L’Extrémadure, une terre espagnole à découvrir absolument

15 avril 2018 14:00 Mis à jour: 15 avril 2018 14:17

Au Nord de l’Andalousie et à la frontière du Portugal, l’Extrémadure qui ne compte que deux provinces égrène un chapelet de merveilles entre patrimoine architectural, paysages verdoyants et lacs artificiels. Trop souvent boudée ou ignorée, elle mérite pourtant le détour et les Espagnols qui l’ont bien compris sont d’ailleurs les premiers à visiter la région en plusieurs étapes pour le plaisir d’en profiter à toutes les saisons.

La cité fortifiée de Cáceres dressée sur son promontoire a littéralement traversé l’histoire et elle apparaît souvent comme figée dans le temps alors que les époques se pressent entre ses remparts. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Comme son nom l’indique, l’Extrémadure désigne des terres éloignées et cette singulière situation à l’écart des grandes routes nationales lui a permis de préserver un héritage architectural qui lui a valu de gagner trois classifications au Patrimoine de l’Humanité : Guadalupe et son monastère, la ville romaine de Mérida et la vieille ville de Cáceres. Le premier rappelle combien la statue de la Vierge noire miraculeuse de Guadalupe a su forger l’unité nationale dans le Nouveau Monde jusqu’à devenir la patronne de tout le continent latino-américain. Rien d’étonnant quand on sait que c’est d’Extrémadure que partirent les grands conquistadors espagnols : Pizarro, vainqueur de l’empire inca, Orellana qui découvrit le fleuve Amazone, Cortés qui donna le Mexique à l’Espagne, Nuñez de Balboa, le découvreur de l’océan Pacifique et Hernando de Soto, le conquérant de la Floride !

La route de l’argent

Quand la route de l’argent traverse les contreforts de la sierra plantés de cerisiers qui grimpent à l’assaut des cimes et couvrent les flancs de la montagne d’un éphémère manteau blanc au printemps. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Quand les Romains envahissent la péninsule ibérique en 218 avant J.C., ils construisent des chaussées pavées qui leur permettraient d’atteindre tous les recoins du territoire. L’une d’elles, la Route de l’Argent, qui reliait Gijón dans le Nord à Séville en Andalousie a été maintenue durant tout le Moyen-Age car elle jouait un rôle important dans les chemins de transhumances. Cette route touristique reste encore aujourd’hui un témoignage artistique exceptionnel pour avoir été à l’origine de l’expansion de l’art dans toute la face occidentale de la péninsule. Au fil de son tracé se sont développés des villes, cirques, temples, aqueducs et forteresses.

Zafra toute de blanc vêtue émerveille par son côté pimpant et animé entre sa Plaza Chica et sa Plaza Grande, points de rencontre de tout un chacun. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La route d’argent qui part de Séville pénètre en Extrémadure à Zafra, une ville que l’on surnomme volontiers la petite Séville car les façades blanchies à la chaux s’ornent de balcons en fer forgé tout comme dans sa ville soeur. Ses arcades garnies de multiples terrasses s’animent dès midi mais en soirée tout s’éteint et on se laisse envoûter par le charme intemporel de ces venelles paisibles. Non loin de là Jerez de los Caballeros accroché à la montagne s’ouvre sur la plaine comme une demi-lune blanche hérissée des clochers de ses quatre églises.

Dressée en position fortifiée sur une colline, Jerez de los Caballeros garde le souvenir des Templiers, los Caballeros del Templo. ((Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ensuite on arrive à Mérida, la « Rome hispanique », la capitale de la province de Lusitanie. Ici on vit encore à l’heure romaine avec des sites éparpillés dans la ville, complètement intégrés au quotidien des habitants qui passent sous l’arc de Trajan ou se reposent au pied des vestiges majestueux du temple de Diane, tout comme jadis. Le pont de 800 mètres, un des plus longs construits par les Romains, offre une longue promenade qui enjambe le Guadiana. Mais le joyau architectural du 1er siècle avant notre ère, c’est le théâtre qui jouxte l’amphithéâtre. Mis à jour par les archéologues en 1910, l’ensemble du site a dévoilé une rare conservation des éléments qui le composaient. Les gradins organisés en hémicycle font face à une scène imposante, embellie de colonnes en marbre de style corinthien et dotée de 13 portes dont l’une d’elles est surmontée d’une haute statue de Céres, la déesse de l’abondance.

Aujourd’hui le spectaculaire aqueduc romain haut de 25 mètres est devenu le refuge privilégié des cigognes. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Chaque été des oeuvres classiques immortelles sont jouées dans leur décor d’origine pour le plus grand plaisir de milliers de touristes ébahis par cet environnement vieux de quelque deux millénaires et toujours aussi fascinant. Qualité incomparable de l’acoustique, scène imposante, pierres millénaires, de quoi remonter le temps durant le festival de théâtre classique de Mérida, d’envergure internationale.

La vieille ville fortifiée de Cáceres abrite de nombreux monuments, palais et demeures seigneuriales construits entre le 14ème et le 18ème siècles. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La route se poursuit vers Cáceres dont le centre monumental abrite derrière ses murailles un monde secret de places, d’églises et de maisons seigneuriales qui racontent la grandeur de l’Espagne d’autrefois. S’égarer dans ce labyrinthe de venelles silencieuses, c’est s’offrir un voyage dans le passé. De nombreuses demeures somptueuses aux façades brodées de style plateresque racontent l’histoire de ces fiers et rudes hidalgos qui rêvaient jadis d’aventures, de fortunes et de conquêtes. Les pierres ocre qui s’illuminent au soleil couchant n’ont surgi que plus belles de la longue caresse des siècles.

Au cœur de la petite ville fortifiée de Plasencia, le marché fait vibrer ses habitants qui s’y retrouvent avec gourmandise. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Enfin Plasencia plus au Nord, la dernière étape avant de pénétrer en Castille, a été fondée par Alphonse VIII au 12ème siècle pour « le plaisir des hommes et de Dieu », ce qui lui vaut son nom ! Cité monumentale établie sur une colline bordée par la rivière Jerte, elle fut témoin de la cohabitation des trois cultures, maure, juive et chrétienne. Plus authentique que Caceres qui a tout d’un musée, la vieille ville s’anime chaque semaine avec un marché des saveurs qui donne à connaître les richesses gastronomiques de la région.

Les hautes voûtes de la cathédrale de Plasencia reposent sur des faisceaux de colonnes qui donnent un peu le tournis quand on lève les yeux. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La cathédrale est unique en son genre car elle réunit deux édifices d’époques et de styles différents, ce qui donne un rare ensemble romano-gothique avec une voûte aérienne soulignée par un lacis de nervures dorées qui s’épanouissent sur les voûtes comme des feuilles de palmiers, sans oublier des autels de style baroque exubérant.

Infos pratiques :
Infos : www.spain.info , www.turismoextremadura.com
Musées : à ne pas manquer à Mérida le Musée National d’Art Romain http://museoarteromano.mcu.es
Y aller : Toutes les saisons invitent à découvrir l’Extrémadure si vous aimez l’écotourisme, entre la fête des cerisiers en fleurs de fin mars, les baignades de l’été, la saison des vendanges mais aussi celle des forêts colorées dans la vallée de l’Ambroz dès la fin octobre. L’idéal est de louer un véhicule à Madrid, à 3 heures à peine de Plasencia et de découvrir la région en musardant au fil de l’inspiration. Les routes y sont excellentes et on n’y connaît pas d’embouteillages….

Festival de théâtre classique de Mérida, du 4 août au 26 août 2018 http://www.festivaldemerida.es

A dix minutes à peine de Mérida, un hôtel rural a recréé l’ambiance unique d’une maison impériale romaine, de quoi s’immerger durant quelques heures dans une ambiance insolite exceptionnelle. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Se loger : La magie de la découverte se poursuit dans la possibilité de se loger dans des demeures historiques réhabilitées en hôtels. A Plasencia, l’hôtel Carvajal Girón est installé dans un palais du 17ème siècle sur une place qui fait le bonheur des familles installées en terrasse en fin de journée www.palaciocarvajalgiron.com. A Caceres, à deux pas de la plaza Mayor, l’hôtel NH Palacio de Oquendo occupe un superbe palais du 16ème avec de belles vues sur l’ancienne muraille arabe www.nh-hotels/caceres. Enfin offrez-vous l’expérience de vivre à l’heure romaine à une quinzaine de kilomètres de Mérida dans une maison rurale que son propriétaire, archéologue de son état, a transformée en domus romana avec son péristyle, ses thermes décorés par une mosaïque et son triclinium, à savoir la salle à manger traditionnelle romaine où, allongé sur des banquettes et revêtu de tenues d’époque, on savoure des menus inspirés par Virgile ou Caton l’Ancien…. Toute une expérience qui prolonge heureusement la découverte des sites de Mérida www.aqualibera.com.

Nico Jimenez est connu dans toute la région de Mérida pour son extraordinaire habileté à couper le fameux jambon ibérique. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Gastronomie : 10 dénominations d’origine et deux indications géographiques protégées assurent une table exclusive : paprika, huile d’olive, fromages, jambon ibérique, miel, cerises, bœuf et mouton, vin del Guadiana, …. A découvrir en profitant des terrasses et patios qui offrent le plaisir de savourer au soleil un verre de vin associé à de délicieuses tapas. Ou alors choisissez quelques bonnes tables comme le restaurant Succo à Plasencia www.restaurantesucco.es, ou la table du Parador de Cáceres ou encore le resto-bar de Nico Jimenez à Mérida qui découpera devant vous au couteau des tranches de son excellent jambon ibérique à déguster en s’offrant une bouteille du vin du patron www.nicojimenez.com.

Zafra abrite dans un ancien couvent la cave de dégustation de la famille Medina qui a commencé l’exploitation des vignobles en 1931. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Route du vin Ribera del Guadiana. Fleuron de l’art culinaire en Espagne pour la qualité exceptionnelle de ses produits du terroir, l’Extrémadure a également gagné en 1999 l’appellation d’origine pour sa production viticole « Ribera del Guadiana » qui se développe particulièrement au sud de la région, autour de Zafra entre autres. A découvrir au cœur de la petite ville blanche l’entreprise familiale fondée en 1931 qui y possède un chai d’élevage www.bodegasmedina.net.

 

Ecrit par Christiane Goor et Charles Mahaux

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