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La mobilisation massive en Chine montre que la population en a assez du contrôle communiste

décembre 1, 2022 22:38, Last Updated: décembre 2, 2022 5:16
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Une feuille blanche, voilà le dernier symbole pour défier le régime communiste.

De Pékin à Shanghai, des foules de manifestants ont brandi ce week‑end des feuilles blanches pour exprimer leurs frustrations face aux règles strictes du régime en matière de Covid, tandis que des rectangles blancs inondaient le flux de la plus grande plateforme de médias sociaux du pays, WeChat, que les censeurs s’efforçaient de supprimer.

Dans un pays dirigé par un régime connu pour son intolérance à l’égard de la dissidence, les feuilles blanches, métaphore de ce qui n’est pas dit, sont devenues un outil efficace pour les Chinois mécontents, alimentant un mouvement qui a pris une ampleur sans précédent au cours des dernières décennies.

Les habitants d’une dizaine de villes chinoises au moins sont descendus dans la rue ce week‑end pour demander la fin de la politique zéro Covid implacable du Parti communiste chinois (PCC). Près de trois ans après le début de la pandémie, des millions de personnes sont confinées chez elles et leurs activités quotidiennes sont limitées sous prétexte de stopper le virus.

Les manifestations ont été déclenchées par l’incendie fatal d’un immeuble à Urumqi, la capitale du Xinjiang. Les habitants y vivaient en confinement depuis plus de 100 jours. L’incendie du 24 novembre a fait dix morts et neuf blessés, selon les autorités, mais les groupes de défense affirment que le bilan est quatre fois plus lourd. Les vidéos de l’incendie montrent une femme désespérée appelant à l’aide et des pompiers incapables d’atteindre l’appartement. Cela a suscité la colère et des questions sur le fait que les gens de l’immeuble n’avaient pas pu sortir de chez eux ou être sauvés à temps à cause de diverses précautions liées au confinement faisant barrage, ce que les autorités se sont empressées de réfuter.

En temps normal, l’incendie aurait été traité comme un simple accident isolé, mais à l’heure actuelle, les Chinois vivent depuis trois ans déjà dans un pays malmené par des mesures extrêmes de prévention contre le Covid. Ils sont barricadés dans leurs appartements, des immeubles entiers sont scellés et soudés, ils sont emmenés dans des centres de quarantaine surchargés, vivent sans garantie de disposer des produits de première nécessité.

« Avec les mesures de confinement en vigueur, les gens sont enfermés et si un incendie se déclare… cela peut arriver à n’importe qui, alors qui n’aurait pas peur ? » a expliqué M. Wang, un habitant de Pékin, le 27 novembre à Epoch Times.

La vague de colère qui a suivi s’est rapidement propagée de la ville au reste du pays. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour pleurer les victimes en organisant des veillées et en offrant des fleurs. Sur les parcs universitaires, des étudiants ont brandi des pancartes montrant une équation mathématique appelée « équation de Friedmann », homophone de « homme libre » en anglais.

Des manifestants tiennent des feuilles blanches en guise de contestation, le 27 novembre 2022. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

« Être le témoin de l’histoire »

Certains manifestants sont allés jusqu’à réclamer un changement de régime et plus de libertés politiques.

« Xi Jinping démission ! À bas le Parti communiste ! » scandaient certains manifestants dans la métropole de Shanghai, où les souvenirs d’un confinement de plusieurs mois au début de l’année étaient encore frais. Dans un Shanghai confiné, même les classes les plus aisées avaient du mal à trouver de quoi s’alimenter, les malades et les personnes âgées mouraient de manques de soins médicaux.

« Les mensonges du gouvernement ne peuvent plus nous tromper », a déclaré M. Li, ne voulant pas donner son nom complet, à Epoch Times le 27 novembre. Il évoquait les comptes-rendus officiels sur l’incendie affirmant que « la capacité de certains résidents à se secourir eux‑mêmes était trop faible », des comptes-rendus déchargeant les autorités de toute responsabilité.

« Shanghai a été confiné pendant deux mois, et il y a beaucoup de choses auxquelles nous pouvons nous identifier. »

Dong Zhengyi, une jeune diplômée de l’université utilisant un pseudonyme lors de son entretien avec Epoch Times, a avoué avoir eu des frissons lors de la manifestation de Shanghai.

« J’avais l’impression d’être le témoin de l’histoire », a‑t‑elle déclaré.

Mouvement de commémoration pour les victime de l’incendie d’Urumqi à Pékin, le 27 novembre 2022. (Kevin Frayer/Getty Images)

Le 27 novembre, Dong Zhengyi et son compagnon se sont joints aux protestations sur la rue Urumqi. Alors qu’elle avait autrefois confiance dans le fait que le régime dirigeait la Chine pour le mieux, elle a été choquée en voyant des dizaines de policiers battre et arrêter les manifestants.

« Ce n’est pas ainsi qu’on résout les problèmes », a‑t‑elle affirmé, assurée que cela n’entamerait pas la détermination des manifestants à se faire entendre.

Cette nuit‑là, la police de Shanghai a également détenu un correspondant de la BBC pendant quelques heures après l’avoir frappé à coups de pied et menotté. Cet épisode a conduit le gouvernement britannique à convoquer l’ambassadeur chinois le 29 novembre.

« Une rébellion »

Selon Miles Yu, conseiller principal en matière de politique chinoise sous l’administration Trump, les manifestations généralisées ne sont pas une simple réaction à la tragédie du Xinjiang, mais une prise de conscience globale sur la nature du régime.

« Face au Parti communiste chinois autoritaire, les Chinois avaient l’habitude de penser que s’ils ne pouvaient pas se permettre de les provoquer, au moins ils restaient à l’écart », a‑t‑il expliqué à Epoch Times. « Mais les politiques zéro Covid… ont transformé le pays tout entier en une prison géante. »

Pour ceux qui n’ont pas suivi de près l’évolution de la situation en Chine, l’éclatement des manifestations pourrait être une surprise, mais pas pour Miles Yu.

Il a rappelé les protestations sporadiques des travailleurs migrants dans le passé. Mais contrairement à ces épisodes de révolte, le zéro Covid du régime touche tous les Chinois, y compris la vaste classe moyenne du pays, les propriétaires étant enfermés dans leurs logements pendant de très longues périodes.

« Le Parti communiste chinois est fondamentalement dans la confrontation avec le peuple chinois. »

Arrestation d’un manifestant dans une rue de Shanghai, le 27 novembre 2022. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

Rejoignant le point de vue de Miles Yu, Benedict Rogers, défenseur britannique des droits de l’homme, a conclu que les manifestations représentent un défi pour le régime.

« Je pense qu’il s’agit d’une frustration qui a atteint un niveau critique du fait des confinements Covid draconiens, mais aussi d’une rébellion contre la répression très sévère et le niveau de surveillance qui s’est développé sous Xi Jinping au cours de la dernière décennie », a expliqué Benedict Rogers dans l’émission American Thought Leaders d’EpochTV le 28 novembre.

Selon Benedict Rogers, le PCC a conclu un accord tacite avec le peuple chinois : en échange d’une limitation sévère des libertés politiques et religieuses, le Parti devait présider une ère de prospérité économique, augmentant le niveau de vie de la population.

Mais avec l’insistance du régime chinois pour maintenir sa politique zéro Covid, qui a dévasté l’économie du pays, cet accord ne tient plus.

« On voit que le peuple chinois comprend de plus en plus que Xi Jinping a rompu ce pacte parce qu’il ne mène plus de politiques économiques soutenant l’entreprise privée. Il revient à un régime beaucoup plus idéologique. »

Manifestation contre les mesures strictes de la Chine concernant la politique du zéro Covid, à Pékin, le 28 novembre 2022. (Kevin Frayer/Getty Images)

Répression des autorités

Depuis ce déferlement de colère, certaines villes chinoises ont partiellement assoupli leurs mesures contre le Covid, mais les autorités centrales n’ont rien annoncé au niveau national.

Lors d’un point presse le 28 novembre, le porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a répondu par une longue pause lorsqu’un journaliste lui a demandé si la Chine envisageait d’annuler la stratégie zéro Covid en réaction aux protestations.

Il a baissé les yeux pendant plus d’une minute, feuilletant ses notes et demandant au journaliste de répéter la question. En répondant, Zhao Lijian s’est exprimé avec moins d’assurance qu’à son habitude, marquant plusieurs pauses avant d’affirmer que les propos du journaliste « ne reflètent pas ce qui s’est réellement passé ».

« La Chine a toujours procédé à des ajustements de ses consignes globales zéro Covid dynamiques et des réalités sur le terrain », a‑t‑il répondu, ajoutant que la « lutte contre le Covid sera couronnée de succès ».

Cet échange n’a pas été inclus dans la transcription de la conférence de presse sur le site Web du ministère.

On craint de plus en plus que le régime n’utilise sa tactique bien connue de recours à la violence et à l’intimidation pour réprimer les manifestations. Certains signes indiquent déjà que l’appareil de surveillance omniprésent du Parti est entré en action pour suivre et identifier ceux qui ont participé aux manifestations.

Les 28 et 29 novembre, la police était présente en grand nombre dans les grandes villes pour décourager les manifestants de se réunir. Près des sites de protestation à Shanghai, des barricades bleues ont été érigées pour empêcher les rassemblements, tandis que la police aux entrées du métro et sur les voies de circulation empêchait les passants de regarder leurs téléphones.

Rue Wulumuqi à Shanghai le 28 novembre 2022 (Matthew WALSH / AFPTV/AFP) (Photo de MATTHEW WALSH/AFPTV/AFP via Getty Images)

À Pékin et ailleurs, des rapports indiquent que des manifestants ont reçu des appels de la police leur demandant où ils se trouvaient pendant le week‑end. Une avocate chinoise a déclaré au Wall Street Journal qu’elle soupçonnait la police d’avoir utilisé les données des téléphones portables des manifestants, notamment celles recueillies par l’application obligatoire de traçage Covid, afin de vérifier leur identité.

Pour le Parti, la politique stricte en matière de virus a été élevée au rang d’emblème censé démontrer la supériorité du socialisme chinois sur l’Occident – il n’y a donc pas de retour en arrière possible, selon Miles Yu.

Il estime que le régime chinois « ne peut pas admettre ses erreurs. Même s’il a atteint une impasse et que le chemin s’arrête, il continuera à avancer quitte à se heurter au mur. »

Jenny Li, Gu Xiaohua et Li Xin’an ont contribué à cet article.

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