Clovis et la promesse millénaire de la France

Par Ludovic Genin
13 septembre 2021 08:22 Mis à jour: 18 août 2022 07:23

« Défendre la France » est une initiative d’Epoch Times qui s’appuie sur les valeurs et la riche histoire de notre nation pour informer le public des questions critiques auxquelles la France est confrontée aujourd’hui.

Dans notre premier éditorial « Pourquoi Epoch Times veut défendre la France « , nous exposions le danger de l’infiltration des théories néo-progressistes en France. Nous parlerons ici de ses origines millénaires.

L’amour de la France, de son histoire et de sa culture sont aujourd’hui devenus tabous. Même dans les plus hautes sphères de l’État, on dit qu’il « n’y a pas de culture française » et que l’histoire de France doit être « déconstruite « . Pourtant notre pays possède l’une des histoires les plus riches de la civilisation humaine et celle qui a été le mieux préservée.

« Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé » disait le philosophe et historien Ernest Renan. C’est pourquoi nous cherchons à nous inspirer dans notre riche passé pour y trouver les aspirations plus grandes de notre présent. Nous reconnaissons aussi l’importance de toutes les traditions des grandes civilisations de ce monde.

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La France est quasiment née d’un miracle il y a 1500 ans, la promesse d’un héritage civilisationnel bienveillant protégeant les individus de la barbarie. Son histoire a le mérite de parler à chacun d’entre nous, croyant ou athée, elle est le terreau d’une profonde unité. Elle inspire aussi bien le respect dans sa foi que dans sa culture et ses valeurs universelles. Des valeurs défendues depuis quinze siècles et qui garantissent nos libertés individuelles et la dignité de chaque individu.

1500 ans après sa naissance, nous sommes aujourd’hui à une époque charnière, un moment où notre pays peut basculer d’une société libre et bienveillante à une société totalitaire.

Mais bien que la France traverse ce moment de crise, nous ne pouvons pas dire qu’il est trop tard.

Les Francs, peuple libre et combattant
Il y a 1500 ans, un jeune roi barbare fait le choix d’un dieu bienveillant à ses anciennes idoles barbares et son geste a fondé la civilisation française. « Pour moi, l’histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France », disait le général De Gaulle.

Ce roi est Clovis, et son peuple, les Francs.

Clovis recevant la fleur de lys, Heures de Bedford, XVe siècle.

Clovis succède à son père Childéric en 481 à l’âge de 15 ans. Les Francs sont alors des descendants de peuples indo-européens et du semi-mythique roi Mérovée. Ce dernier serait né de la rencontre de sa mère avec une ancienne créature marine semblable au Quinotaure. Ainsi aurait commencé la dynastie des Mérovingiens, première dynastie française.

L’origine communément admise du terme « Franc » est celle de « Francus » qui signifie « homme libre ». Dans l’antiquité tardive, le peuple franc voue un culte à Wotan (connu aussi sous le nom d’Odin), le père des dieux dans la mythologie nordique et une divinité de guerre et de sang. Le paradis des Francs était alors un paradis de héros guerriers, le Walhalla, où les dieux les accueillaient, armes à la main, pour d’éternels festins et batailles célestes.

Francs. Hommes libres et intrépides guerriers. Les Francs étaient des guerriers redoutés dans toute l’Europe occidentale. Ils sont les seuls au IVe siècle à chasser des marais d’Europe centrale la tribu barbare des Alains descendue des montagnes d’Iran et d’Arménie, et que Rome n’arrivait pas à déloger. En 451, le père de Clovis aidera les Romains à arrêter Attila, le « fléau de dieu », et les Vandales, lors de la bataille des champs Catalauniques. Installés dans la Belgique actuelle, les Francs sont dès la fin du IIIe siècle les alliés de Rome pour garantir la sécurité et la liberté de la Gaulle romaine, la défendant des invasions barbares venant de l’est de Rhin.

Mais le Ve siècle sonne aussi le déclin et la fin de l’empire romain en 476. L’église nicéenne (de Rome) devient la plus haute autorité spirituelle et voit dans le jeune Clovis la seule alternative pouvant les protéger de l’arianisme. Cette doctrine germanique (à ne pas confondre avec l’aryanisme) ne reconnait pas l’essence divine du Christ et est pour cela appréciée par les peuples barbares païens. Mais Clovis possède intrinsèquement en lui cette nature innée qui lui fera dire : « Que n’aurais-je été là pour empêcher cela » en apprenant le supplice de la passion de Jésus-Christ.

Un roi barbare sensible au faible et au sacré.

Ainsi, l’Église choisit la France pour perpétuer l’héritage civilisationnel de Rome et protéger la foi chrétienne. Et c’est pour défendre cet héritage antique que la France n’a cessé de combattre ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur depuis 1500 ans.

Antoine-Jean Gros (1771-1835). « Clovis et Clotilde », esquisse. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

L’unité face à la barbarie : la vocation de la France

Sous l’impulsion de l’évêque de Reims Saint Rémi – qui a l’oreille du jeune roi, Clovis rencontre Clotilde, une princesse burgonde pleurant le massacre de sa famille par les barbares Wisigoths. Entre les deux êtres, qu’un mariage de raison avait réuni, naît le premier miracle : un amour mutuel. C’est le mariage de Clovis avec Clotilde qui fait évoluer les conceptions du jeune souverain. Son épouse s’efforce de le convaincre de renoncer à ses coutumes barbares. Le respect de Clovis pour les croyances de son épouse, son ouverture d’esprit pour ce qui le dépasse, font parties des pièces du puzzle qui ont construit l’histoire millénaire de la France.

C’est au cours de la difficile bataille de Tolbiac contre la tribu germanique des Alamans en 496 qu’a lieu le deuxième miracle. L’affrontement entre les deux armées barbares tourne vite au massacre et Clovis voit la victoire lui filer entre les doigts. Bien qu’il invoque plusieurs fois ses anciennes idoles nordiques, aucune ne répond. Il se rappelle alors les mots de Clotilde et s’adresse au ciel : « O toi, Dieu de Clotilde, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance: si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, et si j’expérimente ta vertu miraculeuse je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom. J’ai en effet invoqué mes dieux, et, comme j’en fais l’expérience, ils se sont abstenus de m’aider […]. C’est toi que j’invoque maintenant, je désire croire en toi ; pourvu que je sois arraché à mes adversaires ».

Aussitôt le chef Alaman est tué d’une francisque (une hache franque) et la victoire revient à Clovis. Le jeune roi n’oubliera pas cette promesse ni cette aide venue du ciel pour le secourir.

Joseph Blanc (Français, 1846-1904)- La bataille de Tolbiac, toile marouflée, Panthéon de Paris, France.

Selon les historiens, Clovis se fera baptiser entre 496 et 508, un baptême qui aurait pu prendre plus de dix ans de réflexion. Clovis hésite car une partie de son peuple voue encore un culte au dieu Wotan. La reine Clotilde demande l’appui de l’évêque Saint Rémi dont une amitié le lie au souverain franc. À la suite des grands miracles que ce dernier a vus à Tours sur le tombeau de Saint Martin, Clovis confirme son baptême ainsi que celui de trois mille de ses plus proches guerriers.

Il est baptisé un 25 décembre. Selon la légende, une colombe blanche serait descendue du ciel pour apporter une huile sacrée, une huile qui servira dès lors au sacre des rois de France. Depuis, dans les arts et la culture français, la colombe blanche symbolisera le Saint-Esprit apportant la paix aux hommes de bonne volonté.

« Adoucis-toi, fier Sicambre, et courbe la tête ; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré », lui dit Saint Rémi.

«Je m’avance devant le bassin sacré : je déclare renoncer à Satan», dit Clovis.

« Relève les habitants de tes cités, soulage les affligés, accorde soutien aux veuves, nourriture aux orphelins puisqu’il est préférable que tu enseignes à tous à t’aimer et à te craindre », continua l’évêque de Reims.

La France naît de ce choix divin.

Clovis devient le protecteur du faible et du sacré et le fier combattant des tyrans.

La légende rémoise de la colombe est un emprunt direct aux Évangiles avec le baptême du Christ dans le Jourdain où le Saint-Esprit est apparu sous forme d’une colombe.

Clovis unifiera les différents royaumes barbares de la Gaule autour de l’héritage de Rome et de l’Église. « Tout lui réussissait, parce qu’il marchait le cœur droit devant Dieu », écrivait Grégoire de Tours dans L’Histoire des Francs. Et comme pour l’épisode du vase de Soissons – où le jeune roi trancha la tête d’un soldat récalcitrant ayant brisé le vase sacré de Soissons (le fameux « Souviens-toi du vase de Soissons ! »), Clovis n’hésitera pas à utiliser la force de son armée pour unifier le pays. Il défendra cette unité civilisationnelle qui garantit la sécurité et la liberté du peuple, la protection du faible et du sacré et il s’opposera à la tyrannie.

Clovis meurt à l’âge de 45 ans en 511. Il a fait du royaume franc la première puissance de l’Europe occidentale et s’est imposé comme l’héritier de l’empire romain d’occident. Sainte Geneviève lui ouvrira les portes de Paris pour en faire sa capitale. Leurs tombeaux, ainsi que celui de la reine Sainte Clotilde, seront inhumés au sommet de la Montagne Sainte Geneviève, à côté de l’actuel Panthéon.

Retrouver la promesse de la France
Cette histoire de Clovis construit notre imaginaire national aussi bien qu’individuel. Il montre que dans les situations les plus difficiles, la France a su trouver un nouvel espoir en invoquant la confiance et le choix dans ce qui nous dépasse. Depuis 1500 ans, la France offre à ses citoyens la protection d’une société civilisée et des libertés parmi les plus importantes : la liberté de croire et de penser.

Ces valeurs universelles prennent naissance dans ce choix de Clovis, un choix qui,  il y a 1500 ans, a dépassé toutes les parties en présence. L’amour et le respect d’une femme, l’amitié d’un Saint et l’affinité du jeune roi pour le spirituel lui font abandonner ses croyances barbares pour une foi bienveillante. Clovis a fait le choix de l’unité face à la barbarie, de la défense du sacré et du faible, l’opposition aux tyrans par la force. C’est la promesse millénaire de la France.

Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, la France n’a cessé d’y puiser son inspiration. Elle a été la nation des plus grands progrès scientifiques et technologiques, de l’excellence en matière de transmission des connaissances et de formations des élites. La France a mené aussi des guerres dans le monde entier pour défendre les libertés face aux totalitarismes aussi bien du temps des rois, que de l’Empire et de la République.

Cette promesse est aujourd’hui menacée. Dans notre premier éditorial « Pourquoi Epoch Times veut défendre la France « , nous exposions le danger de l’infiltration du régime communiste chinois et des théories néo-progressistes en France. Aujourd’hui, dans notre société de plus en plus matérialiste, le lien avec le divin et les valeurs universelles de notre pays est presque détruit, les jeunes générations y sont de moins en moins sensibilisés, alors qu’il est à la base de notre histoire personnelle et collective.

La culture et l’histoire françaises sont notre bien commun, elles font partie de l’âme française, c’est-à-dire de l’âme de chacun de ses citoyens. Elles nous inspirent et nous rappellent d’être loyal, courageux et honnête, et de garder espoir dans les périodes les plus sombres de notre histoire. Elles montrent la grandeur et le destin de notre pays incarnés par un homme ou par une femme, comme il pourrait l’être par chacun.

Avec « Défendre la France », Epoch Times veut rappeler aux Français les valeurs et la riche histoire de notre nation. Si les Français cherchent à mieux comprendre la profondeur de leur histoire, son lien millénaire avec ce qui nous dépasse, ils trouveront alors une alternative profonde à la confusion du moment.

Nous espérons que nos lecteurs participeront à cet effort en faisant connaître nos publications à leurs amis et à leur famille. N’hésitez pas non plus à nous écrire sur redaction@epochtimes.fr pour nous dire, selon vous, quelles sont les valeurs et les épisodes de l’histoire de la France qui valent la peine d’être défendues.

Sources:
L’histoire des Francs, Grégoire de Tours
Le Mystère Clovis, Philippe de Villiers aux éditions Albin Michel
Clovis et les Francs, HérodoteVidéo
Les Premiers Rois Francs, ProGallia
La conversion et le baptême de Clovis, Léon Levillain

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