Le régime communiste chinois utilise le Vatican pour légitimer son système de prélèvements d’organes

Des groupes éthiques condamnent le soutien du Vatican à la Chine sans preuve des réformes des transplantations annoncées

Par son geste, condamné par une organisation défendant les aspects éthiques de greffes d’organes, le Vatican a reconnu la légitimité du système chinois de transplantation en invitant le chef du registre officiel des transplantations du régime communiste chinois à parler à une conférence tenue au Vatican plus tôt ce mois-ci.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreux patients ayant besoin d’une greffe d’organes se sont rendus en Chine. Ils déclarent avoir été capables de s’y procurer un organe compatible en quelques jours ou en quelques semaines – une période d’attente beaucoup plus courte que celle dans leur pays d’origine où l’obtention d’organes se base sur les dons volontaires.

Grâce à des enquêtes approfondies menées par l’avocat des droits de l’homme David Matas et David Kilgour, l’ancien secrétaire d’État canadien pour l’Asie-Pacifique, de nombreuses preuves ont été assemblées confirmant que le régime chinois prélève les organes sur des prisonniers de conscience. Ces enquêtes montrent que la plupart de ces prisonniers, qui sont tués dans le processus, sont des pratiquants de la discipline spirituelle du Falun Gong – une discipline de type qigong comprenant la méditation – qui a été violemment réprimée par le régime chinois depuis 1999. Le travail de MM. Kilgour et Matas, ainsi que d’autres experts, a contribué à l’adoption des résolutions du Parlement européen et du Congrès des États-Unis qui condamnent le régime chinois pour ces atrocités.

Une manifestation à Ottawa, Canada, en 2008, mettant en scène des prélèvements forcés d’organes en Chine. (Epoch Times)

La condamnation internationale a poussé le régime chinois à établir, en 2013, un système volontaire national de dons d’organes, appelé China Organ Transplant Response System (COTRS). Le régime affirme que c’est le seul moyen par lequel il distribue les organes donnés. En 2015, il a également annoncé qu’il ne prélevait plus d’organes sur les prisonniers exécutés.

Ces annonces de réformes semblent avoir été suffisantes pour persuader le Vatican d’inviter Wang Haibo, le patron du COTRS, à tenir un discours, le 12 mars, lors d’une conférence organisée par l’Académie pontificale des Sciences. Le sujet de la conférence était « L’esclavage moderne, le trafic des êtres humains et l’accès à la justice pour les pauvres et les vulnérables ».

Cependant, le régime chinois n’a pas encore promulgué de nouvelles réglementations ou lois interdisant directement l’acquisition d’organes provenant des prisonniers. En même temps, des rapports de greffes d’organes effectuées en Chine sans transparence par rapport à leur source – des organes compatibles au receveur trouvés en quelques jours ou en quelques semaines – se poursuivent sans relâche.

Selon une lettre ouverte rédigée par des membres de la Coalition internationale pour mettre fin au pillage et au trafic d’organes en Chine – une organisation de professionnels de la santé, d’académiciens, de juristes et d’avocats des droits de l’homme – les données officielles sur les dons d’organes en Chine manquent également de transparence et mettent en doute les allégations du régime au sujet des réformes.

Dans leur lettre ouverte au Vatican, publiée le 19 mars, les membres de la Coalition mettent en évidence les divergences et les failles dans les chiffres du régime et appellent l’Académie pontificale des sciences, qui a également organisé une conférence sur le trafic d’organes en 2017, « à réserver son jugement sur les allégations de réforme totale du système de transplantation en Chine ».

Un chirurgien et des infirmières se préparent à opérer un patient à l’hôpital Huamei Medical Cosmetology à Shanghai, Chine, le 22 août 2017. (Chandan Khanna/AFP/Getty Images)

La Coalition note que le régime dispose de 12 bases de données officielles différentes pour les activités liées aux transplantations, dont aucune n’est accessible au public. En même temps, le COTRS ne rapporte qu’un nombre total de donneurs et d’organes donnés, sans aucune ventilation par hôpital, localité ou période, ce qui rend impossible de vérifier la véracité de ces chiffres.

Selon Louisa Greve, experte en droits de l’homme et membre de la Coalition, l’éthique médicale nécessite l’accès du public aux bases de données sur la transplantation d’organes, comme c’est le cas du Réseau uni pour le partage des organes (UNOS) aux États-Unis. D’après le site de l’UNOS, la base de données américaine fournit des données sur chaque don et chaque greffe d’organes depuis le 1er octobre 1987, spécifiant les données médicales sur les donneurs et les receveurs d’organes, ainsi que sur ceux qui figurent sur la liste d’attente nationale.

En absence d’une telle transparence dans les données de transplantation d’organes en Chine, « il est irresponsable pour les organisations internationales d’accepter les allégations de réforme provenant d’un gouvernement autoritaire avec un système d’approvisionnement en organes complètement opaque », a déclaré Mme Greve dans un entretien par courriel. Elle a demandé à l’Académie pontificale, à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à la Société de transplantation de suspendre la coopération avec le régime chinois jusqu’à ce qu’il présente des données vérifiables.

Le régime chinois a toujours refusé de reconnaître le prélèvement d’organes sur les prisonniers de conscience, souvent condamnés en dehors des procédures judiciaires.

Dans une interview accordée au journal italien La Stampa, Wang Haibo a affirmé que la Chine autorise la liberté de religion et ne se procure pas d’organes auprès de « prisonniers politiques ». « Il n’y a pas de peine capitale pour les prisonniers politiques », a-t-il déclaré.

Malgré le fait que le régime a affirmé en 2015 qu’il avait cessé de prélever les organes sur les prisonniers exécutés, la communauté médicale reste préoccupée par les pratiques de transplantation d’organes en Chine qui sont contraires à l’éthique. Dans plusieurs revues médicales, notamment l’American Journal of Transplantation et le Journal of Medical Ethics, les médecins ont demandé l’interdiction de travailler avec des médecins de transplantation chinois jusqu’à ce que les réformes en Chine puissent être vérifiées de manière indépendante.

« Des rapports récents ont montré une grande différence entre les nombres annuels constants de greffes déclarés officiellement et une forte expansion de l’infrastructure de transplantation en Chine », souligne l’article publié en août 2016 dans l’American Journal of Transplantation. « Avant que nous ayons des preuves indépendantes et objectives de l’arrêt complet des pratiques non éthiques d’acquisitions d’organes des prisonniers, la communauté médicale a la responsabilité professionnelle de maintenir l’embargo académique sur les professionnels de transplantation provenant de la Chine. »

La Commission exécutive sur la Chine du Congrès des États-Unis a indiqué dans son rapport annuel, publié en octobre 2017, que la communauté médicale était préoccupée par les informations selon lesquelles « de nombreuses transplantations d’organes en Chine ont été effectuées en utilisant les organes des prisonniers détenus, y compris des pratiquants de Falun Gong » et qu’elle était « sceptique par rapport aux affirmations d’un responsable de la santé chinois selon lesquelles le système d’approvisionnement en organes a été réformé conformément aux normes internationales ».

Annie Wu

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