Les périls de l’orgueil: «La Mort de Milon de Crotone»

Atteindre l'intérieur: ce que l'art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
Par Eric Bess
16 août 2022 18:46 Mis à jour: 23 août 2022 12:36

Avez-vous déjà vu une personne cherchant à se mettre en valeur, puis subir les répercussions immédiates de ses actes ?

Dans la Grèce antique, l’orgueil était parfois considéré comme dangereux. Des mythes tels que celui d’Icare volant trop haut vers le soleil et celui de Narcisse regardant son propre reflet servaient de mise en garde contre les dangers de l’orgueil, de l’orgueil démesuré et de la vanité.

Milon de Crotone, aujourd’hui populaire parmi les sportifs, était un autre citoyen de la Grèce antique dont l’histoire peut servir d’avertissement sur les conséquences de l’orgueil.

La Mort de Milon de Crotone, 1761, par Jean-Jacques Bachelier. Huile sur toile, 2,43 m par 1,9 m. Galerie nationale d’Irlande. (CC BY-SA 4.0)

Milon de Crotone

Milon était un phénomène athlétique au sixième siècle av. J.-C. et était adulé pour sa force surhumaine. Ayant atteint la quarantaine, il avait remporté au moins cinq titres olympiques consécutifs, sept titres aux Jeux pythiques, dix titres aux Jeux isthmiques et neuf titres aux Jeux néméens. Ces exploits sont incroyables, même selon les normes d’aujourd’hui.

Il utilisait aussi sa force pour aider ses amis. Lorsqu’une ville voisine a attaqué Crotone, Milon a mené ses concitoyens à la victoire alors qu’il était habillé comme Héraklès. Une autre fois, Milon a sauvé Pythagore et ses disciples de la chute d’un toit en utilisant sa force pour soutenir la colonne centrale jusqu’à ce que tout le monde soit en sécurité.

Ce sont des exemples dans lesquels la force de Milon a été utilisée pour créer des résultats positifs autour de lui. Protéger ses amis et écarter le danger étaient sans aucun doute un résultat positif pour sa communauté. Même les jeux, tant que la compétition reste respectueuse et amicale, peuvent créer un sentiment d’harmonie non seulement au sein de sa propre communauté, mais aussi entre les communautés.

Comment Milon avait-il acquis sa force incroyable ? Selon la légende, il a vu un veau nouveau-né près de chez lui et a décidé de le prendre et de le porter. Il a fait cela tous les jours pendant quatre ans. Au bout de quatre ans, il ne portait plus un veau, mais un taureau adulte. Sa force s’est adaptée au changement lent et progressif du poids de l’animal.

Dans certains cas, cependant, Milon laissait sa fierté déterminer la façon dont il utilisait sa force. Par exemple, il faisait une démonstration de sa force en demandant aux autres d’essayer de lui prendre une pomme grenade des mains. Personne ne pouvait enlever le fruit de sa main ni l’endommager par ses efforts.

Il se tenait debout sur un disque de fer graissé et mettait les autres au défi de le pousser. Il mettait les gens au défi de plier ses doigts, mais aucun n’y parvenait. Il s’attachait même une corde autour de la tête et, en retenant son souffle, brisait la corde avec les veines gonflées de son front.

Ce type d’orgueil allait finalement causer sa perte. Un jour, alors que Milon prenait de l’âge et que ses forces commençaient à diminuer, il vit une souche d’arbre isolée, partiellement fendue avec une cale. Milon a voulu montrer sa force en fendant complètement l’arbre avec ses mains. Mais quand il a essayé, la cale est tombée. Il n’avait pas la force de fendre la souche, qui s’est refermée sur sa main. Sa main emprisonnée dans la souche de l’arbre, les bêtes sauvages ont fini par le dévorer.

La Mort de Milon de Crotone de Bachelier

Le peintre français Jean-Jacques Bachelier a peint sa propre interprétation de la mort de Milon. La figure de Milon est présentée comme le point central. Son corps est disposé en diagonale, du coin supérieur gauche au coin inférieur droit de la composition, et cette disposition diagonale donne au visiteur une plus grande impression d’énergie que ne le ferait une position horizontale ou verticale.

Vêtu de ce qui semble être une peau de léopard, Milon se tord de douleur alors que sa main est coincée dans la souche de l’arbre à droite et que deux loups l’attaquent par en dessous. Il serre sa main libre en un poing et rejette sa tête en arrière en agonie quand l’un des loups lui mord la jambe. Le paysage naturel encadre la scène et un petit insecte en bas à droite de la composition regarde la scène se dérouler.

Détail de La Mort de Milon de Crotone, 1761, par Jean-Jacques Bachelier. Huile sur toile, 2,43 m par 1,9 m. Galerie nationale d’Irlande. (CC BY-SA 4.0)

La nature ne permet pas de détruire par orgueil

Quelle sagesse pouvons-nous tirer de l’histoire de Milon et de la peinture de Bachelier ?

Tout d’abord, il est nécessaire de reconnaître que Milon a acquis sa force en suivant le cours naturel de la vie humaine. Considérons que le veau représente la nature elle-même. Chaque jour, il prenait son veau et chaque jour sa force s’adaptait au poids du veau, jusqu’à ce que le veau devienne un taureau. Milon est devenu fort dans la mesure où il a travaillé en accord avec le cours naturel des choses.

Milon n’a pas fait beaucoup d’efforts pour acquérir sa force, cela s’est fait naturellement avec le temps. Le résultat aurait été différent si, dès le début, il avait essayé avec orgueil de soulever un taureau pour montrer sa force. Cela aurait été un moyen sûr de se blesser, car le poids du taureau aurait été trop important pour son niveau de force initial. Ce n’est pas par orgueil, mais par une patiente constance qu’il a acquis sa force.

Cependant, en vieillissant, sa force a commencé à décliner. C’était le cours de la nature à l’œuvre, car la force maximale diminue avec l’âge. Si Milon avait agi en accord avec le déclin naturel de sa force, il aurait reconnu ses nouvelles limites et laissé la souche de l’arbre tranquille. Au lieu de cela, il n’était pas prêt à accepter les limites de sa force, et son orgueil a refusé de lui permettre de reconnaître le cours de la nature.

L’histoire et la peinture mettent en évidence le fait que Milon tente littéralement de mettre en pièces un tronc d’arbre pour montrer sa force dans sa vieillesse. L’acte lui-même – mettre en pièces un élément de la nature – est représentatif de sa résistance à suivre le cours de la vie humaine.

À mon avis, la conséquence négative d’arracher le tronc d’arbre n’est pas pour suggérer qu’il est mauvais de modifier la nature pour le bien-être de la vie humaine. Utiliser la nature pour construire des maisons, fabriquer des vêtements, manger, etc., c’est suivre le cours naturel de la vie humaine. Cependant, tout peut être poussé à l’extrême. Lorsque l’orgueil nous encourage à aller à l’encontre du cours de la nature, comme dans le cas de Milon, le cours naturel de la vie a un moyen d’équilibrer cet extrême.

Alors que Milon cherche à dominer la nature par sa force, Bachelier peint le contraire : la nature domine Milon. Il est dépeint comme faible, avec la souche d’arbre qui le tient en otage, le soleil qui tape sur sa peau, les loups qui déchirent sa chair et l’insecte qui regarde tout cela. La nature et la vie abondent, et Milon n’a aucun moyen d’échapper à leur omniprésence. Il est humilié par sa tentative orgueilleuse et ses nombreux accomplissements sont entachés par sa mort embarrassante.

Pour moi, l’histoire de Milon est une mise en garde. Nous avons tous la capacité de tester nos limites, mais nous devons nous assurer que nos intentions sont pures et que notre orgueil ne nous empêche pas de suivre le cours de la vie humaine et d’aider les autres par nos efforts. Pour ce faire, nous devons toutefois nous demander sincèrement ce qu’est la « nature » et quel est son « cours ».

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement perspicace pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles les générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront un voyage de réflexion dans le but de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess est un artiste figuratif en exercice et est candidat au doctorat à l’Institut d’études doctorales en arts visuels (IDSVA).

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