Florence, Portraits à la cour des Médicis

18 janvier 2016 15:08 Mis à jour: 18 janvier 2016 15:08

Le musée Jacquemart André présente la cour des Médicis et ses portraitistes jusqu’au 25 janvier. Discrets et sobres, les portraits deviennent de plus en plus somptueux, reflétant à la fois les mutations politiques et sociales de la ville et le rôle que prend le portrait.

Avec une quarantaine d’œuvres, l’exposition présente l’évolution du portrait florentin au XVIe siècle, incluant des chefs-d’œuvre issus de la collection d’Édouard André et Nélie Jacquemart comme les peintures de Ridolfo del Ghirlandaio ou Francesco Salviati. D’autres prêts exceptionnels proviennent pour la plupart du Polo Museale de Florence et en particulier de la Galleria degli Uffizi.

Les Médicis ont compris la puissance de l’image en général et du portrait en particulier comme moyen de promotion et de pouvoir.

Portrait d’Alexandre de Médicis devant la ville de Florence. Vers 1534, huile sur bois, 157 x 114 cm.(© S.S.P.S.A.E. e per il Polo Museale della Città di Firenze)
Portrait d’Alexandre de Médicis devant la ville de Florence. Vers 1534, huile sur bois, 157 x 114 cm.(© S.S.P.S.A.E. e per il Polo Museale della Città di Firenze)

L’art du portrait devient de plus en plus répandu parmi les élites florentines au XVIe siècle. Ils recourent pour cela à des figures littéraires telles que Pétrarque, à des références musicales ou à une mise en scène riche en symboles.

Outre la présentation des chefs-d’œuvre de Pontormo, élève d’Andrea del Sarto et maître du maniérisme, ce sera l’occasion d’apprécier les traits raffinés et gracieux, typiques des portraits de Bronzino ou ceux de Salviati témoignant d’un sens achevé de la sophistication.

De l’austérité républicaine à la gloire des Médicis

1492, après plus d’un siècle durant lequel les Médicis ont connu la richesse comme banquiers et la gloire comme politiciens, la roue tourne. Laurent Le Magnifique décède prématurément. Deux ans plus tard, la ville capitule devant les Français et Savonarole est choisi pour diriger la ville et instaure la « République chrétienne et religieuse ». Les Médicis sont menacés et Pierre, fils de Laurent Le Magnifique, prend la fuite.

La République exige la sobriété et la modération : les richesses de la ville et les objets de luxe sont exportés. L’art reflète les changements du temps.

Bronzino (Agnolo di Cosimo, dit). Florence, 1503-1572. Portrait d’une dame en rouge, Vers 1525-1530, huile sur bois, 89,8 x 70,5 cm. (Francfort-sur-le-Main, Städel Museum © Städel Museum - U. Edelmann/ARTOTHEK)
Bronzino (Agnolo di Cosimo, dit). Florence, 1503-1572. Portrait d’une dame en rouge, Vers 1525-1530, huile sur bois, 89,8 x 70,5 cm. (Francfort-sur-le-Main, Städel Museum © Städel Museum – U. Edelmann/ARTOTHEK)

À cette époque, les jeunes artistes représentent leurs modèles sur un fond uni ou devant un paysage, telle La Dame au voile de Ridolfo del Ghirlandaio. Qu’ils soient représentés de trois quarts ou de profil, à l’image des portraits d’homme de Franciabigio et de Rosso Fiorentino, les modèles sont graves, affichant une simplicité, voire une certaine sévérité, tant dans leur attitude que dans leur costume.

En 1530, les Médicis reprennent le pouvoir. Après un an de siège, la ville se rend et Alexandre de Médicis récupère l’administration de Florence. Afin de légitimer son nouveau statut et son nouveau pouvoir, il engage plusieurs artistes pour mener à bien une campagne de réhabilitation par l’image.

Il se présentera en armure pour ainsi donner une image héroïque de vainqueur tel le Portrait d’Alexandre de Médicis. Cosme Ier, de son côté, emploie une stratégie de « marketing » déjà utilisée par Auguste : diffuser non seulement sa propre image, mais également celle d’autres membres de sa famille. Afin d’affirmer sa légitimité et de l’imposer comme héréditaire, le futur grand-duc de Toscane – titre qu’il invente et s’attribue d’ailleurs à lui-même –, cultive l’image de son célèbre père, Jean des Bandes Noires, et forge une biographie légendaire qu’il fait remonter à l’époque de Charlemagne.

: Santi di Tito et atelier. Florence, 1536-1603. Portrait de Marie de Médicis. 1600, huile sur toile, 193,5 x 109 cm.(© S.S.P.S.A.E. e per il Polo Museale della Città di Firenze)
Santi di Tito et atelier. Florence, 1536-1603. Portrait de Marie de Médicis. 1600, huile sur toile, 193,5 x 109 cm.(© S.S.P.S.A.E. e per il Polo Museale della Città di Firenze)

Le luxe et l’abondance

En 1539, Cosme Ier épouse Eléonore de Tolède, fille du vice-roi de Naples, l’une des personnes les plus influentes dans la péninsule italienne. Le mariage renforce sa position politique ainsi que l’alliance avec Charles Quint.

Une nouvelle ère s’annonce, celle des splendeurs et du luxe. Le mariage est célébré par des fêtes fastueuses, le couple s’installe au Palazzo Vecchio.

Bronzino, l’artiste phare de la cour du duché, contribuera à la nouvelle image du duc, qui sera dès lors non pas représenté en armure, mais en costume comme dans le portrait Cosme de Médicis à 40 ans – dans lequel il apparaît imposant et sûr de son pouvoir.

Élevée dans la cour espagnole, Éléonore introduit le raffinement et la solennité. Elle est représentée dans des vêtements somptueux, en satin rouge serti de perles, avec une extraordinaire minutie dans la restitution de ses bijoux et de sa coiffe.

Désormais, l’art du portrait n’a plus comme objectif d’affirmer la légitimité de la nouvelle dynastie, mais sert à magnifier la nouvelle ère de paix, d’harmonie et de prospérité.

 

infos pratiques

Musée Jacquemart-André Ouvert tous les jours de 10h à 18h y compris les jours fériés.

Nocturnes les lundis jusqu’à 20h30 en période d’exposition.

158 boulevard Haussmann 75008 Paris

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