La Chine revend le gaz russe à l’Europe pour la rendre dépendante

Par Jennifer Bateman
30 septembre 2022 17:50 Mis à jour: 30 septembre 2022 18:12

L’État-parti chinois revend des produits énergétiques russes à l’Europe dans le but d’accroître son influence.

Depuis la rencontre des dirigeants chinois et russes, début septembre, au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, plusieurs faits montrent que Pékin et Moscou ont renforcé leur coopération énergétique.

Le 15 septembre, Alexander Novak, le ministre russe de l’Énergie, a confirmé à la chaîne de télévision russe RossiyA-1 que le gazoduc Force de Sibérie 2 vers la Chine remplacera le gazoduc Nord Stream 2 vers l’Europe (jamais mis en service) et qu’il livrera 50 milliards de mètres cubes (m3) de gaz par an à la Chine. Ce chiffre est proche des 55 milliards de m3 de capacité annuelle de chacun des gazoducs Nord Stream 2 et 1 (ce dernier a été mis à l’arrêt par Gazprom début septembre). La construction de Force de Sibérie 2 commencera en 2024.

La capacité annuelle du gazoduc Force de Sibérie 1, qui relie l’Extrême-Orient russe à la Chine et qui a été inauguré fin 2019, sera également portée à 20 milliards de m3 cette année et à 61 milliards de m3 d’ici 2025.

D’ici là, la capacité combinée des deux gazoducs vers la Chine – 111 milliards de m3 par an – sera comparable à la capacité combinée des deux gazoducs Nord Stream vers l’Europe – 110 milliards de m3. De plus, le nouveau gazoduc vers la Chine sera intégré au réseau gazier intérieur de la Russie, ce qui permettra de détourner vers la Chine le gaz initialement destiné à l’Europe.

Deux semaines auparavant, le 2 septembre, la Russie a suspendu pour une durée indéterminée le gazoduc Nord Stream 1 qui acheminait le gaz vers l’Europe. Le 22 février, deux jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Allemagne a suspendu le processus d’approbation du gazoduc Nord Stream 2 en raison des tensions avec la Russie. Fin septembre, les deux gazoducs Nord Stream ont été gravement endommagés à la suite d’un sabotage présumé.

Le 7 septembre, deux sociétés d’État – China National Petroleum Corporation (CNPC) chinoise et le géant russe Gazprom – ont annoncé que les livraisons de gaz russe à la Chine seraient payées moitié-moitié en yuans et en roubles.

Cette mesure évite l’utilisation de dollars et d’euros, amortissant ainsi les sanctions financières occidentales contre la Russie tout en permettant au Parti communiste chinois (PCC) d’éviter des sanctions secondaires.

La Chine revend le gaz pour accroître son influence en Europe

Les ventes de gaz russe acheminé par gazoduc à la Chine ont augmenté de près de 65% au cours du premier semestre 2022 par rapport à 2021. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les dépenses de la Chine en matière d’importations énergétiques russes ont explosé, passant de 20 milliards de dollars il y a un an à 35 milliards de dollars, selon Bloomberg.

En même temps, au cours des huit premiers mois de 2022, les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) de la Chine ont également atteint des niveaux record. Les sociétés chinoises ont vendu 4 millions de tonnes de GNL sur le marché international, ce qui équivaut à environ 7% de la consommation de gaz de l’Europe au premier semestre 2022.

Jovo, une société chinoise de négoce du GNL, a déclaré avoir revendu un contrat de GNL à un acheteur européen. Le Nikkei a cité un négociant en contrats à terme à Shanghai qui a confié que le bénéfice d’une telle transaction pourrait atteindre 100 millions de dollars.

Sinopec, la société énergétique d’État chinoise, a également déclaré qu’elle avait envoyé des « surplus » de GNL sur le marché international. L’entreprise a vendu 45 cargaisons de GNL, soit environ 3,15 millions de tonnes.

Au cours des huit premiers mois de 2022, la Chine a exporté du GNL pour 164 millions de dollars vers l’Europe et pour 284 millions de dollars vers des pays comme le Japon et la Corée du Sud qui participent à l’embargo énergétique contre la Russie. En 2021, la Chine n’a exporté du GNL que pour 7 millions de dollars environ. Même en supposant que les prix soient multipliés par dix, l’augmentation des exportations de gaz par la Chine reste énorme.

Selon Wang Yongzhong, directeur des recherches sur les produits de base internationaux à l’Institut de l’économie et de la politique mondiales de l’Académie chinoise des sciences sociales, en étant limité par le transport et les infrastructures telles que les pipelines et les stations de réception, il est difficile pour l’Europe d’importer à court terme de grandes quantités de GNL de pays tels que les États-Unis, l’Australie et le Qatar.

Le 2 septembre, les médias chinois ont annoncé que les transporteurs de GNL étaient devenus un « sérieux frein » dans la résolution de la crise énergétique de l’Europe et que la Chine possédait une centaine de navires de transport de GNL disponibles pour les exportations.

Selon AGSI, la plateforme d’information sur l’énergie de l’Union européenne, l’Europe a rempli à plus de 91% ses réserves de gaz naturel au 24 septembre. C’est plus que les 80% attendus d’ici novembre, et cela provient en partie des exportations chinoises de GNL.

Cependant, face à l’hiver froid qui s’annonce, l’Europe a encore besoin d’acheter du GNL sur le marché spot pour pouvoir se passer du gaz russe, même si elle doit payer plus cher.

Frank Tian Xie, professeur de marketing à l’Aiken School of Business de l’Université de Caroline du Sud, a expliqué que l’Europe, en se sevrant de la Russie, risquait de devenir dépendante en énergie de l’État-parti chinois.

« Cela donne soudainement au PCC un nouveau moyen de pression », a-t-il souligné à Epoch Times. « Le PCC a maintenant la capacité et la possibilité de couper l’approvisionnement en gaz à l’Europe en répondant aux demandes de la Russie. »

Huit ans de coopération énergétique entre la Chine et la Russie

Après avoir annexé la Crimée en mai 2014, la Russie a été frappée par des sanctions occidentales. Après cela, CNPC et Gazprom ont signé un accord de 30 ans d’une valeur de 400 milliards de dollars qui comprenait la construction du gazoduc Force 1 de Sibérie. Achevé en 2019, ce gazoduc portera sa capacité à 20 milliards de m3 en 2022.

Selon les médias chinois, les sociétés énergétiques chinoises ont empoché la différence en revendant le GNL « excédentaire » sur le marché international. Au cours du premier semestre 2022, les importations de gaz naturel livré par gazoduc de la Russie ont augmenté de 63,4% par rapport à l’année précédente, créant une surabondance de gaz liquéfié.

En même temps, a indiqué Frank Tian Xie, l’économie chinoise atone et la baisse de la consommation d’énergie ont donné aux sociétés chinoises une excuse pour revendre le gaz bon marché importé de Russie.

Toutefois, le pétrole est une source d’énergie qui fait l’objet d’une plus grande pénurie en Chine. Ce pays a importé de Russie une quantité record de pétrole pendant trois mois consécutifs à partir de juin, dont 8,475 millions de tonnes en août, soit une hausse de 28% en glissement annuel.

La Chine a également fortement augmenté ses importations de charbon en provenance de Russie. Elles ont atteint 8,54 millions de tonnes le mois dernier, soit 57% de plus que l’année précédente.

Li Yanming, expert sur la Chine basé aux États-Unis, estime que plus l’Europe sera désespérée pour son approvisionnement énergétique, plus le PCC sera en mesure de l’influencer.

« Avec la Russie sous sanctions internationales et l’isolement international croissant du [régime du] PCC, Pékin et Moscou doivent se serrer les coudes pour lutter contre l’Occident », a-t-il expliqué.

« Il est clair que c’est le PCC qui a le plus à gagner. Outre le fait de profiter de la recherche désespérée de nouveaux marchés par la Russie afin de s’emparer de ses vastes quantités d’énergie bon marché et assurer sa position dans la crise énergétique mondiale, le PCC peut éviter les sanctions secondaires à la suite de la violation des sanctions occidentales contre la Russie. »

« Le PCC peut également faire des profits en revendant [les produits énergétiques] – et ce, en rendant l’Europe, qui est en crise énergétique à cause des sanctions contre la Russie, dépendante du PCC, renforçant ainsi son levier stratégique contre les États-Unis et l’Europe. »

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