Est-ce que Trump peut changer la Chine avec sa politique commerciale ?

La nouvelle politique commerciale musclée de Donald Trump pourra-t-elle briser les rêves du régime chinois de remplacer les États-Unis et de dominer le monde ?

C’est bien possible.

Ceux qui pensent que Trump n’a pas de perspective stratégique ou que le XXIe siècle appartient à la Chine pourraient bien devoir reconsidérer leur jugement. Les politiques de Trump pourraient aller au-delà de la préservation des emplois dans le secteur manufacturier américain. Bien au-delà.

Tout d’abord, les négociations commerciales de Trump démentent l’ancienne opinion stéréotype de l’inévitabilité de la suprématie de la Chine et révèlent sa véritable fragilité économique – une fragilité qui ne commence qu’à se manifester. Le PIB de la Chine, dont elle s’est tellement vantée, est en baisse – selon certaines estimations, il ne se situerait plus entre les 6 à 7 % habituellement attendus, mais à environ 4 %. En tenant compte de la fausseté inhérente de la comptabilité du Parti communiste chinois (PCC), même un taux de 4 % pourrait surestimer la réalité.

De plus, si Donald Trump parvient à ses fins, les tarifs douaniers américains ne seront pas le seul obstacle commercial auquel la Chine sera confrontée.

De toute façon, la réaction du dirigeant chinois Xi Jinping aux tarifs douaniers de Trump est bien révélatrice. Plutôt que de réfléchir au moyen de rendre les produits chinois plus compétitifs, la principale préoccupation de Xi, comme il l’a récemment déclaré aux dirigeants du Parti, est de préserver le « contrôle » sur la Chine. C’est bien triste, mais c’est compréhensible : Xi Jinping se trouve dans une situation très difficile et précaire.

D’une part, s’il libérait le véritable pouvoir de son peuple en permettant une libre circulation de l’information, des idées et la liberté de l’activité économique, l’économie chinoise connaîtrait certainement une croissance rapide et beaucoup plus efficace. Cependant, il faudrait pour cela que le Parti communiste abandonne le contrôle qu’il exerce sur l’économie, ce qui diminuerait son pouvoir et sa légitimité.

Une telle situation rendrait probablement inutile et même réactionnaire le rôle du Parti et de Xi Jinping en tant qu’empereur (ce qu’il est vraiment). Il serait difficile, voire impossible, pour le PCC de contrôler ces forces libérées – on n’a qu’à se souvenir de ce qui s’est passé Place Tiananmen en 1989.

En effet, depuis bien longtemps, le maintien du contrôle sur la population est la préoccupation majeure du Parti. Depuis 2011, les dépenses de la sécurité intérieure dépassent l’ensemble des budgets de la défense extérieure de la Chine et elles continuent à augmenter. En utilisant le style des tweets de Trump, les conséquences d’une instabilité interne sont ÉNORMES pour le PCC.

D’autre part, la décision de Xi Jinping de doubler le contrôle exercé par le Parti sur l’économie en transformant les entreprises privées les plus prospères en entreprises d’État (assure la loyauté des membres du Parti qui en bénéficient et confisque en même temps le pouvoir à la classe commerciale) ainsi que la décision de stimuler davantage les projets d’infrastructure non rentables ont la même odeur nauséabonde que les mesures qui ont amené aux échecs du passé.

Le vol des entreprises prospères par le PCC a privé le pays des milliards de dollars en valeurs économiques, alors que les membres du Parti transféraient leurs profits hors de la Chine dans les banques et l’immobilier en Occident. La construction de centaines de villes fantômes et de ponts qui ne mènent nulle part n’a pas eu l’impact économique qu’elle aurait pu avoir à long terme. Non seulement ces pratiques ne constituent pas des solutions, mais elles pourraient bien déclencher une opposition de la population, entraînant ainsi l’instabilité que Xi Jinping a bien raison de craindre.

En réalité, la réaction de Xi à la politique de Trump révèle qu’il reconnaît l’existence d’un défi encore plus important lancé à la Chine par les États-Unis. Le leader chinois sait – et il le craint – que les politiques de Trump ne se limitent pas simplement aux tarifs douaniers temporaires imposés sur les produits chinois, mais que c’est potentiellement le début d’un changement plus profond de la politique américaine à long terme.

La stratégie de Trump pourrait inclure non seulement un désengagement commercial américain plus large à l’égard de la Chine, ce qui fermerait le marché des États-Unis aux exportations chinoises, mais également un plan stratégique à long terme visant à isoler la Chine de tous les principaux marchés occidentaux.

Bien entendu, à la suite des tarifs douaniers américains, la Chine cherche à maintenir et, si possible, à accroître ses échanges commerciaux avec l’Union européenne. Mais cela peut être une affaire plus problématique qu’il n’y paraît. On n’a qu’à se rappeler que les dispositions du nouvel accord tripartite de libre-échange initié et conclu par Trump entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC) stipulent que la conclusion par l’un de ces pays d’un accord de libre-échange avec un État « n’ayant pas le statut d’économie de marché » (l’administration Trump s’oppose à l’obtention de ce statut par la Chine à l’OMC) donnera aux deux autres pays membres le droit de se retirer et de mettre fin à l’AEUMC. Le président américain cherche à obtenir les mêmes conditions dans les négociations commerciales des États-Unis avec le Royaume-Uni, l’Union européenne et le Japon.

Forcer à faire un choix

Contrairement aux statistiques bidon du PIB chinois, il ne serait pas exagéré de dire que Trump tente de restructurer fondamentalement l’alignement économique – et donc stratégique – du monde en forçant les grandes économies occidentales à choisir entre les échanges commerciaux avec la Chine et les États-Unis.

Une telle stratégie a du sens à plusieurs niveaux.

En fait, pourquoi les pays développés devraient-ils permettre que leur technologie, leur propriété intellectuelle, leur base manufacturière et leurs emplois soient usurpés par un pays qui gagne des avantages par le vol, la tromperie, la persécution et une main-d’œuvre sous-payée, voire gratuite dans le cas des produits fabriqués par les « esclaves » des camps de travaux forcés ? Pourquoi devraient-ils le faire alors qu’on leur refuse en grande partie l’accès à l’énorme marché chinois ?

Les effets des pratiques mercantilistes de la Chine ont été depuis longtemps ressentis par les partenaires commerciaux occidentaux : diminution des parts de marché, baisse de la capacité de fabrication, taux de chômage élevés et perte d’influence dans le monde. Est-ce bien un commerce ouvert ou équitable ?

En outre, pourquoi ces mêmes pays, en particulier les États-Unis et le Japon, devraient-ils en même temps faire face à la menace militaire de la Chine ?

À l’avenir, lequel de ces pays – sans parler des pays voisins de la Chine et de ceux qui sont soumis à ses politiques néocoloniales en Afrique et en Amérique du Sud – aimerait voir un monde dominé économiquement et militairement par une Chine agressive ?

Cela pourrait être la raison de la guerre commerciale menée par Trump avec la Chine.

Jusqu’au début des années 2000 – les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Europe continentale et le Japon ont, pendant des décennies, obtenu de bons résultats grâce aux accords commerciaux mutuels conclus sans la participation de la Chine. Du point de vue de Trump, ces pays pourront le refaire et en profiter davantage et, en outre, il se rend compte que la Chine n’est pas le seul pays qui peut jouer le jeu du « refus de l’accès au marché ».

Donald Trump peut aussi penser qu’une pression économique accrue transformera les préoccupations bien réelles de la Chine dans le domaine de la sécurité intérieure en une vraie crise de grande ampleur. Après tout, en absence d’une très bonne performance économique, le PCC perdra toute légitimité aux yeux des 1,6 milliard de Chinois. Les décideurs politiques américains peuvent parier que Xi Jinping et le PCC ne sont pas préparés à l’ampleur, à la rapidité et à la profondeur du défi lancé par Trump.

Si les négociations commerciales des États-Unis avec le Royaume-Uni, l’Union européenne et le Japon aboutissent et si les échanges commerciaux de la Chine avec l’Occident sont considérablement réduits, les conséquences à court terme d’un tel changement stratégique seraient désastreuses pour l’économie chinoise, sans parler du prestige et de la légitimité de Xi Jinping et du PCC. Xi Jinping devrait faire face à la perte d’accès au marché d’une grande partie de l’Occident (y compris le Japon). La stabilité interne pourrait se transformer en une véritable rébellion dans certaines régions, obligeant Xi à se concentrer sur le contrôle de sa population devenue beaucoup moins obéissante. L’économie chinoise et le PCC risquent de s’effondrer sous le poids de la corruption, de la dette et de l’inefficacité.

Une telle situation pourrait bien être l’objectif à long terme de la politique de Trump. Isolé et laissé à lui-même, le PCC aurait beaucoup à faire pour préserver le contrôle sur son peuple. En fait, l’objectif ultime de la politique de Trump pourrait être le déclenchement de l’effondrement du PCC et de la transformation de la Chine sous sa forme actuelle.

Le président américain pense peut-être qu’il peut renverser les rôles et « s’ingérer » dans les affaires intérieures de la Chine. Son jeu à long terme consiste peut-être à servir de catalyseur à l’émergence d’une révolution pro-libérale et pro-occidentale en Chine – une révolution qui brisera les chaînes d’un système politique corrompu et inhumain en le remplaçant par un système pacifique qui ne menacera plus de détruire l’économie de ses partenaires commerciaux et l’ordre international.

Ne correspond-il pas au titre du livre de Trump The Art of the Deal (L’art de la négociation) ?

James Gorrie

James Gorrie est un écrivain basé dans l’État du Texas. Il est l’auteur du livre The China Crisis.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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