Un responsable chinois veut qu’on implique l’ex-chef de la sécurité dans les prélèvements d’organes

 

Un membre important d’un organe consultatif du Parti communiste chinois est allé sur les ondes d’une station de télévision dissidente pour qualifier l’ex-chef de la sécurité du régime «d’être malveillant» et pour dénoncer l’hécatombe causée par les prélèvements d’organes forcés.

Ge Jianxiong, un membre du Comité permanent de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), s’est entretenu avec New Tang Dynasty Television (NTD) le 10 avril.

Ses propos surviennent au moment où la pression internationale continue d’augmenter à l’extérieur de la Chine pour faire la lumière sur les prélèvements d’organes dans le pays, où des dizaines de milliers de prisonniers d’opinion – principalement des pratiquants de la discipline spirituelle Falun Gong – sont soupçonnés d’avoir été tués pour leurs organes.

Il n’est pas clair si cette pratique persiste, mais au cours des derniers mois Huang Jiefu, le plus haut responsable chinois en matière de transplantations, a promis que le régime tournait une nouvelle page et n’allait plus utiliser les prisonniers dans le couloir de la mort comme source d’organes. Quelques mois auparavant, M. Huang avait pourtant dit que les prisonniers seraient encore utilisés s’ils sont consentants. Les autorités n’ont jamais abordé la question quant à savoir si les organes de pratiquants de Falun Gong sont ou ont déjà été utilisés.

«Gros tigre»

Ge Jianxiong est l’un des 299 membres du Comité permanent de la CCPPC et il est aussi professeur d’histoire et de géographie à l’Université de Fudan. Dans les réunions officielles du Parti communiste, il a la réputation d’être un agitateur en quelque sorte (dans les limites permises par la dictature…), n’hésitant pas à couper la parole aux autres responsables qui radotent et en posant souvent des questions pointues sur des problèmes sociaux. NTD est pour sa part un partenaire média d’Epoch Times reconnu pour son traitement incisif du dossier des droits de l’homme en Chine.

En entrevue avec la chaîne, M. Ge a appelé Huang Jiefu à aborder en détail les allégations visant Zhou Yongkang, l’ex-chef de la sécurité en Chine, concernant son implication dans les prélèvements d’organes sur des prisonniers.

Le directeur des transplantations en Chine, Huang Jiefu, a dénoncé Zhou Yongkang, l’ex-chef de la sécurité du régime chinois, dans les prélèvements d’organes forcés sur des prisonniers. (Feng Li/Getty Images)

Zhou est la plus importante victime de la purge du président chinois, Xi Jinping, et il a récemment été accusé de factionnalisme et d’avoir mené des activités anti-Parti dans les médias semi-officiels. Zhou a accédé aux plus hauts échelons du Parti en bonne partie en raison de sa main de fer dans la persécution du Falun Gong, une politique conçue par son maître politique, l’ex-dirigeant du Parti Jiang Zemin. Les enquêteurs du Parti ont récemment transféré Zhou à la branche judiciaire où il a été accusé de subornation, d’abus de pouvoir et de divulgation des secrets d’État.

Huang Jiefu a déjà été sous-ministre de la Santé et il est maintenant le directeur du Comité des transplantations d’organes, qui établit les politiques sur la question. Il est également de facto le porte-parole des politiques chinoises en matière de transplantations pour le public chinois et international.

Dans un entretien avec la chaîne Phoenix Television de Hong Kong, M. Huang a déclaré qu’il y avait un «gros tigre», c’est-à-dire un haut responsable, qui faisait obstacle aux réformes.

Quand on lui a demandé de qui il s’agissait, il a répondu : «C’est bien trop évident. Tout le monde connaît le gros tigre. C’est Zhou Yongkang le gros tigre; Zhou était notre secrétaire politique et législatif, à l’origine un membre du Comité permanent du Politburo. Tout le monde sait ça. […] Donc, pour savoir d’où viennent les organes de prisonniers exécutés, n’est-ce pas évident?»

Discutant du système de transplantations d’organes, M. Huang a commenté: «C’est devenu sale, c’est devenu embrouillé et difficile à résoudre, c’est devenu un sujet extrêmement sensible et extrêmement compliqué, essentiellement un sujet tabou.»

Il est très rare pour des responsables toujours en poste de nommer publiquement et de critiquer les politiques d’un autre membre du Parti (un ex-membre dans ce cas-ci), et les propos de M. Huang ont généré de vives discussions sur le web en Chine.

Franc conseiller

Rien de cela n’est toutefois mentionné dans les récentes accusations portées contre Zhou Yongkang.

«Si Zhou est en effet la personne responsable et s’il a en effet commis ces crimes, les accusations devraient aborder ces questions», estime Ge Jianxiong.

Il a ensuite encouragé Huang Jiefu à fournir des informations sur le sujet aux procureurs chinois.

M. Ge a la réputation d’être audacieux et il semblait s’exprimer en toute liberté après avoir été joint par un journaliste de NTD. Ses propos francs au sujet de Zhou s’apparentent à une série de déclarations ayant fait surface récemment dans des canaux officiels et semi-officiels au sujet des abus dans le domaine des transplantations en Chine.

Communication opaque

Avant les accusations de Huang Jiefu portées contre Zhou Yongkang, l’ex-chirurgien militaire respecté, Jiang Yanyong, avait accordé une longue entrevue avec une chaîne de télévision de Hong Kong pour discuter du rôle des hôpitaux militaires dans l’industrie des prélèvements d’organes. Il a décrit l’évolution des prélèvements sur des personnes qui ne sont pas tout à fait mortes afin d’obtenir des organes de meilleure qualité.

Jiang Yanyong avait attribué tous ces abus à une autre cible de la purge de Xi Jinping, l’ex-vice-président de la Commission militaire centrale, Xu Caihou, qui est décédé en mars 2015 d’un cancer de la vessie après avoir été relevé de son poste en disgrâce.

Xu Caihou, l’ex-vice-président de la Commission militaire centrale, en visite au Pentagone en octobre 2009. Xu a été impliqué dans les prélèvements d’organes forcés par un ex-chirurgien militaire. (Jim Watson/AFP/Getty Images)

Étant donné l’opacité de la politique et de la propagande en Chine, il est impossible de savoir si cette série de révélations fait partie d’une stratégie de communication du régime de Xi Jinping. Ce dernier cherche peut-être à laisser sous-entendre sa connaissance des prélèvements d’organes sur le Falun Gong, des crimes qui pourraient être attribués au groupe de responsables associé à l’ex-dirigeant Jiang Zemin, à l’origine de la persécution.

Les déclarations pourraient également être aléatoires et sans objectif de propagande.

«Un être malveillant»

«La vérité du crime doit être révélée, si elle existe. Je crois que ce que Huang a dit établit la base factuelle. La loi devrait décider quoi faire avec ces faits», a déclaré Ge Jianxiong à NTD.

«J’espère que Huang pourra formellement informer les autorités au sujet de ce qu’il connaît des [crimes] commis par Zhou, et tout le monde pourra connaître la vérité», a-t-il ajouté.

M. Ge a mentionné les récents reportages chinois au sujet des expérimentations de prélèvements d’organes sur des personnes vivantes effectuées par les Japonais sur des prisonniers de guerre américains durant la Seconde Guerre mondiale. «J’estime que les êtres humains les plus méchants sont capables de faire quelque chose comme ça. Zhou Yongkang a-t-il fait quelque chose de semblable? Malveillant comme il est, c’est bien possible.»

«Quelle est l’étendue des prélèvements d’organes? Quelle en est la méthode? Nous souhaitons que la vérité à ce sujet puisse être révélée et que ce ne soit plus seulement une question d’y croire ou non. La plupart des bonnes personnes ne peuvent imaginer quelque chose d’aussi pervers dans le monde, mais le mal est souvent bien réel et des puissances malveillantes sont capables de faire des choses auxquelles personne ne s’attend. De ce point de vue, il n’y a rien d’incroyable là-dedans», a-t-il conclu.

Article original : Chinese Official Calls for Exposure of Former Security Chief’s Role in Organ Harvest

 
VOIR AUSSI