Le cauchemar écologique de la « nouvelle route de la soie » chinoise

En avril dernier, Pékin a annoncé que 115 gouvernements avaient adhéré à son projet « Belt and Road Initiative – BRI » (initiative ceinture et route), souvent qualifié de « nouvelle route de la soie ». En mars, c’était le cas de l’Italie (le premier pays du G7 à l’avoir fait), qui a été suivie par la Suisse qui a ratifié, fin avril, un protocole d’accord de la coopération et du commerce.

La BRI est un titanesque programme d’investissement chinois qui prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique et d’Europe, voire au-delà. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications couvrant deux tiers de la population mondiale.

Le nombre croissant de pays rejoignant ce programme, parfois appelé « mondialisation 2.0 », rend sa réalisation inévitable. Le dirigeant chinois Xi Jinping, ce nouveau Mao Zedong, est sur le point de mettre en œuvre le plus grand projet d’infrastructure jamais imaginé à l’échelle mondiale. On peut en avoir peur, car il aura certainement un impact important sur l’environnement et portera un sérieux coup aux droits de l’homme.

Malgré toutes les « belles paroles » de la part du régime chinois, les déclarations officielles ne mentionnent pas de directives précises et claires concernant les aspects environnementaux de ce programme. En théorie, lors des travaux de construction, les autorités chinoises respecteront les lois et les normes du pays hôte. Mais c’est loin d’être suffisant. Dans la plupart des pays qui font partie de la BRI, les intérêts économiques passent en premier et l’environnement en dernier. En outre, si un pays disposait d’une réglementation environnementale adéquate, son application réduirait l’appétit de Pékin.

Sur le terrain, les résultats sont bien évidents. Il est vrai que la BRI comprend un bon nombre de projets verts tels que des parcs éoliens, des centrales solaires et des barrages hydrauliques. Cependant, cela va de pair avec le développement des usines de charbon, de gaz et de traitement des minerais. Selon Global Environment Institute, entre 2001 et 2016, dans le cadre de la BRI, Pékin a participé à 240 projets d’énergie à base de charbon – le Pakistan en étant en tête de liste avec ses centrales au charbon qui font partie du projet du corridor économique Chine-Pakistan (CECP) à 54 milliards de dollars.

Ce projet vise à relier la région autonome du Xinjiang en Chine à la ville portuaire de Gwadar au Pakistan. Plus de la moitié des dépenses du CECP, soit 33 milliards de dollars, seront attribuées à 19 projets énergétiques, dont les trois quarts de l’électricité produite proviendront des centrales au charbon. Les écologistes pensent que le Pakistan pourrait manquer d’eau en 2025, alors que ces centrales aggraveront la situation en raison du besoin de grandes quantités d’eau pour leur fonctionnement, sans parler de la pollution qu’elles ajouteront à l’air déjà contaminé du pays.

Si l’on examine de plus près les endroits où le développement des projets de la BRI a déjà atteint un certain niveau, leurs répercussions sur l’environnement sont inquiétantes. En particulier, c’est le cas de l’Afrique, qui est littéralement devenue « l’usine mondiale » de la Chine dans le domaine de son approvisionnement en matières premières. Comme le régime chinois manque de nombreuses ressources naturelles essentielles, il utilise le continent africain pour l’approvisionnement en pétrole, en gaz, en minéraux et en bois. Face au géant asiatique, les dirigeants africains hésitent à blâmer les entreprises chinoises pour le dommage écologique qu’elles apportent à leur territoire, et ceci va de pair avec la corruption.

Pour la population locale des pays en développement, les choses ne sont guère plus réjouissantes. Si la construction de voies ferrées et d’autoroutes favorise sans aucun doute le commerce, la planification orientée vers une grande puissance et effectuée dans différentes parties du monde a aussi son contrecoup. Elle a déjà déplacé les marchés et la population dans des zones totalement nouvelles, causant des dommages à la faune et à la flore : perte d’habitat pour des espèces végétales et animales, déforestation et pollution atmosphérique.

D’autre part, on pourrait dire que les travailleurs locaux bénéficient de l’arrivée d’entreprises chinoises désireuses de développer leur région. Dans la plupart des cas, cet argument n’est pas valable. En effet, dans les pays en développement les travaux de construction sont souvent réalisés par des ouvriers chinois qui sont amenés sur place et vivent dans les mêmes conditions qu’en Chine : bas salaires, longues heures de travail, conditions de vie déplorables, etc. Zhang Baozhong, PDG de China Overseas Port Holding Company (COPHC), le seul opérateur du port de Gwadar, l’a confirmé dans une récente interview : « C’est vrai. La population locale ne dispose pas de connaissances techniques et professionnelles ni des tendances modernes, elle n’est pas dotée de la recherche innovante ni d’une expérience pratique. »

En conclusion, on peut dire ceci. Tout d’abord, de nombreux pays de la BRI sont pris dans un piège de la dette par le régime chinois. Deuxièmement, les sites de construction dans ces pays ne profitent pas tellement aux travailleurs locaux. Troisièmement, les conséquences de ces travaux sont souvent néfastes pour l’environnement. Enfin et surtout, ces pays se retrouvent pieds et poings liés à la Chine pour une très longue période – tout comme le Pakistan qui, en 2015, a cédé le contrôle du port et de la zone franche de Gwadar à la Chine pour une période de 43 ans. Cela ne semble pas très encourageant pour le XXIe siècle.

Henri Malosse

Henri Malosse est membre du Comité économique et social européen (CESE), dont il a été président d’avril 2013 à octobre 2015.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

 
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