Musk déclare que Taïwan devrait devenir une «zone administrative spéciale» chinoise

Les commentateurs dénigrent cette idée
Par Tom Ozimek
10 octobre 2022 11:29 Mis à jour: 10 octobre 2022 11:35

Elon Musk, PDG de Tesla, a suscité une avalanche de réactions critiques après avoir déclaré au Financial Times qu’un conflit autour de Taïwan était inévitable selon lui. L’île autonome devrait devenir une « région administrative spéciale » placée sous le contrôle de Pékin, à l’instar de Hong Kong, mais « plus clémente ».

Musk a tenu ces propos dans une interview accordée au Financial Times publiée le 7 octobre, après avoir été interrogé sur la Chine, où Tesla fabrique non moins de la moitié de sa production totale.

Si un conflit ouvert devait éclater au sujet de Taïwan, ce qui, selon Musk, ne manquera pas de se produire, Tesla s’y retrouverait mêlé, a‑t‑il déclaré. Apparemment désireux d’éviter des interruptions de travail, Musk a ensuite exprimé son point de vue sur le sort de l’île, que Pékin a depuis longtemps promis de contrôler, par la force si nécessaire.

« Ma recommandation … serait de mettre en place une zone administrative spéciale pour Taïwan qui soit raisonnablement acceptable, mais qui ne rendra probablement pas tout le monde heureux », a déclaré Musk.

Il estime possible, voire probable, « qu’ils puissent conclure un accord plus souple que celui de Hong Kong ».

Lorsque l’ancienne colonie britannique a été restituée à la Chine il y a plus de vingt ans, Pékin s’est engagé à préserver le système capitaliste de Hong Kong pendant 50 ans et à permettre ainsi aux habitants de jouir de nombreuses libertés que les Chinois du continent n’ont pas. Mais ces dernières années, les dirigeants communistes chinois ont pris des mesures toujours plus sévères pour paralyser le système politique de Hong Kong et étouffer toute dissidence.

Mauvaise surprise pour Taïwan cette année

La suggestion de Musk concernant le futur statut de Taïwan a suscité une série de réactions critiques.

« Bon sang. D’abord il veut céder l’#Ukraine à #VladimirPoutine. Et maintenant, il veut donner #Taiwan au #PCC #Chine », a écrit Benedict Rogers, cofondateur et directeur général de Hong Kong Watch, une organisation qui surveille les questions de droits de l’homme et d’État de droit à Hong Kong, dans un message sur Twitter.

« La réponse, @elonmusk, est : NON. NON. NON », a ajouté M. Rogers.

La réponse de M. Rogers à la question de savoir si Musk voulait « livrer » l’Ukraine au président russe Vladimir Poutine fait référence à la proposition en quatre parties, présentée par Musk pour faciliter la paix dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Cette proposition comprend l’affirmation de l’appartenance de la Crimée à la Russie, l’engagement de l’Ukraine à la neutralité militaire et la tenue d’élections supervisées par l’ONU dans les régions d’Ukraine annexées par Poutine.

Lev Nachman, professeur de sciences politiques à l’université nationale Chengchi de Taïwan, a déclaré sur Twitter que le peuple taïwanais était majoritairement opposé à la mise en place d’un cadre « Un pays, deux systèmes » sur l’île, concept qui devait être appliqué à Hong Kong.

Selon M. Nachman, une étude réalisée en 2021 a montré que près de 90% des Taïwanais étaient opposés à un tel cadre. Ce chiffre est probablement plus élevé aujourd’hui.

« Ce n’est même pas une question à deux options, tout le monde à Taïwan est défavorable à la proposition de Musk », a‑t‑il écrit.

Je propose qu’Elon Musk recommande à Taïwan d’accepter le programme « Un pays, deux systèmes » comme étant la mauvaise nouvelle de l’année pour Taïwan », a ajouté M. Nachman.

Michael Caster, qui a cofondé l’organisation non gouvernementale Safeguard Defenders, qui promeut l’État de droit et les droits de l’homme en Asie, a déclaré dans un message sur Twitter que Musk semblait « prêt à jeter #Taiwan en pâture pour apaiser ses relations commerciales avec la #Chine ».

Pékin s’engage à détruire résolument l’indépendance de Taïwan

La proposition de Musk concernant Taïwan a suscité une réaction enthousiaste de Regina Ip, responsable politique de Hong Kong, connue pour sa position pro‑Pékin sur diverses questions, notamment son soutien à la loi draconienne sur la sécurité nationale adoptée à Hong Kong, dont l’ONU et l’Union européenne ont recommandé l’abrogation.

« Elon Musk a tenu de bons propos sur Taïwan, en suggérant que l’île devienne une région administrative spéciale comme Hong Kong ! Le monde devrait prêter attention à cette voix de la raison et du pragmatisme », a déclaré Mme Ip dans un message publié sur Twitter.

Interrogé samedi sur les propos de Musk, le porte‑parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a profité de l’occasion pour réaffirmer la position de Pékin, qui entend faire pression pour que Taïwan redevienne partie intégrante du territoire chinois. Pékin a promis d’« écraser résolument les tentatives sécessionnistes d’indépendance de Taïwan… ».

Le régime communiste chinois a récemment intensifié ses menaces militaires contre l’île autonome.

« La Chine se montre de plus en plus agressive concernant Taïwan », a déclaré le secrétaire d’État américain Antony Blinken dans une récente interview, selon CBS News. « Ce qui constitue une menace pour la paix et la stabilité de toute la région. »

Si les États‑Unis ont mis fin à leurs relations diplomatiques officielles avec Taïwan en 1979 et ont reconnu Pékin conformément à la politique « d’une seule Chine », Washington entretient des relations solides et officieuses avec Taipei et est légalement tenu de lui fournir les armes nécessaires à sa défense.

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