Il y a 50 ans, il invente un moteur à eau et à alcool mais est ignoré par l’industrie automobile

Par Sarita Modmesaïb
31 juillet 2022 18:45 Mis à jour: 3 août 2022 23:22

En 1974, un ingénieur rouennais, Jean Chambrin déposait le brevet d’un moteur fonctionnant à l’eau et à l’éthanol. Ignoré et dénigré, il a quitté la France pour le Brésil.

Au lendemain du choc pétrolier de 1973, cet ingénieur va attirer l’attention des médias avec son invention. Avec son associé Jack Jojon, il a déposé en 1974 un brevet pour un « dispositif d’aménagement d’un moteur à combustion en vue de son alimentation avec un carburant additionné d’eau. »

C’est son histoire que raconte Armand Legay, un ancien mécanicien devenu docteur en sociologie à  l’université de Rouen, dans un ouvrage paru en 2015.

En juillet 1974, le journal l’Automobile publie ainsi: « La nouvelle a traversé toutes les salles de rédaction depuis le début de l’année. Ici, à l’Automobile, l’information n’a pas résisté à deux discussions. Depuis la crise du pétrole, on se méfie des inventeurs. Mais cette fois les choses sont plus sérieuses. »

En effet, le journal décrit le trajet effectué à Rouen: « une Citroën équipée du moteur à eau se déplacer comme n’importe quelle autre voiture et entreprendre dans la campagne environnante une promenade de 100 km sans le moindre ennui. »

« L’une est mécanique, l’autre électronique ».

Soulignant que « c’est très facile », Mr Jojon, associé de Jean Chambrin, décrit leur invention: « Il y a deux parties dans ce moteur. L’une est mécanique, l’autre électronique. La partie mécanique c’est une chambre de cracking du type marmite de Séguin. La partie électronique, la deuxième, et celle dans laquelle on envoie une très haute tension, plusieurs kilovolts sous quelques pico-ampères (NDLR : pico : préfixe qui placé devant le nom d’une unité la divise par un billion, soit 1012) et sous haute fréquence. »

Il explique ainsi que « le principe est celui-ci : vous savez que l’eau se « crack », se transforme en oxygène et hydrogène vers 2000 à 2300°. Il faut donc abaisser cette température à l’aide d’éléments soit physiques, c’est le cas du choix que nous avons fait, soit chimiques, c’est le cas du système employé dans les futurs réacteurs à très hautes températures, ou à l’aide de quatre à cinq réactions à 730 ou à 1050° on provoquera le cracking de l’eau, pour récupérer l’hydrogène et l’oxygène. »

« Chambrin et moi nous avons pris le contre-pied de cette difficulté. En gros, nous avons tenu le raisonnement suivant : nous pouvons facilement obtenir à peu près 700 à 800°. À partir de ce moment-là nous devons trouver une solution simple, peu coûteuse, qui nous permet d’entretenir cette température et ensuite de cracker l’eau. Vous vous en doutez, nous avons procédé par étapes. Tout de suite nous avons pensé à l’alcool. Simplement parce que celui-ci est très miscible à l’eau et que nous rencontrions déjà assez de problèmes sans envisager un barbotin ou d’autres solutions aussi complexes. »

Le résultat est édifiant puisque l’économie de carburant atteint les 50%.

Pas de reconnaissance en France

Pourtant, l’ingénieur ne sera jamais contacté par les sociétés de construction automobiles. Selon 76 Actu, Armand Legay l’explique par « l’hyperspécialisation de l’industrie automobile qui a tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues. L’industrie pétrolière ne voulait pas qu’une filière différente se développe ».

Mr Legay relate aussi la tentative de Jean Chambrin d’intéresser l’Etat français: « Chambrin croit à son devoir d’avertir le Président de la République que certaines puissances étrangères, s’étant rendu compte des possibilités d’exploitation d’un tel appareil, pour les moteurs ou les chaudières de chauffage central, se proposent de les subventionner pour les aider à poursuivre leurs recherches et même leur acheter leur brevet ».

En dépit d’une expertise lancée sur l’intérêt technique et économique de l’invention, ni l’Etat ni les industriels ne prêteront attention au projet de Mr Chambrin.

En 1979, l’homme décide alors de rejoindre le Brésil, gros producteur d’éthanol, où selon des médias de l’époque, il aurait poursuivi ses recherches.

Le journal L’Aurore titre ainsi en juillet 1979 que « si l’on en croit la presse brésilienne, Jean Chambrin aurait fait la démonstration que son moteur marchait bien avec un mélange d’alcool et d’eau. Il a récemment adapté son invention sur un camion. Les premiers essais auraient été positifs ».

Probablement décédé en 1997, Jean Chambrin laisse donc derrière lui un concept exceptionnel. Interviewé par 76Actu, Mr Legay conclue ainsi que « l’industrie automobile bloque ce genre d’innovation, même si l’on progresse petit à petit ».

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