Le nouveau chant de Twitter: polyphonie ou cri de guerre ?

Par Aurelien Girard
30 octobre 2022 21:25 Mis à jour: 5 novembre 2022 18:20

e nouveau propriétaire du réseau social Twitter, le multi‑milliardaire Elon Musk, prévoit de grands changements dans l’entreprise, à commencer par le fait de la sortir de la cotation boursière. Ce luxe doit lui permettre de restructurer le moineau en se protégeant des haut‑et‑bas de l’opinion des actionnaires, toujours facilement influençables par l’opinion publique ou les médias.

L’arrivée d’Elon Musk à la tête du plus influent réseau social pour la sphère politique, médiatique et industrielle, pose de nombreuses questions. C’est sans doute pour cette raison d’ailleurs que l’acquisition a été un véritable feuilleton : les dirigeants historiques de la plateforme ne souhaitaient pas vendre mais y ont été contraints par leurs actionnaires, Elon Musk a tenté de se rétracter en arguant de l’existence massive de faux comptes Twitter. Il a été menacé de procès et a finalement signé l’accord à 44 milliards de dollars comme initialement prévu.

Twitter a été fondé par une équipe de progressistes très marqués politiquement et qui n’a jamais fait mystère de son opposition aux visions conservatrices. Ce mode de pensée a massivement imprégné l’entreprise et s’est reflété de nombreuses fois dans les prises de position publiques de son fondateur, Jack Dorsey. Les conservateurs américains ont donc longtemps affirmé que le réseau était biaisé en leur défaveur. Cette affirmation, qui peut sembler une déduction crédible sur la base des orientations politiques de l’ex‑équipe dirigeante de Twitter, n’a cependant pas été soutenue par les faits pendant une longue période. Les analyses publiées par la communauté scientifique – qui malheureusement ne peuvent s’appuyer que sur des échantillons de données incomplètes – laissent penser que les algorithmes de Twitter ont fait la même chose que tous les autres : ils ont fourni aux utilisateurs « de droite » des contenus conservateurs de plus en plus radicaux et aux utilisateurs « de gauche » des contenus de plus en plus extrémistes. Le réseau aurait donc, comme la plupart des autres réseaux sociaux, joué un rôle de caisse de résonance en amplifiant les différences de points de vue par l’envoi systématique d’informations « d’auto‑confirmation ». Du côté progressiste, présentation des conservateurs comme l’équivalent de néo‑nazis prêts à sortir leurs armes et amplification des thématiques de lutte contre l’oppresseur (l’homme blanc hétérosexuel de plus de cinquante ans) ; du côté conservateur, présentation des progressistes dans leur ensemble comme des êtres dégénérés, orchestrateurs d’un grand complot de destruction de la société.

Twitter n’était donc, jusqu’à l’élection présidentielle américaine de 2020, ni meilleur ni pire que Facebook, YouTube, Instagram et autres : il utilisait l’addiction digitale comme levier pour générer des revenus et poussait à la radicalisation des pensées, à la création de camps séparés, inconciliables et en lutte. Soit l’exact opposé de ce qu’Internet était supposé apporter à l’humanité. L’année 2020 a marqué un changement majeur lorsque, face à la multiplication d’informations complotistes au sujet de la Covid‑19, Twitter s’est donné le droit de censurer ce qui lui semblait ne pas être conforme à la réalité. Les biais personnels des employés de l’entreprise ont alors joué à plein pour juger ce qui était fiable et ne l’était pas. Par exemple, les informations sur les possibles effets secondaires des vaccins Covid‑19 – aujourd’hui largement constatés – ont été bloquées.

Twitter a aussi unilatéralement décidé de suspendre le compte et les moyens de communication du Président Donald Trump, accusé de relayer des informations mensongères et d’être responsable de l’assaut du Capitole à Washington DC. Ce faisant, la firme s’est arrogée le droit, sur la base de ses propres évaluations et de ses propres critères, de rendre justice et réduire au silence le plus haut responsable politique de la première puissance économique mondiale.

Elon Musk a fait savoir que cette période allait devenir du passé, qu’il est opposé à toute forme de censure et entend principalement empêcher la dissémination de la violence par le réseau social. Le compte Twitter de Donald Trump pourrait donc être réactivé si un comité dédié au sein de l’entreprise, qui devra accueillir des opinions aussi diverses que possible, le décide.

Le nouveau Twitter permettra‑t‑il une déradicalisation des opinions afin que les extrémistes du woke puissent envisager de sortir de la lutte des classes, que les conservateurs apprennent à convaincre plutôt qu’à dénoncer ? L’espoir est beau mais fragile face à l’hypothèse plus probable d’une utilisation de Twitter par Musk pour exactement la même chose que ses prédécesseurs : servir ses intérêts économiques et promouvoir sa vision du monde, qui inclut en particulier le fait de transformer les humains en cyborgs connectés à Internet puis de les expédier sur Mars pour survivre à la destruction, inéluctable d’après lui, de la planète.

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