ÉCONOMIE CHINE

L’industrie solaire en Chine recourt au travail forcé, selon un rapport

août 11, 2023 15:34, Last Updated: août 11, 2023 16:56
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De nombreuses entreprises du secteur de l’énergie solaire continuent de s’approvisionner directement ou indirectement en matériaux provenant du Xinjiang, bien que cette région soit connue pour les violations des droits de l’homme qu’elle commet, comme le travail forcé.

L’industrie solaire a été critiquée pour ses liens avec le Xinjiang, un fournisseur majeur de polysilicium, le matériau utilisé dans la fabrication des panneaux solaires. On estime que la région représente près d’un tiers de la production mondiale de polysilicium et de la production de silicium de qualité métallurgique utilisé pour fabriquer du polysilicium.

Ces dernières années, des organisations syndicales ont demandé à l’administration Biden de bloquer les équipements solaires en provenance du Xinjiang pour des raisons relatives aux droits de l’homme. Toutefois, la grande majorité des modules solaires produits dans le monde « continue d’être liée à la région ouïghoure », selon un rapport publié mardi par l’université anglaise de Sheffield Hallam (SHU).

« La production en Chine aggrave considérablement cette situation », précise l’étude. « Certains des plus grands fabricants de modules du monde semblent avoir bifurqué leurs chaînes d’approvisionnement pour créer une gamme de produits qu’ils prétendent exempts de produits du Xinjiang, bien que les preuves de ces affirmations varient d’un fournisseur à l’autre. »

« La plupart des entreprises ont laissé entendre que ces chaînes d’approvisionnement étaient destinées au marché américain ou qu’elles avaient été conçues pour respecter la loi UFLPA », précise le rapport, qui fait référence à la loi américaine sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (UFLPA : Uyghur Forced Labor Prevention Act).

« La proportion de modules fabriqués par des entreprises chinoises sur ces chaînes d’approvisionnement spécialisées semble se situer entre 7 et 14% de la capacité de production totale de ces entreprises au niveau mondial. »

Le rapport de la SHU souligne que « les entreprises qui ont créé des chaînes d’approvisionnement prétendument exemptes de produits de la région autonome ouïghoure du Xinjiang continuent de s’approvisionner auprès de fournisseurs ou de sous-fournisseurs liés à la région ouïghoure pour d’autres gammes de produits ».

Dans son évaluation, le rapport s’est penché sur les cinq principaux fabricants de panneaux solaires dans le monde, ainsi que sur certaines marques de moindre importance.

Sur les dix fabricants de panneaux solaires évalués dans le rapport, la plupart présentaient un risque « élevé » ou « très élevé » de liens aux produits du Xinjiang.

JA Solar, LONGi Solar, Maxeon Solar Technologies, Qcells, REC Group et Trina Solar avaient des activités présentant un risque de lien « très élevé ». Canadian Solar, Jinko Solar et Tongwei Solar avaient une note opérationnelle « élevée ».

L’UFLPA a été signée par le président Joe Biden en décembre 2021 et est entrée en vigueur en juin 2022. En vertu de cette loi, tous les biens produits au Xinjiang, que ce soit en totalité ou en partie, ne peuvent être importés aux États-Unis, à moins que les importateurs ne bénéficient d’une dérogation.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, près de la moitié des cargaisons retenues pour inspection par le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP : Customs and Border Protection) en vertu de l’UFPLA sont des panneaux solaires et des composants connexes, à compter de janvier 2023.

Question de transparence, réponses des entreprises

Le rapport du SHU souligne le manque de transparence dans la détermination de la présence d’un article en rapport avec le Xinjiang sur une ligne de produits.

« Il est parfois impossible de déterminer si ces lignes de produits spécifiques sont effectivement exemptes de produits importés du Xinjuang, car les entreprises ne divulguent pas suffisamment d’informations relatives à la chaîne d’approvisionnement », a indiqué le rapport.

« En dépit d’une forte pression mondiale pour une plus grande transparence, les informations concernant l’approvisionnement de l’industrie solaire deviennent de moins en moins transparentes avec le temps, ce qui entrave la capacité du monde entier à s’approvisionner de manière éthique. »

Dans leur réponse au rapport, certaines entreprises ont déclaré que leurs chaînes d’approvisionnement étaient exemptes d’intrants en provenance du Xinjiang, tandis que d’autres ont éludé la question. Certaines entreprises ont également insisté sur les erreurs contenues dans les données relatives à la chaîne d’approvisionnement utilisées dans le rapport.

Jinko Solar a indiqué qu’elle avait « une tolérance zéro pour le recours au travail forcé et qu’elle appliquait les mêmes critères à ses fournisseurs ». En mai, l’entreprise a annoncé avoir vendu sa participation dans une opération au Xinjiang.

LONGi Solar a affirmé que l’entreprise a toujours respecté et respectera toujours les lois applicables et l’éthique commerciale dans les juridictions où elle opère.

Maxeon a fait savoir que les panneaux solaires fabriqués par l’entreprise « contiennent du polysilicium fabriqué dans plusieurs pays en dehors de la Chine, sans aucun matériau chinois en amont ».

Tongwei Solar a souligné qu’elle faisait preuve de « la plus grande intégrité dans l’exercice de ses activités et qu’elle se conformait strictement à toutes les lois et réglementations applicables en Chine et dans chaque pays/région où elle exerçait ses activités ».

Éliminer le travail forcé de la chaîne d’approvisionnement

L’industrie solaire américaine a pris des mesures pour lutter contre le travail forcé. En février, plus de 340 entreprises ont signé un engagement (pdf) pris par l’Association des industries de l’énergie solaire (SEIA) pour garantir que « la chaîne d’approvisionnement de l’énergie solaire soit exempte de travail forcé et pour sensibiliser l’industrie à cette question importante ».

La SEIA a développé un protocole de traçabilité pour la chaîne d’approvisionnement solaire, un ensemble de recommandations qui peuvent être utilisées pour identifier et tracer le mouvement des intrants tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

« En mettant en œuvre les principes clés du protocole, les entreprises sont mieux à même de respecter leurs obligations en matière d’importation aux États-Unis et d’assurer la transparence de leur chaîne d’approvisionnement auprès de leurs clients », a-t-elle indiqué.

Par ailleurs, un rapport récent d’une société de recherche à but non lucratif a mis en lumière le taux d’émission de carbone lié à la fabrication de cellules solaires en Chine.

Le rapport d’Environmental Progress affirme que les panneaux solaires fabriqués en Chine produisent environ trois fois plus d’émissions de carbone que ce qu’affirme le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC : Intergovernmental Panel on Climate Change).

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