L’effet placebo conscient

Selon l’American Chiropractic Association, les Américains dépensent chaque année plus de 50 milliards de dollars dans le traitement de leur mal de dos – à noter que cette estimation ne concerne que les coûts identifiables directement.

En y ajoutant les pertes de revenus, la baisse de la productivité, les coûts doublent, d’après les calculs de l’American Academy of Pain Medicine – soit 100 milliards de dollars. Mais une nouvelle étude, publiée dans le numéro d’octobre de la revue Pain, suggère que les patients ressentiraient de réels soulagements avec un simple placebo – même lorsqu’ils sont conscients du faux-semblant. Font office de placebo une pilule à base de sucre ou un comprimé de cellulose inopérant.

Ces résultats peuvent modifier notre compréhension sur les causes qui provoquent l’effet placebo.

L’auteur de ce travail, Ted Kaptchuk, directeur du programme d’études des placebos au centre médical Beth Israel Deaconess et professeur à l’école de médecine de Harvard, affirme que ces résultats peuvent modifier notre compréhension sur les causes qui provoquent l’effet placebo. D’après lui, le phénomène est bien plus compliqué qu’une simple administration de pilules sucrées : « C’est une question de symbole, comme le stéthoscope. Ce sont les rituels répétitifs tels que la prise des comprimés, l’interaction entre le patient et son clinicien qui apporte un soutien affectif, et une confiance mutuelle qui s’instaure. Voilà les ingrédients qui sont actifs. »

L’étude

Une centaine de patients atteints de lombalgie chronique a été sélectionnée après avoir reçu une explication de 15 minutes sur l’effet placebo. Les sujets étaient ensuite répartis au hasard dans l’un des deux groupes : celui des traitements classiques et celui des placebos.

Les participants du groupe sous placebos ont reçu un flacon de médicaments étiquetés « placebos » ; avec pour directives de prendre deux capsules deux fois par jour.

Les participants des deux groupes devaient poursuivre leurs traitements médicaux durant les trois semaines de l’étude (principalement des anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’aspirine et l’ibuprofène, les personnes sous opioïdes ne pouvant pas participer). Les sujets n’étaient pas autorisés à modifier leur mode de vie par de nouvelles habitudes qui auraient pu avoir un impact sur leur douleur, comme, par exemple, se lancer dans un programme sportif.

Au terme des trois semaines de prescription, le groupe sous placebos a signalé une réduction de 30 % de la douleur habituelle mais aussi du niveau de douleur maximale ; le groupe sous traitements classiques témoignait respectivement de 9 % et 16 % de réduction seulement. Le groupe sous placebos a également présenté une baisse de 29 % des handicaps liés à la douleur, tandis que l’autre groupe n’a ressenti aucune amélioration.

La plupart des patients du groupe sous placebos s’étaient avoués sceptiques avant le traitement, mais à la fin de l’étude, plusieurs d’entre eux ont demandé une prescription de ces mêmes placebos. Dans certains cas, la réduction de la douleur était si importante, que les participants étaient convaincus d’avoir pris de vrais médicaments. Trois participants ont déclaré que les fausses pilules « ont été si efficaces qu’elles devaient contenir quelque chose ».

L’effet placebo

De simples comprimés sucrés ont-ils vraiment un pouvoir de guérison ? C’est plus complexe que cela, nuance Kaptchuk. L’interaction des professionnels de la santé avec les patients joue aussi un rôle essentiel, précise-t-il.

« Autrement dit, le médecin fait parti du médicament. L’infirmière fait parti du médicament. Le chiropraticien fait parti du médicament. Ils représentent quelque chose de plus que les outils médicaux dont ils disposent », veut clarifier Kaptchuk.

Un sondage de 2008 révélait qu’environ 50 % des médecins américains prescrivaient des placebos à leurs patients si aucun traitement efficace n’était disponible – car globalement les placebos permettent aux patients de se sentir mieux – même si selon la politique de l’American Medical Association, les médecins ne peuvent y avoir recours pour faire des diagnostics ou des traitements qu’avec l’accord de leurs patients informés.

Et dans les faits il n’est pas nécessaire de dissimuler le placebo, au contraire, pour Kaptchuk, celui-ci joue clairement un rôle essentiel dans l’identification de remèdes efficaces.

Il explique pourquoi : « Avec leurs utilisation vous apprenez si le médicament ajoute vraiment quelque chose aux soins et au contexte de la relation prescripteur patient. »

Voilà qui met en évidence l’apport le plus important de l’étude de Kaptchuk : on prend conscience que les traitements médicaux dépassent le simple cadre des médicaments, des procédés et de la chirurgie. Dans un monde de soins fondés sur les données probantes, il est facile d’oublier que les relations et les systèmes de croyances en médecine conservent encore un pouvoir de guérison substantiel. « Il s’agit d’activer les propriétés d’auto-guérison dont nous sommes tous pourvus », confie Kaptchuk.

D’autres études

Quatre études précédentes avaient testé l’effet d’une prescription de placebos faite en toute franchise, et toutes indiquaient que cette pratique était bénéfique pour le patient.

L’enseignement principal de ces études venait des observations de patients atteints du syndrome du côlon irritable (IBS). À l’instar de la recherche sur le mal de dos, les études IBS montrent d’importants avantages, contrairement à une absence de traitement.

Kaptchuk souhaite voir ces études reproduites sur de plus grandes populations et sur de plus longues périodes. Mais il espère que son travail pourra déjà aider les médecins à réaliser que les placebos peuvent être efficaces même si les patients comprennent ce qui se passe. Il estime que ces derniers apprécieront justement cette honnêteté et cette transparence.

Version anglaise : The New Placebo Effect

 
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