Ukraine, phase 2 du conflit: le bras de fer entre la Chine et les États-Unis

Par La Rédaction
29 mai 2022 17:55 Mis à jour: 29 mai 2022 20:37

L’invasion de l’Ukraine a rapidement fait penser que le moment pour le régime chinois de prendre Taïwan par la force était venu : les membres de l’OTAN, concentrés sur le risque en Europe, ne pourraient réagir en cas d’attaque chinoise, disait-on. Le président Joe Biden, qui avait déjà refusé l’idée d’un engagement militaire en Ukraine, ne pourrait qu’observer et condamner l’invasion de l’île et le remplacement de sa démocratie par la dictature communiste.

Tout semblait donc indiquer que la période allait être aux tentatives de conciliation avec Pékin, pour arriver à un maintien du statu quo. La donne a changé quand, le 23 mai dernier, le président américain a formellement déclaré qu’en cas d’attaque chinoise, les États-Unis défendraient militairement Taïwan.

Joe Biden était alors à Tokyo, après une visite en Corée du Sud, pour un sommet du « Quad », l’alliance du sud-est asiatique, avec ses homologues japonais, australien et indien. En conférence de presse avec le Premier ministre japonais Fumio Kishida, le locataire de la Maison-Blanche a vertement critiqué les manœuvres militaires chinoises dans tout l’espace maritime allant jusqu’à l’Australie, indiquant que le régime « flirtait avec le danger. » Son homologue japonais a, lui, qualifié « d’irresponsable » l’attitude belliqueuse de Pékin en mer de Chine.

La réponse du régime communiste ne s’est pas fait attendre : dès le lendemain, des bombardiers chinois et russes ont volé ensemble à proximité des côtes japonaises – une provocation, pour le ministre nippon de la Défense Nobuo Kishi.

Wang Wenbin, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a ajouté : « La question de Taïwan relève purement des affaires intérieures de la Chine, qui ne tolère aucune ingérence étrangère. Sur les questions concernant sa souveraineté et son intégrité territoriale, ainsi que ses autres intérêts fondamentaux, la Chine ne laisse aucune place au compromis ou à la concession. La Chine prendra des mesures fermes pour sauvegarder sa souveraineté et ses intérêts en matière de sécurité. Nous ferons ce que nous disons. »

Comme à son habitude, l’armée des trolls chinois s’est activée pour déclencher sur les réseaux sociaux une réponse dite « patriotique» aux déclarations américaines.

Toute la semaine ensuite, des réactions secondaires se sont enchaînées, qui ne peuvent être considérées comme des coïncidences : l’Allemagne, d’abord, a fait savoir qu’elle ne soutiendrait pas les investissements de Volkswagen en Chine ; puis le chancelier Olaf Scholz s’est inquiété à très haute voix de la spirale de dette dans laquelle la Chine plonge les pays africains pour mettre la main sur leurs ressources naturelles. L’Australie a ensuite annoncé un renforcement de ses liens avec les îles du Pacifique pour desserrer l’étau chinois (Pékin souhaitant y installer des bases militaires). S’appuyant sur son nouveau gouvernement, l’Australie a également tenté de se rapprocher de la France, avec qui l’annulation de la commande de sous-marins a créé une brouille durable.  Sous pression américaine, une résolution a enfin été déposée au Conseil de Sécurité des Nations unies pour condamner les derniers tirs de missiles balistiques par la Corée du Nord. Bien que tous aient su d’avance qu’elle serait rejetée, la mise au vote a permis de voir que seule la Russie et la Chine y mettaient leur veto. Et ainsi de désigner un « bloc » des autocraties et dictatures.

L’action entraîne une réaction : côté chinois et toujours cette même semaine, l’ambassadeur de Chine en France a condamné le rôle de l’OTAN, qualifiant l’organisation de menace pour la Russie et justifiant la réaction de Vladimir Poutine comme relevant de l’auto-défense. Au même moment, les chercheurs du Beijing Institute of Tracking and Telecommunications Technology, une émanation de l’armée chinoise, ont expliqué devant la presse comment ils planifient de détruire la galaxie des micro-satellites Starlink, lancés par SpaceX sous impulsion d’Elon Musk et qui servent déjà au renseignement des troupes ukrainiennes. Message non-subliminal : tout est prêt pour un conflit de « haute-intensité ».

Modulo quelques gaffes verbales notoires du Président Biden, les dirigeants chinois et américain étaient restés relativement prudents jusqu’ici. Pékin n’avait pas condamné l’invasion de l’Ukraine mais sans aller jusqu’à afficher un soutien fort à Vladimir Poutine, restant dans une phase d’observation prudente de l’évolution du conflit.  Au début du mois de mai, le directeur de la CIA expliquait que Pékin prenait leçon de la situation en Ukraine pour ajuster sa stratégie d’invasion de Taïwan. Avec sa prise de position, le président américain tente probablement de retarder l’invasion de l’île en accentuant la pression sur un Xi Jinping affaibli par le mécontentement social en Chine et surpris de l’unité de la réponse occidentale à l’invasion de l’Ukraine. Combien de temps cette approche pourra-t-elle fonctionner ? Le régime communiste chinois sait déjà que pour faire face à l’instabilité domestique, il n’est rien de mieux que de désigner un ennemi et de partir en guerre contre lui.

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