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Paix en Colombie: 10 à 15 ans pour que l’accord Farc soit effectif, selon le représentant de l’ONU

novembre 28, 2019 6:56, Last Updated: novembre 28, 2019 11:29
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A l’occasion du troisième anniversaire de l’accord de paix avec les Farc, Carlos Ruiz, représentant de l’ONU en Colombie, prévoit « 10 à 15 ans » pour que ce pacte historique avec la plus ancienne guérilla des Amériques soit appliqué dans sans totalité.

« Sortir d’un conflit aussi long  prendra de nombreuses années », a souligné le représentant spécial du secrétaire général et chef de la Mission de vérification de l’ONU en Colombie, qui peine à sortir d’une guerre interne de plus d’un demi-siècle.

Lors d’un entretien avec l’AFP, il s’est dit « convaincu que tant les Colombiens que les institutions souhaitent la paix complète » et la fin d’un conflit, qui a vu s’affronter guérillas, forces de l’ordre et paramilitaires, sur fond de narco-trafic.

Au nom de l’ONU, le diplomate mexicain Carlos Ruiz a réitéré l’« appel à l’application intégrale de l’accord » avec la guérilla des Farc, signé le 24 novembre 2016 et voté au parlement le 1er décembre suivant.

Le président de droite Ivan Duque, au pouvoir depuis août 2018, a tenté de modifier ce texte selon lui trop laxiste envers les ex-guérilleros. Mais les partisans de l’accord avec les Farc, nées en 1964, lui reprochent de ralentir son application.

Principaux extraits de cet entretien:

C’est un bilan positif, mais avec encore de nombreux défis, de nombreux points que nous espérons voir avancer avec plus de rapidité.

Un processus d’élimination des armes très réussi

Le bilan est positif pour les milliers de vies épargnées,  un processus d’élimination des armes très réussi , les bons résultats de la réinsertion des Farc comme parti politique. Il y a eu des progrès importants, par exemple au niveau de réinsertion économique et sociale (des ex-guérilleros).

Il reste bien sûr des sujets de préoccupation.  Mais les accords de paix sont toujours un processus à long terme, de longue haleine.

Le point principal c’est l’application intégrale de l’accord.  Il faut continuer,  augmenter les projets en impliquant d’avantage d’anciens combattants, au niveau économique et social. Il faut amplifier les mesures de sécurité pour les protéger.

Nous parlons de 35 projets collectifs approuvés, qui concernent un peu plus de 2.000 ex-combattants sur 13.000 répertoriés (ex-combattants et miliciens civils). Cela signifie qu’il reste beaucoup à faire: assurer la viabilité des projets, l’accès aux marchés,  garantir que la réinsertion soit solide et viable pour eux et leurs familles.

-Ex-commandant des guérillas et membre actuel du parti politique qui utilise l’acronyme FARC mais opère sous le nom Alternative Revolutionary Force, Pastor Alape, lors d’une conférence de presse parle du meurtre d’Alexander Parra, ex-combattant des Farc, assassiné jeudi dernier. Photo de RAUL ARBOLEDA / AFP via Getty Images.

Des défis importants, 168 assassinats en 2019

Il y a des défis importants en termes de sécurité,  avec 160 assassinats d’ex-combattants,  la mort de leaders communautaires, de défenseurs des droits humains: 168 en 2019 et plusieurs centaines depuis la signature de l’accord.

Nous espérons,  une mise en oeuvre intégrale de l’accord parce qu’en fin de compte, tous ses points sont liés, interconnectés.

Il faut qu’il y ait des avancées sur tous les points afin d’obtenir les résultats escomptés.

Au total, 1.500 personnes n’ont pas répondu au recensement,  ou se sont mises en marge du processus.

Un grave problème de stigmatisation

Certains mènent leur vie de manière individuelle, ont un emploi  et ne veulent pas être identifiés (comme ex-Farc) parce qu’il y a encore un grave problème de stigmatisation.

Mis à part le groupe de 25 à 30 qui a annoncé son réarmement (en septembre), il n’y a pas de flux important de départs d’ex-combattants.

-L’exemple français détenu par les Farcs, Ingrid Betancourt, otage libérée de la Colombie, descend de l’avion à l’aéroport militaire de Vélizy-Villacoublay, dans l’ouest de Paris, le 4 juillet 2008. La politicienne franco-colombienne Ingrid Betancourt a été arrachée à des rebelles marxistes les FARC 2008, par des soldats colombiens après six ans de captivité. Photo GERARD CERLES / AFP via Getty Images.

Plus de 90% sont encore dans le processus, ce qui oblige l’Etat, les Farc, la communauté internationale, les Nations unies à continuer à travailler  pour qu’ils restent engagés dans le processus.

 Un projet sur 10 à 15 ans

Le programme de substitution volontaire de cultures (de marijuana ou coca, matière première de la cocaïne) a de nombreux mérites et pour cela, il est inclus dans l’accord.

C’est un programme complexe, mais très important. Il doit être accompagné de développement rural, d’infrastructures, d’accès aux marchés. Nous avons l’espoir qu’il serve à résoudre ou à améliorer la situation.

Les Colombiens comme les institutions désirent la paix. Mais en ce qui concerne l’accord avec les Farc, c’est un projet sur 10 à 15 ans et je ne peux m’aventurer à dire quand sa consolidation sera complète.

Sortir d’un conflit aussi long  prendra des années.

J’ignore si cela prendra une génération, si ce sera pour cette génération. Mais oui, je suis sûr que cela arrivera.

 

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