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L’océan, un poumon de la planète au cœur des enjeux climatiques

juin 7, 2019 14:37, Last Updated: juillet 12, 2019 20:37
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Réchauffement, acidification, zones mortes… L’océan est une des premières victimes des émissions de CO2, mais il nous en protège aussi en l’absorbant, un rôle vital que ses défenseurs espèrent enfin voir pris en compte dans les politiques climat.

« Nous avons une vraie opportunité dans les 18 mois qui viennent de faire quelque chose pour les océans », estime Dan Laffoley, de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et pas seulement contre la pollution aux plastiques ou la surpêche, cibles régulières des campagnes de protection des mers. L’année 2019 sera ainsi marquée par la publication en septembre d’un rapport spécial du groupe d’experts de l’ONU sur le climat (Giec) consacré aux océans.

Un rapport qui « devrait être plutôt sombre », prédit Lisa Speer, de l’ONG américaine Natural Resources Defense Council, à la veille de la Journée mondiale de l’océan du 8 juin.

La hausse du niveau de la mer, variable selon les régions, a déjà été en moyenne de 20 cm au XXe siècle et il monte d’environ 3,3 mm par an, rythme qui semble s’accélérer. Le rapport du Giec de 2014 tablait sur une augmentation au pire d’un mètre d’ici la fin du siècle par rapport à 1986-2005. Mais une récente étude scientifique évoque plus d’un mètre, et ce, même si l’humanité parvient à limiter le réchauffement à +2°C, objectif minimal de l’accord de Paris.

Et les constats sont tout aussi alarmants pour d’autres marqueurs que Dan Laffoley décrit comme les « quatre cavaliers de l’Apocalypse »: le réchauffement de la surface, celui de l’océan dans son ensemble, l’accélération de l’acidification néfaste notamment pour les coraux, et les « zones mortes » où le trop faible taux d’oxygène empêche la vie marine.

« Nous, scientifiques, sommes interloqués par l’ampleur, l’intensité et la rapidité du changement », insiste-t-il. Tout ça parce que l’océan a absorbé environ 30% des émissions de CO2 générées par l’homme et plus de 90% de la chaleur supplémentaire créée par ces émissions, limitant les conséquences pour l’humanité.

« Mais il y a une limite à cela », mettait en garde récemment Peter Thomson, envoyé spécial pour le climat du secrétaire général de l’ONU, insistant sur le rôle de poumon que l’océan joue, avec les forêts. « Une respiration sur deux provient d’oxygène produit par l’océan. Alors il est temps pour nous de faire des changements radicaux », ajoutait-il.

Les défenseurs des océans espèrent que l’alerte probablement lancée par le Giec en septembre fasse prendre conscience du lien inextricable entre mer et climat. Et dans la même optique, le président chilien Sebastian Pinera voudrait que la 25e conférence de l’ONU sur le climat (COP25) que son pays présidera en décembre à Santiago « reste dans les mémoires comme la COP bleue ».

Mais comment traduire cette volonté politique dans les actes ?

Il faut que les pays « introduisent des mesures relatives à l’océan dans leurs engagements nationaux », plaide Raphaël Cuvelier, de la Fondation Prince Albert II de Monaco, en référence au fait que les signataires de l’accord de Paris doivent préparer pour 2020 une révision de leurs engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

« Travailler à la préservation et la valorisation des écosystèmes marins, c’est travailler pour le climat« , insiste-t-il.  Concrètement, ONG et scientifiques réclament l’extension rapide du réseau mondial d’aires marines protégées.  Elles « peuvent redonner la vie à certaines parties de la mer en quelques décennies et inverser la tendance. Nous pouvons contrer les changements provoqués par le réchauffement climatique », assure Callum Roberts, océanographe à l’université de York.

Certains mettent également en avant l’importance du « carbone bleu », concept désignant la capacité d’absorber le CO2 de certains écosystèmes côtiers comme les mangroves. « On y trouve des synergies importantes entre l’atténuation du changement climatique  avec le stockage de carbone et l’adaptation, vu l’importance des mangroves pour protéger contre les tempêtes et la montée des niveaux des mers, et pour la biodiversité », souligne une source diplomatique.

« C’est un potentiel gagnant-gagnant-gagnant », poursuit-elle, estimant que cela pourrait être un « axe intéressant » dans la perspective de révision des engagements des Etats.

D.C avec AFP

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