chinoises, comme Alibaba, Tencent et ByteDance, propriétaire de TikTok, consiste à détenir une « action privilégiée », c’est-à-dire une part de 1 % des entités clés de ces groupes. L’action privilégiée est assortie de droits de vote spéciaux, ce qui permet à son détenteur d’empêcher d’autres actionnaires d’acquérir plus d’un certain nombre d’actions ordinaires. Le PCC dispose ainsi d’un droit de veto direct sur la gestion et les activités de ces entreprises.

Un autre moyen de contrôler les entreprises privées consiste à créer des unités du PCC au sein des entités commerciales. Alibaba, le géant chinois de la technologie, aurait créé sa branche du PCC en 2000, selon le journal Qiushi du PCC.

En 2018, lors du second mandat de Xi Jinping, le PCC a publié des règlements exigeant que « toutes les entreprises, entités rurales, départements gouvernementaux, écoles, institutions de recherche scientifique, communautés, organisations sociales, l’APL et la police armée, et toutes les autres unités primaires, établissent une branche du Parti (communiste chinois) » s’il y a au moins trois membres du PCC dans cette organisation.

S’ouvrir au monde

La réunion du PCC a également demandé la mise en place d’un « environnement ouvert pour l’innovation scientifique et technologique qui soit compétitif au niveau mondial » et que la Chine « s’internationalise » et « attire » les technologies et les investissements étrangers, selon l’agence de presse étatique Xinhua.

L’exportation de produits par le PCC et la création d’entreprises à l’étranger sont considérées comme un sujet de préoccupation par les démocraties occidentales, selon des experts chinois.

M. Wang mentionne dans l’interview accordée à Epoch Times que les États-Unis et l’Europe s’inquiètent du dumping des produits chinois sur le marché international, qui a un impact négatif sur ce dernier.

L’Europe, qui a vu affluer les véhicules électriques (VE) en provenance de Chine, a imposé des droits de douane supplémentaires allant jusqu’à 38,1 % sur les VE importés de Chine à partir du mois prochain, en réponse à ce que l’Union européenne qualifie de subventions injustes de la part du régime communiste.

Dans une déclaration, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a exhorté la Chine à résoudre le problème de la « surcapacité structurelle », car le PCC « continue de soutenir massivement son secteur manufacturier » alors que la demande intérieure est faible, et que « le monde ne peut pas absorber l’excédent de production de la Chine ».

Janet Yellen, secrétaire au Trésor américain, a également averti que les « chaînes d’approvisionnement surconcentrées » de la Chine menaçaient les emplois américains et les énormes investissements de l’administration actuelle dans l’industrie des énergies vertes du pays. Mme Yellen a déclaré, le 11 juin, que les politiques commerciales de Pékin « peuvent interférer de manière significative avec nos efforts pour construire une relation économique saine ».

Selon M. Yu, les efforts du PCC pour attirer les investissements et les entreprises étrangères ont également été vains. Il ajoute qu’elles quittent le marché chinois non pas en raison d’un manque de pouvoir d’achat des consommateurs, mais plutôt en raison d’une « incertitude excessive dans l’environnement commercial ».

Les risques pour les entreprises étrangères opérant en Chine sont de plus en plus élevés, en particulier après l’introduction de la loi anti-espionnage chinoise qui est entrée en vigueur en juillet 2023. Deux entreprises américaines ont été touchées avant l’entrée en vigueur de la loi.

Le bureau de la société américaine de diligence raisonnable Mintz Group à Pékin a été perquisitionné par la police chinoise en mars 2023. Les autorités ont arrêté cinq ressortissants chinois travaillant pour la société.

La police chinoise a également visité le bureau de Bain & Co. à Shanghai en avril 2023, interrogé son personnel et confisqué des ordinateurs et des téléphones, mais elle n’a détenu aucun membre du personnel.

« La possibilité pour le PCC d’attirer des investissements et des entreprises étrangères se réduit de plus en plus », ajoute M. Yu.

M. Tang pense également que l’appel de Xi Jinping à « se mondialiser » ne signifie pas réellement s’intégrer à la communauté internationale ou s’aligner sur elle. Selon lui, cela montre plutôt l’ambition du PCC d’étendre son influence à l’étranger et de remplacer l’ordre international existant par son propre « nouvel ordre ».

« Le terme « attirer » sous-entend le fait de s’approprier de manière illégale la propriété intellectuelle et la technologie étrangères. Cette pratique est l’une des principales raisons pour lesquelles la communauté internationale, en particulier celle des secteurs de haute technologie, se méfie de plus en plus du PCC, ce qui a conduit à un désengagement progressif et à une coupure des liens avec le PCC », conclut M. Tang.

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