INTERNATIONAL

Dans les caves de Stepanakert, le Covid-19 prolifère

octobre 24, 2020 15:20, Last Updated: octobre 24, 2020 15:26
By

Promiscuité, absence d’aération, pas de masques: dans les caves de Stepanakert, la capitale du Nagorny Karabakh en guerre avec l’Azerbaïdjan, les rares habitants encore dans la ville sont à l’abri des bombardements mais le Covid-19 y prolifère.

Au sous-sol d’un modeste immeuble de trois étages, comme il en existe de nombreux dans la ville, plusieurs caves en enfilade ont été sommairement aménagées pour protéger des bombardements réguliers – comme encore vendredi soir – les personnes restantes. La majorité des 60.000 habitants ont fui.

Une grande caves, sert de dortoir

La plus grande de ces caves, d’environ 50 m2 et haute d’1,76 m, sert de dortoir. Une dizaine de matelas avec couvertures sont posés sur des bancs en pierre bâtis contre les murs. Le sol en terre est recouvert de cartons.

-Le docteur Lucine Tovmasyan quitte un abri au sous-sol après avoir testé les personnes du coronavirus Covid-19 dans la ville de Stepanakert le 23 octobre 2020. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

Quelques lampes à la lumière blafarde pendent au plafond. Un vieux poêle à bois est installé au milieu, son tuyau d’évacuation de la fumée traverse la pièce jusqu’à un mur extérieur.

Lusine Tovmasyan, 44 ans, dirigeait un laboratoire d’analyses médicales à Stepanakert avant la guerre. Depuis le début du conflit fin septembre, elle travaille pour les autorités sanitaires et fait passer des tests Covid à l’hôpital central ou bien chez les habitants qui ne peuvent pas se déplacer.

Vendredi matin, elle est venue dans l’immeuble pour tester deux femmes, âgées de 63 et 76 ans, suspectées d’être infectées.

-Le docteur Lucine Tovmasyan visite une femme âgée pour lui administrer un nouveau test de coronavirus Covid-19 le 23 octobre 2020. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

La septuagénaire attend assise sur une chaise au milieu de la cave-dortoir, emmitouflée dans un manteau.

Elle tousse et râle quand on lui enfonce un coton-tige dans le nez puis dans la gorge.

La sexagénaire, est testée dans le salon de son appartement

Même procédé et mêmes effets pour la sexagénaire, qui elle est testée dans le salon de son appartement au rez-de-chaussée.

Un châle sur les épaules, elle balance son buste d’avant en arrière, marmonne quelques mots d’une voix faible et plaintive, le visage grimaçant.

« Nous effectuons en moyenne 60 tests par jour. Le taux d’infection est assez élevé », notamment parce que « les gens vivent en groupe dans les sous-sols, sans masque », explique à l’AFP Lusine Tovmasyan, la seule à avoir le visage protégé parmi la demi-douzaine de femmes présentes dans la cave.

« Entre 40 et 60% des gens testés sont positifs, cela dépend des jours », selon elle.

Les tests sont envoyés à Erevan, la capitale arménienne, à environ 4 heures de route.

« Nous faisons des listes de ceux dont les résultats sont positifs et des personnes qui ont eu des contacts avec eux », explique-t-elle.

On reçoit des malades qui présentent les symptômes du Covid

A la clinique des maladies infectieuses, proche de l’hôpital central, on ne fait pas de tests mais on reçoit des malades qui présentent les symptômes du Covid.

-Du personnel médical se prépare à donner un traitement aux patients qui sont des cas suspects du nouveau coronavirus Covid-19 dans un hôpital de la ville de Stepanakert le 22 octobre 2020. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

Dans une salle de soins, des infirmières s’activent, placent des perfusions au bras de trois hommes assis et masqués.

Samvel Galstyan, 62 ans, ne sait pas s’il a le Covid, il a juste « une température élevée », ce pourquoi il est venu.

« Il fait froid au sous-sol. Vous vous couchez et vous vous levez sans changer de vêtements. Vous ne pouvez pas y rester donc vous entrez et sortez souvent. Chaud, froid, chaud, froid… et me voici ici », dit le sexagénaire.

Selon une estimation de Raya Simonyan, 63 ans, médecin à l’hôpital central et responsable de cette salle de soins, « 90% des habitants » encore présents à Stepanakert ont le Covid. Elle précise bien ne pas avoir de chiffres officiels.

« La situation est très mauvaise … La majorité des résidents sont malades », ajoute-t-elle.

-Du personnel médical soigne des patients suspects du nouveau coronavirus Covid-19 dans un hôpital de la ville de Stepanakert le 22 octobre 2020. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

De retour dans la cave-dortoir, la tête d’une adolescente brune de 15 ans, couchée sur un lit, émerge d’une couverture enroulée autour d’elle, avant de disparaître à nouveau dessous.

Sa mère est là, à côté d’elle, assise au bord du lit, le visage inquiet, le regard vide. Son mari et son fils combattent au front. Elle a des nouvelles régulièrement mais ils ne peuvent pas dire où ils sont.

« Nous voulons la paix, que la guerre se termine dès que possible », souffle-t-elle avant de cacher ses larmes derrière sa main.

Focus sur la Chine – Des investisseurs cachés derrière les sociétés écrans de Hong Kong

Le saviez-vous ? 

Epoch Times est un média indépendant, différent des autres organisations médiatiques. Nous ne sommes influencés par aucun gouvernement, entreprise ou parti politique. Notre objectif est d’apporter à nos lecteurs des informations factuelles et précises, en étant responsables envers notre lectorat. Nous n’avons d’autre intention que celle d’informer nos lecteurs et de les laisser se faire leur propre opinion, en utilisant comme ligne directrice les principes de vérité et de tradition.

Soutenez Epoch Times à partir de 1€

Comment pouvez-vous nous aider à vous tenir informés ?

Epoch Times est un média libre et indépendant, ne recevant aucune aide publique et n’appartenant à aucun parti politique ou groupe financier. Depuis notre création, nous faisons face à des attaques déloyales pour faire taire nos informations portant notamment sur les questions de droits de l'homme en Chine. C'est pourquoi, nous comptons sur votre soutien pour défendre notre journalisme indépendant et pour continuer, grâce à vous, à faire connaître la vérité.

Voir sur epochtimes.fr
PARTAGER