Des piliers sculptés en Turquie témoignent des effets dévastateurs d’une comète il y a 13 000 ans

Une étude d’archéoastronomie de l’université d’Edimbourg a analysé le symbolisme de certains piliers de la ville de Göbekli Tepe en Turquie. Ils ont trouvé des coïncidences astronomiques qui fourniraient les preuves d’une catastrophe, causée par une comète il y a 13000 ans. Son effet aurait accéléré le développement des sociétés anciennes.

L’analyse des figures sur les piliers de Gobekli Tepe, de leur symbolisme et leur coïncidence avec l’astérisme des étoiles (les constellations) a fourni des preuves convaincantes que la pierre du Vautour datant de 10 950 av. J.-C. montre une proximité temporelle avec la période du Dryas récent commencée en 10 890 av. J.-C..

Des études sur les figures du site historique confirment la date du passage d’une comète qui a marqué le début d’un mini-âge glaciaire qui a duré plus de 1000 ans et a causé la mort de milliers de personnes. Elle serait aussi à l’origine de l’extinction de nombreuses espèces de la mégafaune, ainsi que l’émergence de l’agriculture.

Les figures sculptées sur les piliers de Göbekli Tepe

Les piliers de Göbekli Tepe font partie d’un ensemble archéologique considéré comme le temple le plus ancien du monde, construit environ 6000 ans avant Stonehenge.  Il contient de nombreuses figures animales taillées dans des pierres monolithiques, dont le sens a été étudié dans cette investigation.

Les piliers monolithiques sont une partie importante de l’ensemble qui a été exploré par plusieurs équipes d’archéologues il y a des décennies. Il se situe sur une colline à 12 km de la ville de Sanliurfa, dans la région d’Anatolie dans le sud-est de la Turquie d’aujourd’hui.

Göbekli Tepe à Şanlıurfa en Turquie en 2016. Les structures du site d’exploration archéologique contiennent des centaines de piliers monolithiques datant du Néolithique. (Image: Wikimedia Commons via Teomancimit)

Les piliers en pierre taillée de la première phase (le Néolithique précéramique A) vont jusqu’à 6 mètres de haut et pèsent jusqu’à 20 tonnes; les piliers de la deuxième phase (le Néolithique précéramique B) sont plus petits.

La disposition des 200 piliers que contiennent le site, tel que rapporté par les dernières explorations, forme vingt structures circulaires et ovales de 10 à 30 mètres de diamètre.

Les figures des pierres monolithiques du site sont façonnées d’animaux sculptés en relief et de figures abstraites. Les chercheurs pensent qu’il s’agit de symboles sacrés ressemblant à ceux peints dans les grottes néolithiques.

Les reliefs sculptés sur les piliers représentent différents animaux comme des lions, des taureaux, des sangliers, des renards, des gazelles, des ânes, des serpents et autres reptiles, comme aussi des insectes, des arachnides et des oiseaux – parmi lesquels le vautour.

Les vautours abondent dans l’iconographie du Néolithique à Çatalhöyük en Turquie comme à Jericho en Cisjordanie. En Anatolie et au Moyen-Orient, plusieurs gravures représentent des restes humains exposés aux vautours et à d’autres oiseaux de proie. La tête est souvent séparée du corps et exposée, pour montrer peut-être un signe du culte des ancêtres, proche des pratiques d’enterrements en plein air encore pratiquées aujourd’hui par des bouddhistes au Tibet et des Zoroastriens en Inde.

Symbolisme et astérismes

Cependant, les chercheurs de l’Université d’Edimbourg, qui ont publié cette étude le 21 avril 2017, suggèrent que les images sculptées sur les piliers de Gobekli Tepe ont été conçues afin d’enregistrer pour les générations futures la mémoire d’un événement catastrophique. La figure du pilier 43, montrant un homme sans tête, pourrait indiquer l’ampleur d’une catastrophe et la grande perte de vies humaines qui est advenue.

Le symbolisme du pilier 18 (celui avec un renard) suggère un événement cosmique à une position stellaire spécifique qui serait conforme à un événement d’origine cosmique ayant eu des conséquences désastreuses. La boucle de ceinture, l’« éclipse » et les symboles de serpent sont compatibles avec la rencontre d’une comète et pourraient être compatibles avec d’autres interprétations astronomiques du site.

Le pilier 2 du complexe archéologique de Göbekli Tepeen Turquie avec des figures de 3 animaux interprétés comme symbolisant des constellations. (Image: Teomancimit, via Wikimedia Commons)

Les piliers 2 et 38 montrent un rapport particulier avec la pluie de météores des Taurides, qui serait responsable des évènements catastrophiques de la période associée. Alors que le nombre des astérismes sur ces piliers pourrait être compatible avec d’autres interprétations astronomiques, ou être entièrement des séquences aléatoires, l’analyse statistique favorise l’hypothèse d’une représentation de la pluie de météores des Taurides, mais sans pouvoir le confirmer à 100%.

Notant que le scorpion sculpté sur le pilier 43 peut se référer au signe du zodiaque, les enquêteurs ont cherché dans des études antérieures d’autres chiffres qui pourraient être interprétés comme des signes du zodiaque ou des symboles astronomiques, liés à d’autres sites antiques.  Ils ont essayé de déterminer si ces alignements étaient liés à une signification astronomique, comme pour les peintures rupestres de Lascaux peintes 15 000 ans av. J.-C..

En utilisant le logiciel de cartes stellaires Stellarium à partir de la ville de Sanliurfa en Turquie, ils ont réussi à déterminer quels signes du zodiaque correspondaient aux solstices et aux équinoxes de cette époque. Ils ont trouvé des correspondances entre l’équinoxe de printemps et la constellation de la Vierge en 10950 av. J.-C. , le solstice d’hiver et les Gémeaux en 10950 av. J.-C.  et l’équinoxe d’automne avec la constellation du Poisson en 10951 av. J.-C..

Position du soleil et des étoiles au solstice d’été 10950 avant notre ère. (Image: Martin Sweatman- Stellarium)

Le pilier 43 fait référence, de manière très probable, à la date de 10950 ans av. J.-C.. Cette date coïncide avec la période où le Groenland a été recouvert de glace, un événement ayant eu lieu en 10890 avant notre ère, probablement en raison de la désintégration d’une comète géante dans le système solaire. Mais l’étude met en garde: « L’interprétation de certains des symboles les plus abstraits autour de l’événement est tout à fait spéculative ».

L’interprétation des animaux comme des symboles astronomiques et l’utilisation de logiciels pour trouver des coïncidence avec la position des constellations, a permis à ce jour aux chercheurs de dater les sculptures à l’année 10950 avant notre ère.

Les indications de date sur ces piliers indiqueraient que les gens de cette époque qui l’ont construit – ou leurs ancêtres – auraient été témoins de l’événement et l’auraient codifié dans les piliers de Göbekli Tepe. Ce qui suggère que le pilier 43 pourrait être un mémorial.

Selon l’analyse, les bas-reliefs avec des animaux (à l’exception ceux avec des serpents) « symbolisent des astérismes spécifiques ». Les chercheurs suggèrent la probabilité que ces sculptures d’animaux sur les piliers représentent les constellations (astérismes).

En comparant les trajectoires des Taurides du Nord et du Sud en 9530 av. J.-C. en Colombie-Britannique, avec les sculptures des piliers 2 et 38, les chercheurs suggèrent que les symboles du renard et du sanglier correspondent aux astérismes nord et sud du Verseau. Selon eux, il y a eu une attention particulière mise à l’époque sur l’observation des comètes et la pluie de météorites des Taurides du Nord et du Sud.

Le pilier 43 de Gobekli Tepe interprété comme un enregistrement d’une pluie de météorites provoquant l’extinction d’une partie des espèces sur la planète il y a environ 12 000 à 13 000 ans. (Image: K. Schmidt, DAI tepetelegrams.wordpress.com)

Gȍbekli Tepe, un ancien observatoire des météores et des comètes

Selon les études des chercheurs, les résultats suggèrent que « la fonction clé de Gobekli Tepe était d’observer les pluies de météorites et d’enregistrer les rencontres avec les comètes ».

Ces résultats montrent de manière très probable que certains habitants de Gobekli Tepe étaient des astronomes depuis longtemps, et qu’ils portaient un intérêt particulier aux météorites des Taurides, responsable de la période du Dryas récent commencée en 10 890 av. J.-C..

« Selon le point de vue catastrophiste, l’événement du Dryas récent a probablement été causé par une rencontre avec une comète venant du système des Taurides, » expliquent les chercheurs.

Évènement catastrophique du Dryas récent

Les chercheurs mentionnent dans l’article que beaucoup de preuves matérielles, venant d’un large éventail de domaines des sciences de la terre, semblent soutenir l’hypothèse selon laquelle un événement important a eu lieu vers 10890 avant notre ère – probablement en raison d’une comète provoquant une catastrophe planétaire. Le pilier 43 correspond étroitement à cette date.

L’hypothèse que Göbekli Tepe ait également été un observatoire pour surveiller le ciel nocturne, en particulier le flux des météorites des Taurides, semble à être l’interprétation la plus complète et la plus cohérente du symbolisme présent sur le site, soutenu par les études stellaires de l’Université d’Edimbourg.

L’épisode de refroidissement planétaire concluant l’ère du Pléistocène et débutant celle du Drias récent, est arrivé il y a entre 12 700 à 11 500 ans avant J.-C. et a duré 1 300 ans (± 70) ans. Il serait le résultat d’impacts de comètes survenus il y a 12 900 ans, selon diverses études sur les carottes de glace du Groenland.

Les chercheurs y voient une interprétation cohérente des nombreux symboles présents sur les piliers de Göbekli Tepe, l’événement du Dryas récent correspondant à une rencontre avec des comètes – ce qui soutient la théorie du catastrophisme.

Parmi les preuves liant Göbekli Tepe à un épisode catastrophique, on retrouve l’intérêt persistant du peuple de Göbekli Tepe pour cette date, même plusieurs millénaires plus tard. Cela suggère un événement très important à cette époque avec un impact conséquent sur le développement culturel.

Les effets de l’impact cosmique attribué à la comète Clovis et enregistré en Europe occidentale, ont débouché sur une période de froid qui a permis l’émergence de l’agriculture. La population européenne de cette époque a du s’adapter pour survivre aux changements rapides de son environnement.

Les figures sculptées semblent avoir joué un rôle important pour les habitants de Gobekli Tepe pendant des milliers d’années, ce qui suggère que l’événement cosmique et la période de froid qui a suivi, ont probablement eu un impact très important.

Le symbolisme des piliers indiquent également des changements à long terme dans l’axe de rotation de la Terre en utilisant une forme précoce d’écriture.

« Il semble que Göbekli Tepe était entre autres un observatoire pour surveiller le ciel nocturne. L’ un des piliers semble avoir servi de monument à un évènement dévastateur, probablement le pire jour dans l’ histoire, depuis la fin de l’ère glaciaire » – a déclaré le Dr Martin Sweatman , chercheur à la Faculté d’ingénierie de l’Université d’Edimbourg et ayant dirigé l’étude.

La conclusion de cette étude soutient la théorie selon laquelle la Terre a subit des périodes d’impacts de comètes ayant changé son mode de vie.

Les chercheurs Martin Sweatman et Dimitrios Tsikritsis sont les auteurs de cette étude, publiée dans la revue Archéologie méditerranéenne et archéométrie , éditée sur le site scientifique de l’Université d’Edimbourg.

Les différentes explications proposées dans cette étude, la poursuite de la controverse sur les piliers de Göbekli Tepe, sur leur symbolisme et leur contemporanéité avec des événements importants survenus sur la planète, attendent la confirmation de nouvelles explorations et de nouvelles études validant ces interprétations ou amenant d’autres chercheurs à comprendre leur rôle historique.

Sans doute, l’étude et la compréhension de ces premiers vestiges néolithiques ont beaucoup de profondes répercussions sur les structures sociales des groupes de chasseurs-cueilleurs préhistoriques, sur le début de notre mode de vie sédentaire et l’architecture monumentale présente dans la région, architectures qui commencent seulement à être découvertes sur ce vaste site archéologique.

Copyright © 2017 The Epoch Times. Tous droits réservés.

Version espagnole: Pilares tallados en Turquía registraron devastador impacto de Cometa hace 13 mil años

 
VOIR AUSSI