Une nouvelle génération d’OGM divise la communauté scientifique aux États Unis

6 mai 2017 14:38 Mis à jour: 10 mai 2017 16:19

Ce n’est pas nouveau, l’Amérique peine à garder la main sur tout ce qui se fait sur son sol concernant les Organismes génétiquement modifiés. La législation, relativement flexible sur la question depuis trois décennies – c’est Ronald Reagan qui autorisa en 1986 les recherches génétiques appliquées dans le domaine industriel – permet aux compagnies d’utiliser près d’une soixantaine d’OGM.

Or, on arrête pas le progrès pour le meilleur ou pour le pire : de nouveaux OMG sont désormais disponibles sur le marché. Le problème est que scientifiques et législateurs ne savent pas encore comment le définir.

Depuis les cinq dernières années, ils gagnent du terrain. Ces nouveaux OGM portent une variété de noms comme le Crispr-CAs9 ou le Talen. Cependant, ces derniers échappent à la définition d’OGM au sens commun. Les technologies qui les portent sont identifiées comme des « nouvelles techniques de production » ou encore des « montages génétiques ».

D’après les scientifiques, le risque sanitaire lié à la modification de l’ADN serait diminué par rapport aux OGM normaux. Cependant, le procédé reste inchangé : il s’agit toujours de manipulation génétique dans un but industriel.

De quoi s’agit-il ?

Ces « nouveaux OGM » se posent en rupture par rapport aux OGM « classiques ».

Pour rappel, les OGM « classiques » se réfèrent aux produits dont un gène a été remplacé par un autre, qui lui confère une propriété particulière. Par exemple, un gène peut être extrait d’une bactérie et introduit dans un plant de maïs pour le rendre plus résistant aux agressions. Certains plants de soja possèdent de tels germes pour les rendre insensibles aux pesticides.

Dans les « nouveaux » OGM, l’ADN se voit directement modifié sans introduction d’un gène étranger.

D’après les scientifiques, un OGM « classique » ne pourra jamais être trouvé dans la nature, contrairement aux « nouveaux » OGM qui pourraient être une forme d’évolution de l’organisme dans son milieu naturel, ou encore le résultat d’une hybridation cultivée sur plusieurs générations.

L’idée est donc d’utiliser la technologie de laboratoire pour intervenir directement sur les propriétés de la plante en modifiant ses gènes ou en créant de nouvelles combinaisons. Par exemple, la compagnie de biotech Calyxt, au Minnesota, a réussi à supprimer le gène d’une pomme de terre qui serait à l’origine de la dégradation du sucre, conférant ainsi au légume une plus longue conservation.

On estime à 5% la part de ces nouveaux OGM dans les plants de colza au Canada. Actuellement, les compagnies préparent des plans commerciaux officialisant l’utilisation de nouveaux produits d’ici les deux prochaines années. Les cultures de blé, maïs, soja ou lin font partie du champ d’application de ces nouvelles technologies.

Toute la question est maintenant de savoir si ces « nouveaux » OGM doivent être vus comme les anciens. Outre atlantique, les avis des scientifiques sont très partagés sur la question.

Pour une nouvelle régulation

De tous les États-Unis, Marin est le seul comté résistant encore à l’envahisseur OGM. Depuis 2004, leur utilisation est bannie sous l’injonction du décret Measure B. Sans surprise, les responsables sanitaires sont contre les nouveaux OGM.

 » Quand le décret, soumis au vote populaire, est entré en fonction, l’interdiction couvrait déjà cette application « , a indiqué Stacy Carlsen à Epoch Times. Pour cette agricultrice du Comté de Marin,  » la technologie OGM du Crispr-Cas9 sera elle aussi interdite dans les termes du décret. Cela reste une technique de modification génétique « .

Le National Organic Standard Board (NOSB), organisme de conseil fédéral rattaché au département de l’agriculture américain, a émis en novembre un avis proposant l’interdiction de la commercialisation à grande échelle de ces nouvelles techniques sur le sol américain.

 » Il est plus que jamais impératif que la communauté des biologistes trace une ligne sur ce qui relève ou non de la recherche génétique « , recommande l’organisme, ajoutant que tous les acteurs ou parties prenantes de cette communauté doivent  » être très clairs «  sur le  » danger imminent lié à l’intégrité biologique « .

 » Le NOBS se doit d’entreprendre tous les efforts nécessaires pour protéger cette intégrité « , souligne l’organisme fédéral. D’après ses experts, tout organisme dont le patrimoine génétique est altéré par la biotechnologie répond à l’appellation d’OGM.

Cependant, la nouvelle législation fédérale sur les OGM, entérinée l’année dernière, n’inclut pas les nouvelles cultures utilisant ces technologies. Celle-ci se limitait simplement à imposer l’utilisation de QR Codes pour que les consommateurs puissent tracer et mieux être informés sur la provenance de produits à base d’OGM.

Statut quo

Michael Rodeneyer, expert en biotechnologie et membre de l’organisme public National Research Council of the National Academies, parie sur un statu quo des législateurs. Car d’après lui, les lois fédérales encadrant l’utilisation des OGM s’appliquent précisément aux organismes dont les gènes ont été modifiés de façon artificielle.

Les nouvelles technologies échappent à ce cadre.  » Je pense que nous allons avoir une période d’incertitude, un statut quo avec tous les problèmes que cela pose « , remarque-t-il.

Jusqu’ici, les laboratoires de recherches ont été soumis à diverses législations ressemblant plus à un méli-mélo qu’à un cadre réglementaire. Cela existait avant les OGM, et ces législations ne tiennent pas forcément compte de l’étendue et du champ couvert par les programmes de recherches.

Par exemple, le Département de l’agriculture américain ne régule que les modifications génétiques liées aux agents pathogènes, car cette administration est la seule à avoir ce pouvoir.

De la même façon, l’agence de protection de l’environnement américaine se borne à surveiller la sécurité sanitaire des pesticides et n’a autorité que sur les plants génétiquement modifiés pour résister aux insectes.

La Food an Drugs Administration a pour sa part un rôle de consultant concernant la nourriture produite à base d’OGM. Elle offre des services d’évaluations aux compagnies agro-alimentaires qui lui en font la demande.

Ainsi, dans le cas des nouveaux OGM, aucune de ces entités administratives n’a de solution. Le Département de l’agriculture américain a indiqué aux laboratoires qu’il n’avait aucune autorité sur la nature de leur recherche. La FDA ne se focalise que sur le produit final, et non sur le processus. De son point de vue, que le produit alimentaire fini soit issu d’une technologie ou d’une autre n’a pas vraiment d’importance.

Étude de cas : Talen

Talen est le nom d’une de ces nouvelles technologies. Développée par la compagnie de biotech Calyxt, elle consiste à supprimer un gène responsable de graisses saturées dans l’huile de soja. Une fois mise au point, cette technique a été soumise à la FDA par Dan Voytas, investisseur de Talen. En accord avec le directeur de recherche de Calyxt, la procédure suivait son cours normal.

Suite à l’examen de l’huile de soja modifiée par le Talen, la FDA conclut que la composition des protéines et des acides gras saturés semblait similaire à celle des huiles commercialisées sur le marché.

Cela a encouragé Calyxt  à poursuivre ses recherches dans le Midwest des États-Unis, où la compagnie possède actuellement près de 500 hectares de plantation de soja. Et d’après Dan Voytas, le soja sera bientôt proposé aux agriculteurs.

Calyxt n’est pas la première à avoir recours aux nouveaux OGM. Cibu, un groupe basé en Californie, utilise du colza résistant aux herbicides. Leur produit est largement répandu et se retrouve dans de nombreuses huiles de friture aux États-Unis. Le colza de Cibu, présent sur près de 35 000 hectares de cultures, représente ainsi 5% du marché américain. Et se prépare à entrer au Canada en 2017.

De son côté, la FDA a fait savoir qu’elle ferait obstacle dans le cas de produits faits de viande modifiée, mais qu’elle serait flexible sur les végétaux. L’administration indique sur son site web que l’ » altération intentionnelle d’un gène destiné à modifier le patrimoine ADN d’un animal relève de notre régulation sur la médication « .

Catégorisation

Pour l’ONG Greenpeace, qu’il s’agisse d’animaux ou de végétaux, ces nouvelles technologies sont des manipulations génétiques.

D’après Franziska Achterberg, directrice du programme alimentaire de la branche européenne de Greepeace, la Commission européenne ne s’est pas encore prononcée sur le fait que ces nouvelles techniques tombent sous la coupe des restrictions alimentaires de la législation européenne.

La Commission était censée rendre une évaluation juridique l’année dernière, mais s’est ravisée. Ayant fouillé dans les documents que les autorités européennes se doivent de rendre publics, l’ONG a découvert que le sujet de ces nouvelles technologies « concernait principalement les lobbys américains ».

La prudence reste donc de mise du côté d’un certain nombre d’acteurs et d’organismes sanitaires. L’organisation à but non lucratif Project Non-GMO, qui fait autorité outre-Atlantique et est devenu un label alimentaire. Elle considère toute manipulation génétique effectuée sur un organisme comme un OGM. Tout produit ayant recours à ces technologies ne pourra accéder au label. La décision de Project Non-GMO est ainsi un signal fort adressé au consommateur.

 » Il y a une volonté de plus en plus forte de la part des compagnies utilisant la biotechnologie de prendre de la distance par rapport aux OGM classiques, car ils font l’objet d’un rejet de plus en plus fort de la part des consommateurs. Ces  » nouveaux  » OGM leur permettaient d’utiliser la manipulation génétique tout en se proclamant « non OGM » », explique Megan Westgate, directrice exécutive de Project Non-Gmo, contactée par mail.

Article original : GMO 2.0: A New Kind of Modified Food Escapes Regulation

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