Après la crise ukrainienne, la « guerre psychologique » de Pékin contre Taïwan risque de s’intensifier, selon un expert

Par Michael Washburn et Jan Jekielek
3 mars 2022 17:30 Mis à jour: 4 mars 2022 04:53

Le régime chinois est très attentif aux conséquences mondiales de la crise ukrainienne. Il est probable qu’il soit en train d’analyser les réponses de l’Occident pour mettre au point son attaque contre Taïwan, fait remarquer Grant Newsham, chercheur principal au Japan Forum for Strategic Studies.

Si les alliés occidentaux ne parviennent pas à faire face à l’agression russe et à résoudre la crise, Pékin pourrait utiliser cet échec pour intensifier sa campagne de guerre psychologique contre Taïwan, estime Grant Newsham.

« La guerre psychologique, qui consiste à essayer d’épuiser la résistance, fait partie de la stratégie chinoise. Et elle aura de l’effet si les Taïwanais commencent à croire que personne ne les soutiendra. »

S’exprimant durant l’émission Maîtres à penser américains d’EpochTV lors de la Conférence sur l’action politique conservatrice à Orlando, en Floride, le 26 février, M. Newsham explique que Pékin joue depuis de nombreuses années au chat et à la souris avec Taïwan, un pays de taille réduite, beaucoup plus faible militairement. Force est de constater que la Chine s’est enhardie avec le retrait américain d’Afghanistan, considéré comme un fiasco militaire.

Les responsables chinois « observent et consignent » la situation actuelle en Europe de l’Est. Ils attendent de voir comment cela se passe, précise M. Newsham. Si Poutine parvient à ses fins et s’empare d’une grande partie de l’Ukraine, sans que son invasion n’ait de réelles conséquences pour la Russie, cela ne manquera pas de stimuler Pékin dans ses propres ambitions territoriales.

« Il faut regarder les résultats obtenus par les États‑Unis ces derniers temps. Et, vous savez, même nous, nous sommes inquiets. Vous pouvez donc imaginer ce que ressentent les Taïwanais. C’est ce que l’on constate en Asie. La Chine calcule tout et Taïwan observe également. »

Lorsque la Russie a commencé son invasion en Ukraine le 24 février, certains observateurs ont craint que Pékin ne mette à profit la situation pour agresser Taïwan et tire avantage du fait que l’ensemble du monde était focalisé sur l’Europe centrale. Avant même l’Ukraine, les observateurs soupçonnaient Xi Jinping de vouloir attaquer Taïwan durant les Jeux olympiques pour créer la surprise, poursuit M. Newsham.

Mais, pour sa part, l’expert ne voit pas de menace immédiate pour l’île autonome. Jusqu’à présent, Pékin n’a pas utilisé ces événements pour faire diversion. Cela ne signifie pas que les responsables communistes ne s’intéressent pas aux implications de l’invasion ukrainienne, ni qu’ils ne réfléchissent à des actions potentielles.

« Je pense qu’ils vont probablement attendre un peu et voir comment se déroule l’opération russe en Ukraine. »

« La Russie sera‑t‑elle frappée par des sanctions financières et économiques vraiment dévastatrices ? L’OTAN va‑t‑elle se réveiller militairement ? L’administration Biden va‑t‑elle faire quoique ce soit, rétablir son indépendance pétrolière ou énergétique,par exemple ? Montre‑t‑elle le moindre signe qu’elle va mettre de l’ordre dans ses finances ? Montre‑t‑elle qu’elle va financer l’armée comme elle le devrait ? »

L’étendue de l’agression potentielle

Lorsque la Chine aura tiré ses conclusions sur la crise ukrainienne entre autres événements géopolitiques récents, il est possible qu’elle passe à l’action contre Taïwan ou contre des cibles stratégiques en mer de Chine méridionale, voire contre le Japon lui‑même, poursuit M. Newsham.

« Depuis environ 10 ans, il est clair que la Chine constitue incontestablement une menace pour le Japon. Et les Japonais se sont en quelque sorte éveillés [à cette menace], mais ils ont un long chemin à parcourir très rapidement. »

Selon M. Newsham, le Japon est « pathologiquement dépendant » de l’armée américaine pour le soutien logistique et infrastructurel, surtout du fait des sanctions qui ont limité ses capacités militaires après la Seconde Guerre mondiale.

Le représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies, Zhang Jun, a appelé toutes les parties du conflit ukrainien à faire preuve de retenue. Cependant, M. Newsham reste sceptique. Pékin n’a pas grand intérêt à ce que cette crise soit résolue au profit de l’Europe. Selon lui, la Russie et la Chine ont conclu un « mariage de raison ».

« Les deux [pays] considèrent que c’est un moyen de faire reculer les Américains d’un cran, et peut‑être même de les déstabiliser au point qu’ils ne puissent pas réagir » conclut‑il.

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