« Le ciel nous tombait sur la tête » : Souvenirs d’avoir grandi sous la persécution religieuse en Chine

Dès sa naissance, Jiang Lianjiao était un cas particulier
Par Eva Fu
21 juillet 2020 21:11 Mis à jour: 22 juillet 2020 23:09

Née à l’époque de la planification des naissances en Chine, quatrième enfant de sa famille, Jiang Lianjiao n’était pas censée naître, en vertu de cette politique de l’enfant unique.

Cachée chez sa grand-mère dès l’âge d’un mois, elle a appelé ses parents « tante et oncle » jusqu’à l’âge de 7 ans afin d’échapper aux soupçons des autorités. Qui plus est, ses parents ont dépensé toutes leurs économies – un gros sac de pièces de monnaie – pour soudoyer les fonctionnaires locaux afin qu’elle puisse vivre chez eux.

Après avoir retrouvé ses parents à l’âge de 7 ans, elle a commencé à pratiquer avec eux une discipline spirituelle appelée Falun Gong. Chaque jour, une trentaine de personnes rejoignaient Jiang Lianjiao et sa famille dans la cour de leur immeuble pour pratiquer ensemble des exercices de méditation.

Jiang Lianjiao, sa soeur et ses parents se rendaient en bateau dans la ville natale de son père, dans le bourg voisin de Wufeng, pour montrer la méditation aux gens du village. Elle et sa soeur étaient toujours devant les autres.

Jiang Lianjiao (à droite), pratiquante de Falun Gong, photographiée avec sa sœur, dans sa ville natale de la province du Hubei, en Chine, sur cette photo d’archives. (Tous droits réservés)

À la fin des années 1990, jusqu’à 100 millions de personnes en Chine pratiquaient le Falun Gong, une discipline méditative et spirituelle  ancestrale dont les enseignements moraux sont centrés sur les principes « d’Authenticité, Bienveillance et Tolérance ».

Cette vie heureuse a pris fin du jour au lendemain.

Le 20 juillet 1999, Jiang Lianjiao, alors âgée de 8 ans, s’est retrouvée avec sa famille, ciblée dans une campagne nationale visant à éradiquer le Falun Gong. Certains pratiquants qui travaillaient pour l’État ont été informés des plans visant à arrêter et à détenir les pratiquants.

Sans se laisser décourager, des dizaines d’entre eux se sont présentés dans la cour chez les Jiang pour les exercices. Soudain, des voitures de police sont rapidement apparues, et les policiers les ont tous amenés au poste de police local. Son père a été détenu pendant un mois.

Craignant l’énorme popularité du Falun Gong comme une menace pour le pouvoir du Parti, Jiang Zemin (aucun lien de parenté), le leader d’alors du Parti communiste a lancé la persécution qui perdure jusqu’à ce jour en 2020.

Au cours des deux décennies suivantes, Minghui.org, un centre d’information consacré à la documentation de cette persécution, a confirmé l’identité de plus de 4 500 pratiquants décédés sous la torture en Chine. En raison de la censure de l’information par le PCC, on ignore le nombre exact. On soupçonne toutefois que le nombre réel de décès est beaucoup plus élevé que le nombre cité plus haut.

(Epoch Times)

Une maison transformée en prison

La tournure abrupte des événements ne semblait pas très logique pour la Jiang Lianjiao et sa famille, ni pour les millions d’autres pratiquants de Falun Gong dans le pays, attirés par la pratique pour ses bienfaits et ses effets apaisants, maintenant arrêtés pour leur croyance.

En 2000, la famille Jiang, comprenant six personnes, ainsi qu’une centaine d’autres pratiquants locaux, se sont rendus à Pékin pour faire appel de la décision du Parti communiste chinois de réprimer leur foi.

Dès leur arrivée, presque aussitôt après avoir déployé une banderole sur la place Tiananmen, laquelle portait l’inscription « Falun Dafa est bon », des policiers ont cloué sa mère au sol, lui lançant des coups de pied alors que la Jiang Lianjiao se tenait là tout près, tremblant de peur. Ils les ont traînés dans des fourgons de police – sa sœur aînée de 16 ans tirée par les tresses. Un policier a agité une matraque, frappant la petite Jiang à la tête. Elle s’est évanouie.

À la suite de cet appel, le père Jiang a été condamné à trois ans d’emprisonnement et sa mère, à deux ans. Sa sœur de 16 ans a été détenue pendant un mois. La Jiang Lianjiao, son frère aîné et sa petite sœur ont été laissés à eux-mêmes à la maison ; l’aîné n’avait que 12 ans à l’époque. Craignant qu’ils ne s’enfuient, le gérant de l’immeuble les a systématiquement enfermés à l’intérieur de la maison, ne déverrouillant la porte que le matin pour escorter les enfants à l’école.

Jiang Lianjiao est originaire de la ville de Shiyan, dans la province du Hubei, en Chine, en 2011. (Tous droits réservés)

Pendant cette période, Jiang Lianjiao et ses frères et sœurs ont souvent eu du mal à trouver suffisamment de nourriture. Pour éviter de souffrir de la faim, Jiang Lianjiao se remplissait d’eau ou mangeait des plantes sauvages dans les champs voisins.

La famille a été lentement réunie après la libération de sa sœur aînée et sa mère. En 2003, sa mère et sa sœur aînée ont vu le père de Jiang Lianjiao pour la première fois depuis sa détention. Il était toujours en prison et devait être libéré dans un mois.

En seulement trois ans, cet homme qui autrefois était en bonne santé se trouvait dans un piètre état et semblait n’avoir que la peau et les os. Il lui manquait des dents. Il était sur des béquilles, ses jambes avaient été écrasées par des séances de torture répétées. Il a dû être porté par six hommes. Il avait oublié comment parler en raison d’un isolement prolongé. La torture qu’il avait subie avait pour but de le « transformer », de le contraindre à abandonner sa croyance.

C’était un spectacle pitoyable et dévastateur pour la famille, qui avait compté sur lui comme en tant que soutien familial.

C’était comme si « le ciel nous tombait sur la tête », a soupiré Jiang Lianjiao.

Jiang Liyu, la jeune sœur de Jiang Lianjiao, a été arrêtée en 2017 pour avoir apposé des autocollants avec messages soutenant la pratique. Elle est toujours en détention.

Avant la persécution, son père était un chirurgien de haut niveau dans un hôpital local de la ville de Shiyan, dans la province du Hubei, au centre de la Chine, et sa mère travaillait comme agent administratif. Après leur libération, l’hôpital a réduit leur salaire mensuel à 250 ¥, soit 31 €, soit moins d’un quart des revenus de leurs collègues. Son père a été rétrogradé au poste de nettoyage du bâtiment, alors que sa mère a dû laver les draps des patients à la main.

Pour économiser de l’argent, la famille éteignait les ventilateurs en été malgré la chaleur étouffante ; les enfants tissaient des rideaux en bambou qu’ils vendaient 1,1 ¥ soit environ 0,13 € chacun. Ils n’achetaient que la nourriture la moins chère possible : du riz contaminé par des excréments de souris et des légumes qui étaient sur le point de se gâter.

(Epoch Times)

Le tissu de mensonges

Au cours des 20 dernières années, le régime a diffusé une propagande préjudiciable par le biais de médias contrôlés par l’État afin de diffamer cette pratique et ses pratiquants. Le mensonge le plus tristement célèbre a été la mise en scène des auto-immolations, la veille du Nouvel An lunaire en 2001. Cet incident a contribué à faire basculer l’opinion publique chinoise contre cette pratique.

Le tissu de mensonges a imprégné le tissu même de la société chinoise.

Annita Bao sur une photo prise en 2017. (Tous droits réservés)

Annita Bao, 30 ans, créatrice de bijoux à New York et pratiquante de Falun Gong, a fui la Chine en 2016. Elle se souvient que dans sa ville natale de Wuhan, la capitale du Hubei, tous les élèves de son école primaire devaient signer leur nom sur une immense banderole qui dénonçait cette pratique.

Cette mesure donnait l’impression que toute la population de Wuhan avait tourné le dos aux pratiquants de Falun Gong, a soupiré Annita.

Sous prétexte du « souci de ses résultats scolaires », les agents du comité de quartier se rendaient fréquemment chez elle pour lui demander si elle pratiquait toujours.

La famille a été avertie que si elle refusait d’abandonner la pratique, une annonce publique serait lancée à l’école de Annita pour l’humilier. Pendant des années, la famille de Annita a vécu dans la semi-obscurité, lumières éteintes, dans le salon afin de ne pas laisser savoir à la police qu’ils étaient à la maison.

Lü Zhongyang, actuellement étudiant à l’université de Buffalo, a partagé que les élèves de son école primaire en Chine étaient contraints de regarder et d’écouter des vidéos et des émissions diffamatoires. Au fil des ans, une propagande similaire a même été diffusée dans les manuels scolaires.

L’ambiance était « désespérément tendue », a révélé Lü Zhongyang, « comme si la vie pouvait s’effondrer à tout moment ». Son père, rédacteur en chef à Pékin, a passé environ quatre ans en prison pour avoir écrit des messages sur des billets de banque destinés à sensibiliser les gens à la persécution.

Lorsque les parents de la petite Jiang Lianjiao ont été arrêtés pour la première fois, la Station de radio et chaîne de télévision Shiyan de leur ville natale a cherché Jiang Lianjiao et ses frères et sœurs, disant qu’elle souhaitait filmer quelques images d’eux en témoignage à leurs parents que les frères et sœurs se portaient bien.

Ce n’est qu’après qu’un voisin a vu le segment à la télévision et en a parlé à Jiang Lianjiao que les frères et sœurs se sont rendu compte qu’ils avaient été trompés : les vidéos faisaient partie d’un programme de propagande pour décrire l’« obstination » de leurs parents à pratiquer le Falun Gong, et on prétendait que l’État prenait soin des enfants, a ajouté Jiang Lianjiao.

« Comment peuvent-ils faire cela – créer des rumeurs en nous racontant des mensonges ? » a questionné Jiang Lianjiao, en qualifiant leurs tactiques d’ « inhumaines ». « Non seulement ils ont persécuté [mes parents], mais ils ont aussi fait tout leur possible pour tromper le public. […] C’est extrêmement effronté. »

Un événement de formation de caractères impliquant 5 000 pratiquants de Falun Gong, formant les caractères chinois pour « Authenticité, Bienveillance, Tolérance », le principe fondamental du Falun Gong, à Wuhan, en Chine, en 1998. Annita Bao a participé à cet événement lorsqu’elle était enfant. (Minghui.org)

Souvenirs mitigés

Si la peur était un thème récurrent pour ces pratiquants qui ont grandi dans l’ombre de la persécution, aujourd’hui ils s’efforcent de ne pas la laisser les définir.

Jiang Lianjiao, dont l’arrière-grand-père a été poussé à la folie pendant la Révolution culturelle pour sa croyance dans le taoïsme, s’est promis que « l’adversité n’écraserait pas [s]on esprit ». La série de persécutions que sa famille a subies au fil des générations, explique-t-elle, lui a permis de voir le vrai visage du régime et l’a motivée à parler à davantage de gens des persécutions en cours en Chine.

« Les dommages causés par le Parti communiste chinois ne concernent pas seulement une génération […] ni un type de personnes », raconte Jiang Lianjiao, qui a depuis fui la Chine. « Se soumettre aux tactiques par peur du régime ne ferait qu’encourager les autorités à abuser davantage de leur pouvoir. Ce n’est que lorsque l’on connaît la situation réelle que l’on peut en sortir plus fort », dit-elle.

Une conception réalisée par Annita Bao après la libération de ses parents en 2018, qui, selon elle, exprime son espoir de voir sa famille vivre une vie plus insouciante. (Tous droits réservés)

Comme Jiang Lianjiao, Annita a commencé à pratiquer à l’âge de 7 ans. Elle affirme que son expérience passée lui a donné un « sens de la mission ».

Dans son approche de la conception de bijoux, cela se traduit par une recherche de la perfection tout en ne mettant pas l’accent sur les avantages matériels, confie-t-elle.

« Plus le Parti pense que nous sommes faibles, plus nous devons leur prouver qu’ils ont tort », reconnaît-elle, ajoutant qu’elle considérait chaque défi comme une opportunité pour améliorer et élever son caractère. « Rira bien qui rira le dernier. »

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