ÉTATS-UNIS

Procès Roundup aux États-Unis: la responsabilité de Monsanto au centre des débats

mars 20, 2019 22:30, Last Updated: novembre 13, 2019 21:22
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« La question n’est pas de savoir si vous aimez Monsanto ou pas« , a exhorté l’avocat du groupe mercredi devant le jury d’un tribunal américain, chargé de déterminer si le géant agro-chimique a volontairement caché la dangerosité du désherbant Roundup.

Mardi, ce même jury a estimé que le célèbre et controversé produit au glyphosate avait bien contribué au cancer d’un septuagénaire américain, qui a vaporisé du Roundup sur sa propriété pendant plus de 25 ans. C’est la deuxième fois en quelques mois qu’un jury américain juge ce produit cancérigène.

Cette décision, qui a fait plonger en Bourse l’action Bayer (nouveau propriétaire de Monsanto), a ouvert la deuxième phase de ce procès organisé à San Francisco. Désormais, les jurés doivent répondre à deux questions, a expliqué le juge Vince Chhabria mercredi: « est-ce que Monsanto est responsable de l’affection d’Edwin Hardeman ? » et si oui, quels sont les dommages et intérêts qu’il devrait payer ?

Autrement dit, Monsanto avait-il connaissance de risques qu’il aurait cachés ? Aurait-il dû placer sur les bidons de Roundup un avertissement sur de possibles risques pour la santé ?

« Ce n’est pas un concours de popularité« , a insisté l’avocat de Monsanto Brian Stekloff, demandant ainsi aux jurés de faire abstraction de la réputation écornée du groupe, répétant qu' »il avait agi de façon responsable » en multipliant études et tests sur le Roundup et sur le glyphosate, son principe actif.

Les études, y compris venant de « scientifiques indépendants« , ont prouvé que le Roundup comme le glyphosate étaient inoffensifs, a ajouté l’avocat, rappelant que l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avait conclu à l’innocuité du glyphosate, sans « jamais » exiger un retrait du Roundup ni même l’apposition d’un avertissement sur l’étiquette.

Selon lui, aucune étude, aucun régulateur dans le monde n’a conclu à la dangerosité du glyphosate ou du Roundup entre sa mise sur le marché au milieu des années 70 et 2012, date à laquelle le plaignant a cessé de s’en servir. Mais pour les avocats du plaignant, Monsanto a au contraire sciemment caché le caractère cancérigène du Roundup.

« Monsanto a influencé et manipulé la science » en dissimulant certains résultats aux régulateurs ou en payant des scientifiques pour qu’ils signent des articles en fait directement rédigés par le groupe, a expliqué Me Aimee Wagstaff, l’une des avocates du plaignant.

Le feu vert de l’EPA « est basé sur une seule étude« , qui est « invalide » scientifiquement et qui n’a jamais été refaite, a aussi assuré Me Wagstaff. « L’EPA ne fait aucun test elle-même (…), elle se fonde uniquement sur des informations fournies par l’entreprise« , a continué l’avocate.

Si son client avait vu « un avertissement sur l’étiquette » du Roundup, « il ne l’aurait jamais utilisé« , a-t-elle continué. « Le cancer a touché tous les aspect de sa vie […] et il se réveille tous les matins en se demandant si la grosseur (dans sa gorge) est de retour« , a encore dit Aimee Wagstaff, évoquant le « stress et l’anxiété » subis par le plaignant, diagnostiqué en 2015 et qui a attaqué Monsanto l’année suivante. Sa maladie est actuellement en rémission.

S’il est reconnu responsable, Bayer risque de devoir payer de gros dommages et intérêts, destinés à « compenser » le préjudice subi par le plaignant mais aussi à le « punir« , selon les termes juridiques américains.

Aimee Wagstaff a d’ailleurs rappelé au jury que Monsanto venait d’être racheté par l’allemand Bayer pour 63 milliards de dollars, laissant ainsi entendre que la firme avait largement les moyens de payer.

Bayer fait face à quelque 11.200 procédures similaires rien qu’aux Etats-Unis. Lors d’un premier procès en août, il avait été condamné à verser 289 millions de dollars à un jardinier malade d’un cancer en phase terminale, une somme ensuite réduite par une juge à 78,5 millions de dollars.

Bayer a fait appel du jugement.

Le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé en 2015 le glyphosate comme « cancérigène probable« , mais pas les agences européennes Efsa (sécurité des aliments) et Echa (produits chimiques).

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