Les sécheresses extrêmes amplifient les craintes concernant la sécurité alimentaire

Par Epoch times
27 août 2022 22:15 Mis à jour: 28 août 2022 08:29

Les experts du monde entier préviennent que les prix des denrées alimentaires vont continuer à grimper et conseillent aux consommateurs de se préparer à la possibilité de voir des rayons vides. Cette situation est due au lourd tribut que les conditions de sécheresse extrême font payer à l’agriculture dans 18 pays, tous d’importants producteurs alimentaires.

Quarante-deux États américains connaissent un temps sec modéré à sévère. De plus, les températures estivales record couplées à une sécheresse prolongée dans la plupart des pays d’Europe, au Royaume-Uni, en Chine, en Inde, dans certaines régions d’Amérique latine et dans les pays de la Corne de l’Afrique ont amplifié une instabilité croissante au sein de la chaîne d’approvisionnement.

« Cela aura un impact négatif sur la production des principales céréales de base dans ces régions, ce qui entraînera probablement une augmentation des prix des denrées alimentaires et aura un impact négatif sur la sécurité alimentaire », explique Richard Seager, climatologue à l’université de Columbia, à Epoch Times.

Et les prévisions de récolte pour 2022 s’annoncent déjà sombres.

« Nous constatons déjà de fortes hausses de prix dues à des récoltes inférieures aux derniers rendements d’août du département américain de l’Agriculture [USDA] », fait remarquer Terry Reilly, analyste principal des matières premières pour OTC Global Holdings, à Epoch Times.

Il explique que la prochaine vague de hausses des prix – annoncée dans les rapports du 22 août du Pro Farmer Crop Tour et de l’USDA – sera renforcée par la dégradation inattendue des conditions de culture du maïs et du soja.

Toutefois, M. Reilly ajoute que « la hausse n’est probablement pas terminée tant que le maïs et le soja ne seront pas sortis de terre ».

Lors d’une enquête menée en juin dans 15 États de la ceinture agricole américaine, 74% des producteurs ont déclaré que les rendements avaient diminué.

Ceux qui ont signalé des baisses de rendement dues à des conditions de sécheresse prolongée atteignaient les 37% cette année, contre 24% en 2021.

Les coûts locaux des aliments pour animaux ont également augmenté de 90%. Cette hausse est liée à la sécheresse qu’ont connue les agriculteurs et les éleveurs.

Vaches sous un arbre dans la chaleur de l’après-midi, dans un contexte de sécheresse persistante, le 26 août 2022 près d’Exeter, en Californie. La Californie connaît une troisième année consécutive de sécheresse dans l’Ouest. (Photo de Mario Tama/Getty Images)

À cela s’ajoute la réduction prévue des rendements en Europe, en Chine et en Amérique latine.

La France s’attend à ce que la récolte de maïs soit inférieure de 20% à celle de 2021 en raison d’un temps chaud et sec record.

La Roumanie est actuellement touchée par une sécheresse prolongée sur plus de 75% de son territoire. En conséquence, ses récoltes de céréales vont diminuer d’environ 30 millions de tonnes.

En Italie, les agriculteurs prévoient une « nette réduction » du rendement agricole, selon un rapport. Cela aura un impact sur l’huile d’olive, le riz à risotto et les pâtes. Il y aura donc d’inévitables répercussions sur les prix.

Un porte-parole de Filippo Berio Olive Oils a déclaré pour la revue spécialisée The Grocer : « À moins qu’il ne pleuve très bientôt, la récolte d’olives sera considérablement réduite. »

Des pénuries de fruits comme les abricots, les pêches et les poires sont également attendues.

Parallèlement, des conditions excessivement arides menacent près de la moitié de la production mondiale de soja dans les pays du Cône Sud [zone la plus australe de l’Amérique du Sud].

L’année dernière, l’USDA anticipait que la récolte de soja de 2021-2022 du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay établirait un record.

Cependant, la sécheresse a renversé ces prévisions en mars de cette année.

On s’attend maintenant à un déficit de plus de 18 millions de tonnes. La production de soja du Brésil a diminué de 7%, celle de l’Argentine de 9% et celle du Paraguay de 37% par rapport à 2021.

Des plants de soja transgénique à 500 km au nord-ouest de Buenos Aires, en Argentine, le  10 avril. Ces plants de soja, de maïs et de blé transgéniques résistant à la sécheresse et à la salinité ont été créés par une équipe dirigée par le Dr Raquel Chan. (Juan Mabromata/AFP/Getty Images)

Mais les produits de base touchés par la sécheresse ne se limitent pas aux fruits et aux céréales. En tant que premier producteur mondial de café, les plantations brésiliennes de la région de Minas Gerais ont eu une récolte de café décevante en mai-juin cette année.

« La récolte de cette année est très mauvaise, très faible, une des pires récoltes de ces dernières années », déplore le directeur commercial de Cooxupe – la plus grande coopérative et exportatrice de café du Brésil – lors d’un événement à Guaruja.

En Chine, plusieurs provinces sont confrontées à l’effet conjugué de la sécheresse et de la vague de chaleur la plus longue depuis 1961. Les autorités de Pékin ont déclaré l’état d’urgence national en matière de sécheresse le 19 août. En outre, le fleuve Yangtze asséché a déjà commencé à avoir un impact sur l’industrie du transport maritime du pays.

Le ministre chinois de l’Agriculture, Tang Renjian, a déclaré au Global Times que des mesures d’urgence étaient prises pour « assurer la récolte de céréales de l’automne ». Une des méthodes que les autorités prévoient d’employer est la technique controversée de l’ensemencement des nuages, dans le but de générer davantage de précipitations.

L’Inde, autre grand producteur agricole, a connu cette année le mois de juillet le plus sec jamais enregistré dans les régions du nord et du nord-est pendant la mousson.

Après quatre années de précipitations inférieures à la moyenne la production agricole des pays de la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya et Somalie) est au plus bas.

Selon Richard Seager, les pays dépendants des importations de denrées alimentaires en provenance des pays touchés par la sècheresse payeront un lourd tribut. D’autres sont trop pauvres pour faire face à la hausse des prix et ils connaîtront également des temps difficiles.

« En ce qui concerne la sécurité alimentaire mondiale, la situation est très préoccupante », ajoute-t-il.

Hausse des prix pour certains, famine pour d’autres

« Avec les vagues de chaleur dans le centre des États-Unis, les gens ne comprennent pas encore ce que cela signifie en termes de rendement du maïs », indique Doreen Stabinsky, professeur de politique environnementale mondiale, à Epoch Times.

Mais selon elle, on ne peut pas régler le problème sans s’attaquer d’abord aux politiques qui l’entourent.

« La France brûle, la Chine brûle, les déserts [américains] du sud-ouest brûlent. Cela devrait inciter les dirigeants mondiaux à dire : ‘Vous savez quoi, nous n’en faisons pas assez et nous devons en faire plus' », estime Mme Stabinsky.

Le propriétaire du ranch Kyle Foster inspecte l’herbe à foin fanée qui devait nourrir son bétail le 10 août 2022. M. Foster a déclaré que la sécheresse extrême menace de tuer la plupart de ses champs de foin, à moins que la nature ne lui apporte bientôt la pluie dont il a tant besoin. (Allan Stein/Epoch Times)

Pour l’instant, les gens peuvent s’attendre à une hausse des prix des produits alimentaires, à des pénuries et, dans certains endroits, à une véritable famine.

M. Reilly indique qu’en matière d’inflation, l’Union européenne et le maïs de la Chine seront probablement les plus touchés, mais il note que « tous les prix agricoles ont été affectés ».

Toutefois, dans des endroits comme l’Afrique, les conséquences de la sécheresse s’avèrent désastreuses.

Plus de 18 millions de personnes risquent de mourir de faim en raison du manque de récoltes dans les pays de la Corne de l’Afrique. De nouvelles pénuries dans les livraisons de céréales en provenance d’Europe et de Chine aggraveront encore une situation déjà pénible.

« Il y a la sécheresse et l’eau, mais il y a aussi la chaleur extrême, et tous ces facteurs se conjuguent pour réduire le rendement des cultures. Nous avons en quelque sorte un système agricole mondial », ajoute Mme Stabinsky.

Et le moment ne pourrait pas être plus mal choisi.

Le rétablissement de la chaîne d’approvisionnement après le conflit russe en Ukraine a été lent, mais la réduction des rendements des récoltes due à la sécheresse généralisée de cette année entraîne des milliards  de pertes agricoles, en plus de faire grimper les prix du panier alimentaire.

Rien qu’aux États-Unis, les prix des produits alimentaires ont grimpé de plus de 13% au cours des 12 derniers mois. Il s’agit de la plus forte augmentation annuelle depuis 1979, selon le Bureau of Labor Statistics.

Selon Doreen Stabinsky : « C’est une mauvaise année [pour l’agriculture] et nous aurons d’autres mauvaises années, plus fréquentes, en termes de chaleur, de sécheresse et d’incendie. »

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