Petits métiers insolites du Paris du XIXe siècle

Par Sarita Modmesaïb
3 août 2022 07:58 Mis à jour: 3 août 2022 07:58

À la fin du XIXe siècle, Paris reflète un siècle de révolutions et d’oppositions. Aux changements de régimes ponctués de violences humaines qui détruisent et brûlent Paris, suivra la volonté d’assainir et faire respirer la capitale avec les grands travaux de Napoléon III et de son préfet, le baron Haussmann.

L’essor de l’industrialisation apporte son lot de croissance démographique où de nombreux provinciaux viennent tenter leur chance pour décrocher un emploi d’ouvrier dans les manufactures parisiennes. Pourtant, la pauvreté demeure le lot de nombre de Parisiens qui s’entassent encore dans des quartiers populaires, étendus par l’annexion de communes de « la petite banlieue ».

Il n’y a pas de sot métier, dit le dicton. Le Paris de 1889 ne connaît pas encore le Code du travail et déborde de petits métiers où certains rivalisent d’ingéniosité afin de gagner quelques sous…

Le site RetroNews se réfère ainsi au journal Le Petit Parisien de 1889 qui présente un florilège de ces petits métiers insolites, mais si caractéristiques des modes de vie de l’époque. Avec humour, Le Petit Parisien les décrit ainsi comme des « petites industries non classées dans le Dictionnaire du Commerce et qui sont, en somme, une conquête de l’intelligence surexcitée par les tiraillements de l’estomac ».

L’avenue des Champs-Élysées, Paris, France, 1895. (Crédit photo B. L. Singley/Archive Photos/Getty Images)

Le Réveilleur

À une époque où l’ouvrage débutait dès les premières lueurs du jour ou même avant, le réveil, sans alarme, était parfois compliqué. Aussi, le « réveilleur » se propose de passer sous vos fenêtres afin de vous héler ou toquer à votre porte.

« Il s’est chargé d’arracher au sommeil les ouvriers que leur métier oblige à partir très tôt de chez eux pour se rendre à l’usine ou à la fabrique, et qui, à cette saison, ne se sentiraient pas assez sûrs d’eux-mêmes pour avoir le courage de quitter le lit avant l’apparition de l’aurore », décrit Le Petit Parisien. Le réveilleur débute donc sa tournée dès 2 heures du matin, calepin en main avec noms et adresses et parcourt les rues et les quartiers. Pour un sou, une fois devant votre porte à l’heure convenue, il poussera un cri et ne partira pas tant que vous n’aurez pas répondu ou ouvert un volet…

L’Ange-Gardien

Lors des week-end ou jours de fêtes, ou même en semaine pour les plus « accrocs », les soirées bien arrosées posent problème à celui qui doit rejoindre son domicile alors qu’il se trouve en état d’ébriété, parfois avancé. L’Ange-gardien, souvent employé par les « marchands de vin », se chargera, vaille que vaille, de vous ramener au logis pour quelques sous.

Vue de l’Hôtel de Ville, Paris, France, vers 1865.(Crédit photo Archive Photos/Hulton Archive/Getty Images)

L’Allumeur de réverbères

Dans un Paris illuminé par l’éclairage public, l’Allumeur est employé par la Mairie et se met au travail dès le crépuscule, usant de son échelle et de sa lance, mais surtout d’adresse afin de descendre les lampes et les allumer. Même trajet à l’aurore, mais cette fois pour tout éteindre. En 1889, avec l’Exposition universelle, le métier disparaîtra avec l’avènement de l’ampoule électrique.

Le Releveur de mariages

« Faire la noce », n’est pas toujours donné à tous. Aussi, le releveur est-il chargé d’écumer les mairies afin de noter les noms de ceux qui vont se marier, et ensuite communiquer ces informations à tous les commerçants susceptibles de pouvoir fournir un produit ou un service lors du mariage : restaurateurs, pâtissiers, tailleurs, couturières, fleuristes… Ceux-ci pourront ensuite démarcher les futurs mariés et leurs familles à domicile.

De nombreux autres petits métiers, parfois peu « ragoûtants », parsèment les rues parisiennes, tel que le « cueilleur d’orphelins », lequel, comme son nom ne l’indique pas, consiste à ramasser des mégots de cigares et cigarettes ! Ces mégots seront ensuite écrasés et mélangés pour en faire une mixture revendue à bas prix comme tabac pour les plus pauvres.

Autre ramasseur, celui « de croûtes de pains », trouvés à terre, près des restaurants, boulangeries, sur les tas d’ordures… Ils sont ensuite revendus aux éleveurs de lapins.

Dans un Paris où les chevaux tiennent le « haut du pavé », le décrotteur s’occupe de rendre aux chaussures un aspect plus présentable, mais subira, lui aussi, les affres de l’industrialisation. « Ils sont en baisse, les décrotteurs ; leur situation, jadis bonne, décroît ; leur nombre diminue. À peine sont-ils aujourd’hui, dans le département de la Seine, deux mille cent trente » relate ainsi Le Petit Parisien, qui explique cette baisse ainsi :« Tout simplement, ils subissent la concurrence des machines : il existe à présent des auto-tireurs qui, pour deux sous, vous immaculent les souliers ».

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