« L’amour de la vertu élève l’homme au-dessus de lui-même » : le message universel du chef-d’œuvre de L’Apothéose d’Hercule

Par Ludovic Genin
17 mars 2022 15:30 Mis à jour: 11 mai 2022 06:11

Il est parfois nécessaire de se replonger dans son histoire pour sortir de l’obscurcissement du moment. La censure, la normalisation de la pensée, la restriction des libertés nous rappellent facilement les méthodes du régime communiste chinois qui a méticuleusement détruit sa propre culture traditionnelle. Les Français veulent-ils connaître le même sort ? Dans cet article, nous allons remonter le courant et gravir l’Everest de L’Apothéose d’Hercule, une œuvre majeure de notre civilisation, afin d’en comprendre la signification profonde et son écho universel pour notre présent.

« L’Amour de la vertu élève l’homme au-dessus de lui-même »
Il aura fallu 4 ans à François Lemoyne pour achever L’Apothéose d’Hercule (1736) dans le salon du même nom au Château de Versailles. Trois siècles plus tard, cette œuvre colossale continue de nous interroger sur le destin de l’homme et les moyens qui lui sont donnés pour s’élever au-dessus de lui-même.

Sur l’ouvrage de 18 mètres de long et 12 mètres de large, le plus grand plafond peint d’Europe, on compte jusqu’à 142 figures dont 62 peuvent être vues du premier coup d’œil. Autour de l’ascension d’Hercule s’articulent neuf groupes de personnages, parmi lesquels Apollon et le Temple de Mémoire, Bacchus et le Dieu Pan, Mars regardant la chute des Monstres, les Renommées qui annoncent l’apothéose sur Terre, le Dieu des Vents Éole, Pluton et le dieu de la mer, le génie des Beaux Arts, des muses, des anges, etc.

La signification de L’Apothéose d’Hercule est remarquablement résumée dans un poème de Dezallier d’Argenville publié dans le Mercure de France en octobre 1736 : « L’Amour de la vertu élève l’homme au-dessus de lui-même, et le rend supérieur aux travaux les plus difficiles et les plus périlleux ; les obstacles s’évanouissent à la vue des intérêts de son Roi et de sa Patrie, soutenu par l’honneur et conduit par la fidélité, il arrive par ses actions à l’immortalité. »

L’ange de l’Amour de la Vertu montre Hercule à son père Jupiter qui lui présente Hébé, déesse de la Jeunesse, conduite par la déesse Hymen.(Domaine public)

François Lemoyne voulait au départ représenter la gloire de la monarchie et des dynasties françaises, s’incarnant souverain après souverain. À travers les accomplissements des plus grands rois tels Clovis, Charlemagne, Saint Louis ou Henri le Grand, le peintre voulait reconnaître leur immortalité, écrira Donat Nonnotte, ancien élève de François Lemoyne, dans Le Traité de peinture prononcé à l’Académie de Lyon. C’est finalement L’Apothéose d’Hercule qui a été choisie par le roi Louis XV pour décorer le plafond de l’ancienne chapelle royale.

« Seul l’amour de la Vertu permet de surmonter les Monstres et les Vices »
Dans L’Apothéose d’Hercule, le héros est représenté montant au ciel sur un char, guidé par un ange appelé l’Amour de la Vertu. Cet ange, accompagné de Génies du même nom qui tirent le char du demi-dieu, montre Hercule à son père Jupiter qui lui présente Hébé, déesse de la Jeunesse, conduite par la déesse Hymen.

Sur le passage d’Hercule montant au ciel, des Monstres et des Vices tentent de le retenir et sont renversés dans d’inutiles efforts. Domptés par le choix du héros d’être guidé par l’Amour de la Vertu, ces Monstres et ces Vices ne peuvent soutenir sa gloire et sont précipités vers le bas dans d’interminables rictus et grimaces.

L’Envie, la Colère, la Haine, la Discorde et les autres Vices sont précipités du Ciel (Domaine public)

Quatre allégories représentant les vertus cardinales sont assises aux angles du plafond, représentant la valeur morale du héros : la Force, la Justice, la Tempérance et la Prudence. Elles désignent le caractère du nouvel Hercule dans son ascension jusqu’aux cieux.

À cette époque, les mots avaient une signification différente d’aujourd’hui, ils appartenaient à une culture liée au divin et contenaient des messages sur notre destinée. La Force, par exemple, ne désignait pas la force physique mais le courage et la force morale. La Justice était la constance et la fermeté de donner universellement à chacun ce qui lui est dû. La Tempérance assurait la maîtrise de la volonté sur ses instincts et le maintien de ses désirs dans les limites de l’honnêteté. La Prudence s’incarnait dans une sagesse et une raison pratiques qui permettaient de discerner le véritable bien du véritable mal. Ces anciennes valeurs françaises (et universelles) permettaient à l’homme honnête de dépasser les difficultés, de poursuivre le bien en toutes choses et de résister aux tentations destructrices, pour finalement surmonter tous les obstacles.

À ces Vertus figurant sur le plafond d’Hercule s’opposent les Vices qui assiègent l’homme, au premier rang desquels se trouve l’Envie (la Jalousie). Suit le reste du groupe, représentés dans l’ouvrage par des personnages hideux et torturés. Parmi eux se trouvent la Colère, la Haine, la Discorde et les autres Vices, dont le nouveau Dieu a finalement triomphé grâce à l’Amour de la Vertu. L’Envie (la Jalousie) est la plus proche du héros, ce Monstre étant considéré au 18e siècle comme « le plus dangereux et le plus acharné de tous les vices, et l’unique dont la rage s’étend jusqu’au-delà du trépas », lit-on dans le Mercure de France de 1736. Face à ces vices acharnés, cherchant à détruire le héros, seul l’Amour de la Vertu et non de la Force, entouré des quatre Vertus cardinales, peut assurer la victoire.

Le message universel des arts français au 18e siècle
Le génie français au sortir du Grand Siècle est d’avoir réuni les arts classiques en les sublimant dans une maîtrise totale du sacré et de la raison. Cet héritage transmis via les Académies se poursuivra au 18e siècle dans les arts classiques français et la recherche conjointe du sens profond et de la beauté d’une œuvre.

Quand François Lemoyne commence L’Apothéose d’Hercule, il a déjà été formé aux meilleures techniques des peintures italiennes à l’Académie royale de peinture et de sculpture créée en 1648 par Louis XIV. Le but d’une telle académie était de rassembler, de conserver et de perfectionner les arts classiques en un enseignement académique basé sur l’excellence des techniques artistiques et la nature intérieure propre à l’artiste.

L’Apothéose d’Hercule enfin terminée, le règne personnel de Louis XV, dit « le bien-aimé », commençait en 1743. Le début de son règne sera accompagné par l’émergence du mouvement des « Lumières » qui prit son essor entre 1740 et 1750. Le roi prit alors la mauvaise habitude de préférer la douceur des couches de ses nombreuses maîtresses à la solitude froide du palais d’un grand monarque, ce qui lui fût reproché par le peuple français. Commença alors une période d’obscurcissement des pensées qui mènera à la fin du 18e siècle à une destruction sans précédent de la culture française via la Révolution française et la Terreur. Trois siècles plus tard, notre monde n’a jamais été aussi déraciné et coupé de sa propre culture, les Monstres et les Vices redoublent de vigueur pour faire oublier à l’humanité sa propre destinée, depuis trop longtemps oubliée.

La culture et l’histoire françaises sont notre bien commun, elles font partie de l’âme française, c’est-à-dire de l’âme de chacun de ses citoyens. Elles nous inspirent et nous rappellent d’être loyal, courageux et honnête, et de garder espoir dans les périodes les plus sombres de notre histoire. Elles montrent la grandeur et le destin de notre pays incarnés par un homme ou par une femme, comme il pourrait l’être par chacun.

Avec « Défendre la France », Epoch Times veut rappeler aux Français les valeurs et la riche histoire de notre nation. Si les Français cherchent à mieux comprendre la profondeur de leur histoire, son lien millénaire avec ce qui nous dépasse, ils trouveront alors une alternative profonde à la confusion du moment.

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