Un député du Parlement néo-zélandais était un « prof d’espions » en Chine

5 octobre 2017 02:01 Mis à jour: 5 octobre 2017 02:05

Dernières informations : selon les médias néo-zélandais, la demande de citoyenneté du député Jian Yang a été rendue publique. Toutefois, New Zealand Herald souligne que des éléments essentiels ont été dissimulés : il n’est toujours pas clair si Jian Yang a révélé dans sa demande de citoyenneté néo-zélandaise qu’il avait enseigné l’anglais aux futurs espions dans des académies militaires chinoises.

Le député du Parti national au pouvoir en Nouvelle-Zélande est né en Chine. Aujourd’hui, il fait l’objet d’un examen à cause de son ancien travail d’enseignant aux espions en Chine et son appartenance au Parti communiste chinois (PCC). Bien qu’il nie que son passé puisse être une raison de préoccupation, ceux qui connaissent le fonctionnement des services de renseignement de Pékin ne partagent pas son avis.

C’est le dernier épisode de toute une série d’évènements récents qui font poser des questions sur l’ingérence de la Chine dans les affaires internes des démocraties, telles que l’Australie, le Canada et les États-Unis.

Les journaux néo-zélandais Newsroom et le Financial Times, après avoir effectué une enquête commune sur le député Jian Yang, ont annoncé que Jian Yang avait attiré l’attention des services de sécurité du pays à cause de ses liens avec les académies militaires chinoises.

Jian Yang a étudié et a travaillé pendant plusieurs années dans des établissements académiques militaires chinois dont PLA Air Force Engineering College et l’Institut des langues étrangères de Luoyang.

Yang a été élu membre du Parlement de la Nouvelle-Zélande en 2011. Il faisait partie de différents comités, y compris des comités des affaires étrangères, de la défense et du commerce. Il occupe actuellement le poste de secrétaire parlementaire aux affaires ethniques.

Jian Yang a été un important collecteur de fonds auprès de la communauté chinoise en faveur du Parti national. Selon le Financial Times, il connaît « des donateurs anonymes très généreux ». Il s’agit tout d’abord de 100 000 dollars versés en 2016 par six donateurs anonymes chinois en faveur de la campagne pour changer le drapeau de la Nouvelle-Zélande. Les donateurs désiraient retirer le petit drapeau britannique qui figure dans le coin du drapeau de la Nouvelle-Zélande à cause des mauvais moments dans les relations antérieures entre la Chine et la Grande-Bretagne.

Le député néo-zélandais Jian Yang (Photo du parlement de la Nouvelle-Zélande)

Selon The Associated Press, Jian Yang a reconnu devant les journalistes avoir enseigné l’anglais et les études américaines dans des académies militaires chinoises. Il a ajouté que certains de ses étudiants étaient formés pour recueillir, suivre et analyser les informations.

Réfutant « toute allégation remettant en cause » sa loyauté envers la Nouvelle-Zélande, Yang s’est présenté comme victime d’une campagne de dénigrement raciste.

« Même si je ne suis pas né ici, je suis fier de me considérer Néo-Zélandais, d’observer nos lois et d’apporter ma contribution à ce pays », a-t-il déclaré aux journalistes.

Jian Yang a précisé que le système militaire chinois est composé à la fois de militaires et de civils, et qu’il faisait partie du dernier groupe.

« Si vous considérez ces cadets, ou étudiants, en tant qu’espions alors, oui, j’enseignais à des espions », a-t-il reconnu. « Je comprends que certains puissent être préoccupés parce qu’ils ne connaissent pas le système chinois », a-t-il ajouté, d’après The Associated Press. « Mais une fois qu’ils auront compris ce système, ils seront rassurés qu’il n’y a absolument rien à s’inquiéter. »

Pourtant, ceux qui tirent la sonnette d’alarme sont précisément ceux qui connaissent bien le système politique chinois, par exemple un transfuge qui a travaillé pour le même régime que Jian Yang.

Formation militaire

Avant sa défection en 2005, Chen Yonglin travaillait comme premier secrétaire au consulat de Chine à Sydney, Australie. Il était responsable du département des Affaires politiques consulaires. Ses tâches consistaient à surveiller et à influencer les membres de la communauté chinoise de ce pays.

Chen Yonglin soutient que la formation militaire chinoise de Jian Yiang n’est pas une mince affaire.

Selon Chen Yonglin, les diplômés de la PLA Air Force Engineering College ont le grade de lieutenant ; et s’ils obtiennent une maîtrise de l’Institut des langues étrangères de Luoyang, ils ont au moins le grade de capitaine.

Chen Yonglin a expliqué dans une interview à Epoch Time que les étudiants des établissements militaires chinois sont « complètement endoctrinés » et que les Néo-zélandais devraient se méfier des gens ayant une formation militaire chinoise.

L’ancien diplomate chinois Chen Yonglin lors d’une conférence de presse à Sydney, le 10 juillet 2005. Il a mis en garde contre les plans du régime communiste chinois d’influencer l’opinion publique australienne. (Greg Wood/AFP/Getty Images)

Anne-Marie Brady, professeure à l’Université de Canterbury en Nouvelle-Zélande et professeure agrégée à Wilson Center, a écrit que l’Armée populaire de libération chinoise « n’aurait jamais laissé quelqu’un formé dans les services de renseignements militaires comme Jian Yang aller étudier à l’étranger, à moins qu’il n’ait obtenu une autorisation officielle spéciale ».

Associations d’étudiants chinois

Avant de s’installer en Nouvelle-Zélande et obtenir un poste académique à l’Université d’Auckland, Jian Yang a étudié à l’Université nationale d’Australie (ANU) à Canberra. Dans une interview, il a précisé qu’il était président de l’Association des étudiants et écoliers chinois (CSSA) à l’ANU.

On retrouve les CSSA dans de nombreuses universités à l’extérieur de la Chine. Ces associations sont reconnues par les experts comme des tentacules de l’appareil diplomatique de la Chine qui servent à contrôler les étudiants chinois à l’étranger.

La page Facebook de la CSSA à l’ANU indique en chinois que l’association « bénéficie du soutien de l’ambassade de Chine en Australie ». Le site internet de la CSSA de l’Université de Canberra précise que l’association est « sous l’administration de l’ambassade de Chine en Australie ».

Selon Anne-Marie Brady, les CSSA sont « l’un des principaux moyens du gouvernement chinois visant à ‘diriger’ les étudiants et les élèves chinois lors de leurs études à court terme à l’étranger ».

Au début de l’année, les Américains ont fait l’expérience de la mission de la CSSA : la CSSA de l’Université de Californie–San Diego a mobilisé les étudiants chinois afin de ne pas permettre au Dalaï-Lama, le chef spirituel du Tibet, de prononcer un discours à l’université. La CSSA a publié une déclaration suivante sur la plateforme WeChat : « La CSSA a demandé des instructions au consulat de Chine à Los Angeles. Quand elle aura reçu ces instructions, elle va les exécuter. »

Après sa défection, Chen Yonglin a expliqué comment le PCC utilise les étudiants et les groupes communautaires à l’étranger pour influencer les responsables et les organisations gouvernementales occidentales.

« Le contrôle de la communauté chinoise à l’étranger a toujours été une stratégie du Parti communiste chinois. C’est le résultat d’une planification et d’une gestion minutieuses depuis des dizaines d’années », a-t-il révélé dans une entrevue. « Cela ne se passe pas seulement en Australie. C’est aussi leur façon d’opérer dans d’autres pays, par exemple aux États-Unis et au Canada. »

De nombreuses activités d’espionnage et de nombreux programmes d’influence du PCC à l’étranger sont organisés par le Département du Front uni et le Bureau des affaires des Chinois à l’étranger, a précisé Chen Yonglin.

Anne-Marie Brady explique que le Front uni utilise la « tactique léniniste d’alliances stratégiques ».

« Les activités du Front uni comprennent une collaboration avec des groupes et des personnalités influentes ainsi que la gestion de l’information et la propagande. Cet organe est aussi souvent utilisé pour faciliter l’espionnage », écrit-elle.

Selon Michel Juneau-Katsuya, ancien chef de la section Asie-Pacific du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), le PCC a mis en place plusieurs organisations comme le Congrès national des Canadiens d’origine chinoise (NCCC) pour agir comme « agents d’influence » au Canada. Il affirme que le Parti exerce une influence sur la diaspora chinoise et sur le grand public dans d’autres pays à travers des organisations similaires. Cependant, le NCCC nie servir de couverture des activités d’une puissance communiste à l’étranger.

« Ce qui est très important [pour la Chine], c’est de disposer de certaines organisations qui deviennent leurs propres agents d’influence au sein de la communauté. Cela leur permet d’identifier les dissidents et de faire pression sur les autorités locales de n’importe quel pays », a déclaré Juneau-Katsuya.

Influence

Au début de l’année, l’Agence australienne du renseignement a mis en garde les principaux partis politiques du pays contre le fait d’accepter des dons de plusieurs millions de la part de personnes ayant des liens avec le régime chinois, ce qui rendrait l’Australie vulnérable à l’influence de Pékin.

Les efforts de la Chine visant à infiltrer et à influencer l’Australie, y compris dans les domaines de l’élaboration des politiques gouvernementales et de l’influence sur la communauté chinoise, ont attiré l’attention des médias locaux au début de l’année. Certains appelaient de bannir les donations aux partis politiques en provenance de l’étranger.

Au Canada, des donations de millions de dollars seraient illégales à cause des limites imposées, du moins au niveau fédéral. Pourtant, le Premier ministre Justin Trudeau a été critiqué l’année dernière pour avoir assisté à des collectes de fonds en compagnie des membres fortunés de la communauté sino-canadienne, dont l’un avait besoin d’une autorisation gouvernementale pour élargir ses affaires. Selon The Globe and Mail, Zhang Bin, un conseiller politique du gouvernement chinois, a participé à l’un de ces évènements. Au début de l’année, Trudeau a cessé de participer dans ces collectes de fonds controversées.

Dans son rapport, Anne-Marie Brady présente toute une liste des démarches du PCC ayant comme but d’instaurer le contrôle sur les pays étrangers. Par exemple : nommer des étrangers ayant une influence politique à des rôles de premier plan dans des entreprises chinoises ou dans des institutions financées par la Chine dans le pays d’accueil ; engager les universitaires, les entrepreneurs et les politiciens étrangers afin de promouvoir les intérêts de la Chine dans les médias et dans le milieu universitaire ; utiliser des fusions, des acquisitions et des partenariats avec des entreprises, des universités et des centres de recherche étrangers afin d’obtenir une identité locale permettant de renforcer les activités d’influence ; et, éventuellement, accéder à la technologie militaire, aux secrets commerciaux et à toute autre information stratégique.

Version anglaise : UPDATED: New Zealand MP’s Past Career ‘Teaching Spies’ in China Cause for Concern, Say Experts

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