Regain de tensions entre Ankara et Chypre sur le gaz au large de l’île

Par afp
21 juillet 2019 11:36 Mis à jour: 21 juillet 2019 11:46

Les relations entre Chypre et la Turquie, houleuses depuis plus de 40 ans sur la question de l’île méditerranéenne divisée, connaissent un regain de tensions autour du gaz offshore après la décision d’Ankara de mener ses propres explorations.

La découverte ces dernières années de gigantesques gisements gaziers en Méditerranée orientale a aiguisé l’appétit de Chypre, membre de l’Union européenne (UE), qui rêve de devenir un acteur énergétique majeur. Les autorités chypriotes ont signé ces dernières années des contrats d’exploration avec des géants des hydrocarbures comme Eni, Total et l’américain ExxonMobil.

La Turquie ignore le vote de sanctions de l’UE

Mais la Turquie, dont l’armée occupe le tiers nord de l’île, s’oppose à toute exploration et exploitation de ces ressources qui excluraient cette partie de Chypre, où vivent les Chypriotes-turcs.  Ces derniers mois, elle a envoyé trois navires de forage au large de Chypre malgré des avertissements de l’UE et Washington, et mardi elle a promis de renforcer ses activités de forage malgré le vote de sanctions par l’UE pour la dissuader de se livrer à ces actes « illégaux » dans la Zone économique exclusive chypriote.

« C’est un jeu  où personne n’est prêt à céder », estime Hubert Faustmann, professeur d’Histoire et de Sciences politiques à l’Université de Nicosie. Ankara « continuera de forer, ils pourraient même décider de forer dans des blocs pour lesquels le gouvernement chypriote a accordé une licence » aux compagnies européennes et américaines, explique-t-il à l’AFP.

 Chypre n’exerce son autorité que sur les deux tiers sud de l’île

Chypre est divisée en deux depuis l’invasion du tiers nord de l’île par l’armée turque en 1974 après un coup d’Etat visant à rattacher l’île à la Grèce et qui inquiétait la minorité chypriote-turque. La République de Chypre n’exerce son autorité que sur les deux tiers sud de l’île, habitée par les Chypriotes-grecs. Le tiers nord est administré par l’autoproclamée République turque de Chypre du Nord (RTCN), non reconnue par la communauté internationale.

Réagissant aux dernières opérations de forage par la Turquie, l’UE, qui cherche une alternative à la Russie comme fournisseur de gaz, a pris des sanctions le 8 juillet, dont une coupe de 145,8 millions d’euros dans les fonds européens dont devait bénéficier la Turquie en 2020. Ankara affirme pour sa part ne pas être tenue par les accords de délimitation maritime entre le gouvernement chypriote et d’autres pays riverains de la Méditerranée, et fait valoir ses droits sur son propre plateau continental.

« La Turquie ne reculera pas. Les sanctions de l’UE sont légères, non douloureuses, et la Turquie sait qu’il n’y a aucune volonté de confrontation », juge M. Faustmann. Ankara « ne fera pas machine arrière à moins que l’UE et les Etats-Unis appliquent de lourdes sanctions fragilisant son économie », estime aussi Charles Ellinas, actif dans l’industrie des hydrocarbures à Chypre et expert au centre de réflexion Atlantic Council.

Les tensions compliquent les travaux de forage 

« Mais je ne pense pas que cela arrive. L’Otan, le commerce et (la question des) réfugiés sont trop importants pour eux ». Les tensions compliquent les travaux de forage des compagnies étrangères. En février 2018, un navire affrété par Eni pour effectuer des forages avait dû rebrousser chemin après avoir été bloqué par des navires de guerre turcs.

« L’intérêt pour ces opérations (de forage) est bien là, même si les tensions avec la Turquie n’aident pas. Si elles s’estompent, il y aura beaucoup d’intérêt, parce qu’il y a le soutien des marchés et de l’UE », note Cyril Widdershoven, analyste du secteur énergétique et fondateur du cabinet de consultants Verocy.

Mardi, Chypre a jugé « inacceptable » une proposition chypriote-turque de partage des revenus énergétiques. Nicosie estime qu’une gestion conjointe ne sera possible qu’une fois un accord de paix trouvé, assurant que les Chypriotes-turcs auront leur part.

Chypre rêve d’engranger de gros profits grâce au gaz

Mais « la Turquie poursuivra son agression jusqu’à ce que Chypre accepte de mettre les hydrocarbures sur la table des négociations », estime M. Ellinas. Actuellement, les discussions de paix sont au point mort. En attendant, Chypre rêve d’engranger de gros profits grâce au gaz. En juin, les autorités ont indiqué espérer des recettes estimées à 8,2 milliards d’euros sur 18 ans de l’exploitation du champ gazier d’Aphrodite, selon un contrat avec l’anglo-néerlandais Shell, l’américain Noble et l’israélien Delek.

L’ensemble des profits pour Chypre pourrait atteindre 15 milliards d’euros sur vingt ans, avance M. Ellinas, « mais d’abord, il faut garantir les ventes et c’est un défi dans un marché qui se dirige inexorablement vers les énergies propres ». Pour M. Faustmann, Chypre doit trouver plus de gaz pour que l’extraction soit viable sur le plan commercial: « A moins qu’il n’y ait une grande découverte, ce pourrait être beaucoup de bruit pour rien. Il n’y a pas assez de gaz extractible pour l’instant ».

 

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