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Le Xinjiang: un « immense pénitencier » pour un couple canadien qui y a vécu 10 ans

avril 25, 2021 13:30, Last Updated: avril 25, 2021 13:33
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« Nous avions l’impression de vivre dans un immense pénitencier »: un couple canadien qui a passé une dizaine d’années au Xinjiang a raconté à l’AFP la répression contre la minorité ouïghoure dont il a été témoin dans cette région de Chine.

Après avoir travaillé pour des ONG en Asie, Gary et Andrea Dyck s’étaient installés en 2007 au Xinjiang, où le traitement réservé par les autorités chinoises à la minorité ouïghoure ces dernières années est dénoncé comme un « génocide » par plusieurs pays occidentaux.

Le couple, qui a appris le mandarin et la langue ouïghoure, avait monté une entreprise de compostage à Tourfan, dans l’est du Xinjiang.

« Nous apprécions notre vie là-bas et nous nous sentions acceptés par la population ouïghoure. Ca a été une période très spéciale… jusqu’à ce que ce ne soit plus du tout le cas », a déclaré Andrea Dyck à l’AFP.

 Quartiers traditionnels démantelés

« Il y avait tellement de restrictions. Nous avions l’impression de vivre dans un immense pénitencier », ajoute son mari en évoquant le départ du couple en 2018, à un moment où de nombreux étrangers ont quitté la région.

-Des hommes ouïghours devant un café-bar dans la vieille ville restaurée de Kashgar, dans la région occidentale du Xinjiang en Chine. Une région du nord-ouest étroitement contrôlée par la police. Photo GREG BAKER/AFP via Getty Images.

Andrea et Gary Dyck disent avoir constaté qu’après les émeutes de 2009, « les quartiers traditionnels ouïghours ont commencé à être démantelés et leurs habitants de plus en plus relogés dans des immeubles, loin de leurs communautés ».

En 2016, alors que la répression s’intensifiait, le couple a noté un accroissement de la présence policière avec des points de contrôle aux principales intersections et une multiplication des caméras de sécurité.

Contrôles de sécurité  pour entrer dans une épicerie

« Tout d’un coup il fallait passer des contrôles de sécurité dignes d’un aéroport pour entrer dans une épicerie », se souvient Andrea.

Le couple a participé jeudi à une discussion virtuelle sur le sort des Ouïghours au musée canadien des droits de la personne de Winnipeg. Il a accordé le lendemain un entretien à l’AFP, de son domicile dans la province du Manitoba (centre).

Dans la région du Xinjiang au nord-ouest de la Chine, jusqu’à un million d’Ouïghours et d’autres minorités majoritairement musulmanes détenus dans un réseau des camps d’internement au Xinjiang. Photo GREG BAKER/AFP via Getty Images.

Pour Gary Dyck, la répression des Ouïghours et de leur culture est « très méthodique » et l’importance de l’appareil répressif est telle qu’elle empêche toute réaction de la population.

« Nous avons assisté à une destruction croissante de leur culture », en commençant par les traditions islamiques et touchant aussi la nourriture, les vêtements et le langage, souligne Andrea.

Les Ouïghours se sont vu interdire de « tuer des moutons devant leur porte » pour les fêtes religieuses, et même « d’avoir des tapis de prière chez eux », dit-elle.

Les livres en langue ouïghoure interdits

Selon le couple, certaines versions du Coran ont été interdites et finalement les livres en langue ouïghoure.

Andrea et Gary ont aussi rapporté qu’un camp de détention avec des murs de plus de 4 mètres de haut couronnés de fil barbelé, surveillé par des caméras et des patrouilles de gardes de sécurité, avait été construit près de chez eux.

-« Ce dont on se souviendra des années plus tard ne sera pas la torture des tyrans mais le silence de leurs frères musulmans » lors d’une manifestation sur la place Beyazid à Istanbul le 14 décembre, 2019. Photo par OZAN KOSE / AFP via Getty Images.

Selon des experts étrangers, plus d’un million de Ouïghours, principal groupe ethnique du Xinjiang, sont détenus dans des camps de rééducation et certains sont soumis à du « travail forcé ».

La Chine dément fermement et affirme qu’il s’agit de centres de formation, destinés à éloigner leurs occupants du terrorisme et du séparatisme, après des attentats attribués à des Ouïghours.

Avoir effectué un séjour à l’étranger

Mme Dyck a évoqué le cas de la sœur d’une femme de sa connaissance, transférée dans un camp pour avoir effectué un séjour à l’étranger des années plus tôt. « Elle était le principal soutien pour ses parents âgés et les jeunes enfants de la famille élargie. Et avec son départ, la structure familiale s’est effondrée », dit-elle.

-Dans le Xinjiang en Chine, région étroitement contrôlée par la police, les autorités ont créé un univers parallèle pour les touristes et les habitants. Photo par GREG BAKER /AFP via Getty Images.

Gary Dyck note aussi que des amis du fils adolescent du couple attendaient avec inquiétude leur dix-huitième anniversaire en se demandant s’ils ne seraient pas internés dans des camps, une fois majeurs.

« Dans quelle autre région du monde un jeune a-t-il peur d’avoir 18 ans », lance M. Dyck en indiquant que des jeunes hommes avaient commencé à se photographier sur les réseaux sociaux en train de fumer ou de boire « pour ne pas paraître musulmans ».

La décision de quitter le Xinjiang a été « difficile, mais nous avons estimé ne pas avoir d’autres choix », a conclu Gary Dyck, notant que le couple craignait aussi que ses relations avec ses amis ouïghours ne mettent ceux-ci en danger.

 

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