Brexit : dîner à Bruxelles

Interrogé sur ses attentes, M. Juncker s’est contenté de déclarer depuis la capitale belge : « Je verrai Mme May ce soir, on discutera, et vous verrez à l’autopsie ».

Si Downing Street insiste sur le fait que cette réunion était prévue depuis des semaines, la venue de Theresa May à Bruxelles dégage une impression d’urgence, après un cinquième round de discussions décevant la semaine dernière.

« Nous avons toujours indiqué que nous souhaitions que la sortie de l’UE soit un processus fluide et (cette rencontre) en fait partie », a avancé un porte-parole de l’exécutif britannique.

Le ministre britannique chargé du Brexit David Davis accompagnera Mme May, et M. Juncker sera flanqué du négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, Michel Barnier. Le dîner, qui débutera à 18H30 (16H30 GMT), doit durer environ 90 minutes, d’après le porte-parole.

Côté UE, la Commission a décrit un dîner « informel » où des discussions « d’intérêts européens et géopolitiques » seront au menu avant le sommet de fin de semaine, et pas seulement le Brexit, selon Margaritis Schinas, porte-parole de l’institution.

Il faut « mettre un tigre dans le moteur » des négociations, a lancé lundi le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson en marge d’une réunion avec ses homologues de l’UE à Luxembourg. Le Royaume-Uni, a-t-il ajouté, est prêt « à entamer des discussions sérieuses sur la future relation ».

Jeudi, Michel Barnier avait conclu la nouvelle session de discussions avec l’équipe britannique en déplorant « l’impasse préoccupante » constatée sur le sujet du règlement financier du divorce.

Bruxelles estime officieusement le montant de la facture à entre 60 et 100 milliards d’euros. « Ils doivent payer », avait martelé vendredi M. Juncker, accentuant la pression.

Le sujet, avec le sort des expatriés et les conséquences du Brexit pour l’Irlande, fait partie des trois dossiers prioritaires sur lesquels l’UE exige des « progrès suffisants » avant de passer à toute discussion approfondie sur sa future relation avec le Royaume-Uni.

Conséquence de l’impasse actuelle, Michel Barnier a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait « pas en mesure » de recommander aux dirigeants des 27 de passer à la phase suivante des discussions sur la future relation commerciale lors du sommet de jeudi et vendredi à Bruxelles.

En gage de leur bonne volonté, les Européens pourraient toutefois décider, selon un projet de conclusions du sommet, d’engager des « discussions préparatoires internes » sur cette future relation.

Selon des sources européennes, cela permettrait de donner des gages aux Britanniques en attendant le sommet de décembre et de commencer à travailler sur l’idée avancée par Theresa May d’une période de transition de deux ans après la date prévue du Brexit fin mars 2019.

Dimanche, Theresa May s’était entretenue avec la chancelière allemande Angela Merkel, les deux dirigeantes convenant de « l’importance de progrès constructifs continus » dans le dossier, selon Downing Street. Mme May devait également appeler lundi le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre irlandais Leo Varadkar.

À quelques heures de sa rencontre avec M. Juncker, difficile de ne pas se rappeler le dîner organisé fin avril entre les deux responsables, à la suite duquel le président de la Commission avait estimé, selon le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, qu’elle vivait dans « une autre galaxie ».

Une avancée dans le dossier pourrait permettre à Theresa May de regagner un peu de lustre sur le plan intérieur. Affaiblie par son revers aux législatives de juin, Theresa May traîne comme un boulet un discours émaillé d’incidents fâcheux devant le parti conservateur le 4 octobre.

Elle doit aussi répondre aux attentes des uns et des autres au Royaume-Uni sur la sortie de l’UE, à commencer par certains Brexiters plaidant pour une ligne dure face à Bruxelles.

Cette question inquiète les Britanniques dans un climat d’incertitude économique, alors que, selon un calcul du quotidien pro-Brexit Daily Telegraph sur la base de chiffres de l’Office nationale des statistiques, la balance des investissements a fondu récemment de 490 milliards de livres (553 milliards d’euros).

 
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